Alors que Los Angeles s’apprête à accueillir les Jeux Olympiques en 2028, la ville, souvent présentée comme la capitale mondiale de l’automobile, tente de se réinventer en matière de mobilité. Une journaliste du journal Libération, envoyée spéciale pour couvrir la Coupe du monde de football, a exploré pendant une semaine les transports en commun de la métropole californienne. Son constat : un réseau en développement, mais toujours dominé par les pick-up, 4×4 et autres véhicules particuliers, dans une ville où la voiture reste reine.
Ce qu'il faut retenir
- Los Angeles mise sur ses métros et bus, mais l’offre reste insuffisante face à la dépendance à la voiture.
- Le réseau de transports publics est jugé complexe et peu fiable par les usagers, malgré des efforts récents.
- Les pick-up et 4×4 symbolisent une culture automobile ancrée, malgré les enjeux environnementaux et urbains.
- Les Jeux Olympiques de 2028 pourraient accélérer les investissements dans les transports durables.
Un réseau de transports en mutation, mais toujours à la traîne
Los Angeles, ville mythique des autoroutes et des embouteillages, dispose pourtant d’un réseau de transports en commun qui s’étend sur plus de 1 200 km de voies, selon les données officielles. Métros, bus et trains légers desservent une partie de l’agglomération, mais leur efficacité reste limitée. La journaliste de Libération, qui a testé le système pendant une semaine, a rencontré des difficultés récurrentes : retards, correspondances laborieuses, et une signalétique parfois incompréhensible. « Le métro est ponctuel, mais les horaires ne correspondent pas toujours à la réalité », a-t-elle rapporté après un trajet entre Downtown et Santa Monica.
Le réseau Metro de Los Angeles, géré par l’autorité des transports publics (LACMTA), compte 10 lignes de métro et 20 lignes de bus rapides. Pourtant, malgré ces infrastructures, seulement 12 % des habitants l’utilisent régulièrement pour se déplacer, selon une étude de la ville en 2025. Le reste privilégie la voiture, même pour les trajets quotidiens. Les embouteillages, déjà légendaires, coûtent à l’économie locale plus de 10 milliards de dollars par an en perte de productivité, d’après un rapport du comté de Los Angeles.
La voiture, symbole d’une culture automobile tenace
Dans une ville où les distances sont immenses et où les infrastructures routières dominent, les pick-up et les 4×4 restent des éléments centraux de l’identité locale. Les modèles comme le Ford F-150 ou le Chevrolet Silverado s’arrachent, et les concessionnaires regorgent de véhicules aux moteurs puissants, souvent critiqués pour leur impact environnemental. « Ici, on ne parle pas de voiture comme d’un outil, mais comme d’un mode de vie », a expliqué un habitant interviewé par Libération. Les SUV, dont les ventes ont bondi de 40 % en dix ans dans la région, incarnent cette tendance.
Cette dépendance à l’automobile pose pourtant des défis majeurs. La qualité de l’air à Los Angeles reste parmi les pires des grandes villes américaines, avec des niveaux de particules fines souvent supérieurs aux normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les autorités locales tentent de réagir : le plan « Mobility 2035 » prévoit d’investir 40 milliards de dollars sur dix ans pour moderniser les transports publics, développer les pistes cyclables et réduire la place de la voiture. Mais les résultats se font attendre, et les habitants restent sceptiques.
Des efforts insuffisants pour préparer les JO 2028 ?
Avec l’annonce de l’organisation des Jeux Olympiques en 2028, Los Angeles se retrouve sous le feu des projecteurs. La ville doit prouver qu’elle peut gérer un événement d’une telle ampleur, sans pour autant reproduire les erreurs des éditions précédentes, comme à Rio en 2016, où les transports avaient été pointés du doigt. Le comité d’organisation des JO a déjà promis des investissements massifs dans les transports, avec un budget de 2 milliards de dollars dédié aux infrastructures.
Pourtant, les défis restent immenses. Les délais sont serrés, et les retards accumulés dans certains projets pourraient compromettre l’expérience des athlètes et des spectateurs. « On a l’impression que tout se décide au dernier moment », a confié un responsable d’une association de cyclistes à Libération. La pression est d’autant plus forte que les attentes en matière de mobilité durable sont élevées, notamment après les critiques des Jeux de Tokyo en 2021, où le recours massif aux voitures avait été pointé du doigt.
Pour les Jeux Olympiques, la question n’est pas seulement technique, mais aussi symbolique : Los Angeles devra-t-elle choisir entre son identité automobile et son ambition écologique ? Une équation complexe, dans une ville où chaque trajet commence souvent par un embouteillage.
La dépendance à la voiture à Los Angeles s’explique par plusieurs facteurs : l’étalement urbain, l’absence de transports en commun performants avant les années 2000, et une culture locale qui valorise l’autonomie individuelle. Les infrastructures routières, vastes et peu coûteuses à utiliser, ont aussi favorisé cette tendance sur plusieurs décennies.