À Trieste, en Italie, la plage de la Lanterne attire chaque été des centaines de baigneurs pour une raison bien particulière : elle est divisée en deux espaces strictement séparés selon le sexe. Cette tradition, unique en Europe, remonte à 1903 et continue de séduire autant qu’elle intrigue. Selon Franceinfo - Culture, les habitants et les touristes semblent s’accommoder de cette règle, qui s’inscrit dans une histoire locale bien ancrée.

Ce qu'il faut retenir

  • La plage de la Lanterne à Trieste est la seule plage non mixte d’Europe, séparée en deux espaces depuis 1903.
  • Les hommes disposent de 400 places tandis que les femmes en comptent 750, en raison de la tradition qui veut que les enfants restent avec elles.
  • Cette séparation, héritée de l’époque austro-hongroise, est perçue comme un espace de liberté et de tranquillité par les habitués.
  • Les retrouvailles après la baignade se font à l’extérieur de la plage, souvent autour d’un apéritif ou d’un dîner.
  • Certains visiteurs, comme un groupe d’amis néerlandais, découvrent cette règle pour la première fois et expriment leur surprise.

Une tradition née sous l’ère austro-hongroise

La plage de la Lanterne, située dans le golfe de Trieste, est le dernier vestige en Europe d’une pratique autrefois répandue dans l’espace public. À l’époque, Trieste appartenait à l’Autriche-Hongrie, où la séparation des sexes était courante. Malgré la fin de cet empire il y a plus d’un siècle, les habitants ont choisi de perpétuer cette tradition, qui reste aujourd’hui un symbole de leur identité locale.

Pour Walter, 74 ans, venu régulièrement depuis des décennies, cette plage est un lieu de détente incontournable. « C’est beau ici, on est entre hommes, et il y a peu de monde. Les femmes, je les retrouve dehors pour l’apéro », confie-t-il. Son expérience illustre bien l’attachement des Triesteins à cette séparation, perçue comme un gage de sérénité plutôt que comme une contrainte.

Des espaces inégaux, mais complémentaires

La plage est divisée par un mur, avec d’un côté l’espace réservé aux hommes et de l’autre celui des femmes. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 400 places pour les hommes, contre 750 pour les femmes. Cette différence s’explique par la tradition qui veut que les enfants accompagnent leurs mères dans l’espace féminin. Résultat, l’ambiance y est plus animée, tandis que le côté masculin offre une tranquillité idéale pour la lecture, les parties de cartes ou une sieste.

Un visiteur néerlandais, venu pour la première fois avec sa fille, a découvert cette règle avec surprise. « C’est la première fois que j’entends une chose pareille et je n’en suis pas ravi », a-t-il déclaré. À l’inverse, une femme italienne souligne avec enthousiasme : « Les frustrations, les complexes, il n’y en a pas ici. Toutes les femmes sont entre elles et elles sont libres d’être comme elles veulent. »

Une séparation qui renforce les liens

Malgré la division physique, les habitués insistent sur le fait que cette séparation ne signifie pas exclusion, mais plutôt une forme de respect mutuel. « À Trieste, ils ont compris une chose qu’on a un peu oubliée : se séparer ne veut pas dire s’exclure l’un de l’autre. Ça veut dire se laisser à chacun son propre espace », explique une baigneuse. Les retrouvailles après la baignade se font généralement à l’extérieur, souvent autour d’un repas ou d’un verre, renforçant ainsi les liens sociaux.

Cette dynamique est particulièrement visible chez les familles. Un père et sa fille, séparés à l’entrée de la plage, se retrouvent après la baignade. « Quand elle m’a appelé de loin, ça m’a ramené 15 ans en arrière, quand elle était petite et qu’elle criait pour me dire de venir me baigner », raconte-t-il. Pour sa fille, cette tradition est aussi une façon de partager des moments complices, tout en respectant des règles locales.

« Je viens ici depuis presque 40 ans. J’emmenais mes enfants quand ils étaient petits. Ils ont grandi, se sont mariés, et maintenant c’est au tour de ma petite-fille. On a perpétué la tradition de génération en génération. » — Un habitué de la plage de la Lanterne

Une tradition qui défie le temps et les modes

Si la plage de la Lanterne attire surtout des locaux et des touristes en quête d’authenticité, elle intrigue aussi les plus jeunes. Certains d’entre eux, déjà familiarisés avec les normes sociales modernes, voient dans cette tradition une parenthèse ludique. « Les plus jeunes ont déjà compris que la règle était surtout faite pour être transgressée », remarque un observateur. En effet, une fois le mur dépassé, les baigneurs se retrouvent rapidement pour partager des moments conviviaux, prouvant que cette séparation reste avant tout une expérience sociale.

Pour les couples, cette plage offre aussi une occasion de romance. « On a le plaisir de se retrouver après. C’est pourquoi on est venu ici, parce que cette séparation, et ces retrouvailles », explique une femme, souriante. Ces témoignages montrent que, loin d’être une contrainte, cette tradition est vécue comme un rituel enrichissant, où chacun trouve son compte.

Et maintenant ?

Si la plage de la Lanterne continue de fasciner les visiteurs, son avenir dépendra en grande partie de l’attachement des Triesteins à cette tradition. Bien que cette pratique soit unique en Europe, elle pourrait attirer davantage de touristes, notamment ceux en quête d’expériences insolites. Reste à voir si cette séparation, née il y a plus d’un siècle, parviendra à séduire les nouvelles générations sans perdre son âme.

Pour l’heure, la plage de la Lanterne reste un symbole de coexistence pacifique entre tradition et modernité. Entre ceux qui y voient une curiosité culturelle et ceux qui l’apprécient pour son côté pratique, chacun semble trouver son équilibre. Une chose est sûre : à Trieste, se séparer ne signifie pas s’exclure.

Non, la séparation des sexes sur cette plage remonte à 1903, alors que Trieste appartenait encore à l’Autriche-Hongrie. Les habitants ont choisi de perpétuer cette tradition, qui reste aujourd’hui unique en Europe.

La tradition veut que les enfants accompagnent leurs mères dans l’espace féminin. Résultat, l’espace des femmes compte 750 places, contre 400 pour les hommes. Cette différence s’explique donc par la présence des enfants.