D’après RFI, des centaines de Libyens se sont rassemblés jeudi 4 juin devant le siège du Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) à Tripoli pour dénoncer la présence de migrants en situation irrégulière dans leurs quartiers. Les manifestants réclamaient leur expulsion du pays, alimentés par la rumeur d’un projet international visant à installer durablement ces migrants en Libye.

Ce qu’il faut retenir

  • Une mobilisation de plusieurs centaines de personnes a eu lieu le 4 juin 2026 à Tripoli.
  • Les manifestants exigeaient l’expulsion des migrants en situation irrégulière, accusant une volonté internationale de les installer durablement.
  • La protestation s’est déroulée devant le siège du Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR).
  • L’élément déclencheur serait une rumeur infondée sur un plan d’installation permanente des migrants.

Une mobilisation née d’une rumeur sur un plan international

Selon RFI, l’origine de la manifestation remonte à la diffusion d’une information selon laquelle la communauté internationale envisagerait d’installer de manière permanente des migrants en Libye. Cette rumeur, non confirmée, a suffi à provoquer une réaction immédiate de la part de la population locale. Les manifestants, rassemblés devant le bureau du HCR, ont brandi des pancartes aux slogans hostiles, exigeant que « la Libye reste aux Libyens ».

L’accueil des migrants en Libye est un sujet sensible, régulièrement instrumentalisé par des discours nationalistes. Le pays, traversé par des routes migratoires majeures depuis l’Afrique subsaharienne, est souvent perçu comme un point de transit vers l’Europe. Pourtant, les conditions de vie des migrants sur place sont régulièrement dénoncées par les organisations humanitaires, en raison des risques de détention arbitraire et de violations des droits humains.

Un contexte politique et social déjà tendu

Depuis des années, la Libye est plongée dans une instabilité chronique, aggravée par la fragmentation du pouvoir entre factions rivales et par l’ingérence d’acteurs étrangers. La question migratoire y est devenue un enjeu politique majeur, exploité tant par les autorités locales que par les milices armées. Les accords controversés signés avec l’Union européenne pour endiguer les flux migratoires ont, par ailleurs, renforcé l’idée d’une instrumentalisation du dossier par les puissances étrangères.

Dans ce contexte, les autorités libyennes peinent à imposer un discours cohérent sur la migration. Certains responsables appellent à une régularisation, tandis que d’autres, sous pression de l’opinion publique, adoptent des positions plus radicales. La manifestation de jeudi illustre cette polarisation croissante, où la peur de l’autre se mêle à des théories du complot sur les intentions de la communauté internationale.

Les réactions des autorités et des organisations humanitaires

Pour l’instant, les autorités libyennes n’ont pas officiellement réagi à la mobilisation. Quant au HCR, il a rappelé, via un communiqué, que son mandat consistait à protéger les droits des réfugiés et des migrants, tout en appelant au respect de la dignité humaine. « Aucun plan d’installation permanente de migrants n’est en cours, a précisé un porte-parole de l’organisation. Nous condamnons toute forme de violence ou de discours de haine à l’encontre des personnes en situation de vulnérabilité. »

De son côté, la Mission d’appui des Nations unies en Libye (MANUL) a indiqué suivre de près la situation, sans pour autant commenter directement les allégations des manifestants. « Nous rappelons que la Libye reste signataire des conventions internationales sur les droits de l’homme et que toute politique migratoire doit s’inscrire dans ce cadre », a-t-on appris auprès d’un responsable onusien.

Et maintenant ?

La mobilisation de jeudi pourrait s’étendre dans les prochains jours, à moins que les autorités ne parviennent à apaiser les tensions par des déclarations claires. Une conférence internationale sur la migration en Méditerranée est prévue à Tunis début juillet, et certains observateurs estiment qu’elle pourrait servir de catalyseur à de nouvelles revendications. Reste à voir si le gouvernement libyen parviendra à canaliser le mécontentement populaire ou s’il cédera à la pression des discours les plus radicaux.

Pour les organisations de défense des droits humains, l’enjeu est double : éviter que la situation ne dégénère en violences et rappeler que la solution à la crise migratoire passe par une coopération régionale, et non par des expulsions massives.

Selon plusieurs rapports d’ONG comme Amnesty International ou Médecins Sans Frontières, les migrants en Libye sont régulièrement victimes de détentions arbitraires, de travaux forcés, de violences physiques et sexuelles. Les centres de détention, souvent surpeuplés, sont dénoncés pour leurs conditions sanitaires déplorables. L’ONU estime que plus de 6 000 migrants seraient actuellement détenus dans ces conditions.