Dans le quartier de Victoria Island à Lagos, la pression immobilière a presque entièrement fait disparaître la flore de la lagune. Monai McCullough, chercheuse indépendante en écologie, organise depuis plusieurs mois des balades urbaines pour retracer l’histoire de ces anciennes zones humides. L’objectif ? Sensibiliser les habitants d’une mégalopole de 20 millions d’habitants aux conséquences de la déforestation et de l’artificialisation des sols, comme le rapporte RFI.
Ce qu'il faut retenir
- Le quartier de Victoria Island à Lagos, au Nigeria, a perdu la quasi-totalité de sa flore lagunaire en raison de l’urbanisation rapide.
- Monai McCullough, écologue indépendante, anime des balades guidées pour alerter sur la disparition des espaces naturels.
- Lagos, avec ses 20 millions d’habitants, illustre les tensions entre développement urbain et préservation écologique.
- Les balades organisées visent à éveiller les consciences sur les impacts de la déforestation et de l’artificialisation des sols.
Victoria Island, symbole d’une urbanisation débridée
Le quartier de Victoria Island, autrefois bordé de zones humides et de mangroves, s’est transformé en un pôle économique et résidentiel parmi les plus prisés d’Afrique de l’Ouest. Pourtant, cette mutation s’est faite au détriment des écosystèmes locaux. Selon les observations de Monai McCullough, relayées par RFI, les espaces naturels autrefois omniprésents ont été remplacés par des bâtiments, des routes et des infrastructures commerciales. « Ces balades ne sont pas de simples promenades, explique-t-elle. Elles visent à montrer aux Lagosians ce qui a disparu, et ce que cela implique pour leur ville, leur santé et leur environnement. »
Des balades éducatives pour raviver la mémoire écologique
Les parcours proposés par la chercheuse mêlent histoire, botanique et écologie. En arpentant les rues et les rares espaces verts restants, les participants découvrent les espèces végétales qui prospéraient autrefois dans la région. Les guides rappellent que la lagune de Lagos, avant son artificialisation massive, jouait un rôle clé dans la régulation des inondations et la purification de l’eau. Aujourd’hui, ces fonctions sont largement compromises.
Les balades attirent un public varié : étudiants, militants écologistes et simples citoyens soucieux de l’avenir de leur ville. « On part souvent de l’idée que les Lagosians ne se soucient pas de l’environnement, précise McCullough. Mais en réalité, beaucoup ignorent l’ampleur des dégâts causés par l’urbanisation. Ces visites permettent de créer un dialogue direct avec les habitants. »
Lagos face au défi de l’équilibre entre croissance et durabilité
Avec une population qui pourrait atteindre 25 millions d’habitants d’ici 2030, selon les projections des Nations unies, Lagos incarne les enjeux des mégapoles africaines. Le gouvernement nigérian a lancé des projets de « villes intelligentes » et de transports durables, mais la préservation des écosystèmes naturels reste un parent pauvre des priorités politiques. Les balades de Monai McCullough s’inscrivent dans un mouvement plus large de sensibilisation, porté par des associations locales et des chercheurs indépendants.
Ces initiatives peinent cependant à inverser la tendance. Les projets immobiliers continuent de grignoter les derniers espaces verts, souvent avec l’aval des autorités. « Le problème n’est pas l’absence de lois, souligne la chercheuse. Le vrai défi, c’est leur application. Sans une volonté politique forte, les bonnes intentions resteront lettre morte. »
La disparition des espaces naturels à Lagos n’est qu’un exemple parmi d’autres des tensions entre urbanisation et préservation écologique en Afrique. Dans un continent où les villes grandissent à un rythme effréné, ces questions pourraient bien déterminer l’avenir des populations et des écosystèmes pour les décennies à venir.
Les balades sont annoncées sur les réseaux sociaux de la chercheuse et via des associations locales partenaires. Il est recommandé de consulter son compte Twitter (@MonaiEcology) ou Instagram pour connaître les dates et les points de rendez-vous. Aucune inscription n’est généralement requise, mais les places sont limitées en raison du nombre de guides disponibles.