Alors que Donald Trump mise sur la détaxation fédérale des pourboires pour séduire les électeurs du Nevada avant les élections de mi-mandat de novembre, la mesure peine à convaincre les professionnels de la restauration à Las Vegas. Selon nos confrères de BFM Business, cette politique économique phare du président américain s’avère insuffisante face au déclin persistant du tourisme dans la ville des casinos, poussant certains électeurs républicains à envisager un vote démocrate.

À l’approche du scrutin de novembre, la mesure fiscale adoptée en 2024, qui permet de déduire jusqu’à 25 000 dollars de pourboires du revenu imposable jusqu’en 2028, peine à masquer les difficultés économiques des travailleurs de l’hôtellerie-restauration. En 2025, Las Vegas a enregistré une chute de 7,5 % de sa fréquentation touristique, un recul inédit depuis 1970 hors période de pandémie, selon les données de la Las Vegas Convention and Visitors Authority. Ce déclin s’explique en partie par les tensions commerciales initiées par l’administration Trump, notamment à l’encontre du Canada, dont les ménages boycottent les États-Unis en raison des droits de douane élevés imposés par le milliardaire républicain.

Ce qu'il faut retenir

  • La détaxation des pourboires, mesure phare de Donald Trump, ne compense pas la baisse des revenus des travailleurs de l’hôtellerie-restauration à Las Vegas, où le tourisme a chuté de 7,5 % en 2025.
  • Plus de 7,5 millions d’Américains ont utilisé ce crédit d’impôt en 2026, avec une déduction moyenne de 7 000 dollars, mais son impact reste limité localement.
  • Des milliers de salariés du secteur, membres du Culinary Union, voient leurs heures réduites ou sont au chômage partiel, rendant la mesure « inopérante » selon le syndicat.
  • Certains électeurs républicains, déçus par l’économie sous Trump, envisagent de voter démocrate aux élections de novembre, où la majorité républicaine au Congrès est menacée.

Un « marasme Trump » qui pèse sur les revenus des travailleurs

Avec plus de trente ans d’expérience dans la restauration à Las Vegas, Aaron Mahan incarne ce basculement des mentalités. Ancien partisan de Donald Trump lors des scrutins de 2016 et 2020, il a soutenu son retour en 2024 avant de s’abstenir. Aujourd’hui, il se dit « victime du *Trump slump* », un terme qu’il emploie pour décrire la dégradation de l’économie locale. Malgré la détaxation des pourboires, il constate une perte mensuelle de 2 000 à 3 000 dollars par rapport à avant la crise touristique, sans que le crédit d’impôt n’y remédie. « Cette déduction ne compense pas ce que j’ai perdu », déclare-t-il, évoquant une baisse de 75 % de ses pourboires depuis un an. Son restaurant, autrefois ouvert 24 heures sur 24, a dû licencier une vingtaine d’employés et se reconvertir en buffet matinal, réduisant les interactions avec la clientèle — et donc les pourboires.

Le phénomène n’est pas isolé. Selon le Culinary Union, principal syndicat des employés de l’hôtellerie au Nevada, « des milliers de gens ne travaillent pas ou voient leurs heures réduites ». Ted Pappageorge, son secrétaire, résume l’inefficacité de la mesure : « Si vous ne gagnez pas de pourboires, à quoi sert le crédit d’impôt ? » La détaxation, qui devait avantager les serveurs, femmes de chambre ou coiffeuses, apparaît comme un leurre pour une partie d’entre eux, dont le pouvoir d’achat est rogné par l’inflation et la baisse de fréquentation.

Des touristes absents et des ménages américains en difficulté

Las Vegas, ville symbole du divertissement et des casinos, subit de plein fouet les conséquences des politiques commerciales de Donald Trump. Les touristes canadiens, qui représentaient un tiers de la clientèle de certains établissements, ont massivement boudé les États-Unis en raison des droits de douane massifs imposés par l’administration. Quant aux Américains, beaucoup restreignent leurs dépenses de loisirs, notamment à cause de la flambée des prix de l’essence, alimentée par les tensions avec l’Iran. « La guerre économique de Trump a refroidi les ardeurs », analyse un responsable local sous couvert d’anonymat.

Sur Fremont Street, l’artère historique des premiers casinos de Las Vegas, l’ambiance est morose. Barmans et strip-teaseuses décrivent une fréquentation en berne et une inflation persistante qui grignote leur pouvoir d’achat. John Felipe, 31 ans, prépare des cocktails derrière un comptoir où les clients se font plus rares. « Je ne gagne pas autant qu’avant », confie-t-il, reconnaissant ne « pas vraiment sentir les effets de la détaxation des pourboires ». Une serveuse, souhaitant rester anonyme, a pu déduire 4 000 dollars de son revenu imposable grâce à la mesure, mais estime que « ce n’est clairement pas énorme ». « Donc ce n’est pas assez pour faire pencher mon vote », ajoute-t-elle.

Un cadeau fiscal qui n’a pas suffi à faire basculer le Nevada

En 2024, Donald Trump avait fait de la détaxation des pourboires un argument clé pour séduire les électeurs du Nevada, un État clé qu’il avait remporté de justesse. Lors de sa dernière visite à Las Vegas début août, il a une nouvelle fois mis en avant cette mesure, vantant « la plus grande économie de l’histoire des États-Unis » sous son premier mandat. « Là, c’est encore mieux », a-t-il affirmé, minimisant les critiques sur la croissance actuelle.

Pourtant, les chiffres ne plaident pas en sa faveur. Seuls 30 % des Américains approuvent sa gestion économique, selon les derniers sondages. La détaxation des pourboires, qui devait être un symbole de soutien aux travailleurs précaires, peine à convaincre. « Ce n’est pas avec 7 000 dollars en moyenne que l’on va résoudre les problèmes structurels du secteur », souligne un économiste interrogé par BFM Business. Pour Aaron Mahan, le calcul est simple : « Si je perds 75 % de mes pourboires, même avec un crédit d’impôt, je suis perdant. »

Et maintenant ?

Les élections de mi-mandat de novembre s’annoncent serrées au Nevada, où la majorité républicaine au Congrès est menacée. Donald Trump compte sur la détaxation des pourboires pour mobiliser son électorat, mais les professionnels du secteur, comme Aaron Mahan, pourraient bien voter démocrate. Reste à voir si le retour d’une clientèle touristique, notamment canadienne, se concrétisera d’ici la fin de l’année. Pour l’instant, les perspectives restent incertaines.

La situation à Las Vegas illustre les limites des politiques fiscales ciblées en période de crise économique. Si la détaxation des pourboires a bénéficié à des millions d’Américains, son impact local est dilué par un contexte plus large — déclin du tourisme, inflation et tensions commerciales. Pour les travailleurs du Nevada, la question n’est plus seulement économique, mais aussi politique : celle de savoir si un vote démocrate pourrait, à terme, changer la donne.

Les ménages canadiens limitent leurs voyages aux États-Unis en raison des droits de douane massifs instaurés par l’administration Trump, qui ont renchéri le coût des séjours et des achats transfrontaliers. Ces mesures, perçues comme protectionnistes, ont particulièrement touché les touristes, dont les Canadiens représentaient un tiers de la clientèle de certains établissements à Las Vegas.

Les pourboires constituent une part majeure du salaire de millions de serveurs, femmes de chambre, chauffeurs de taxi ou coiffeuses aux États-Unis. Pour beaucoup d’entre eux, ils représentent jusqu’à 70 % de leurs revenus totaux, ce qui explique l’importance de leur détaxation pour leur pouvoir d’achat.