La question de l’accès équitable aux œuvres cinématographiques entre dans le débat public. Selon Le Monde, Patrice Bessac, maire de Montreuil (Seine-Saint-Denis) et président de l’établissement public territorial Est Ensemble, dénonce dans une tribune une pratique qui s’aggrave : certains distributeurs limitent ou retardent délibérément la disponibilité de nombreux films dans les salles publiques au moment de leur sortie nationale.
Ce qu'il faut retenir
- Patrice Bessac, maire de Montreuil et président d’Est Ensemble, alerte sur une restriction de l’accès des salles publiques aux nouveaux films au moment de leur sortie.
- Cette pratique concerne certains distributeurs, qui privilégient systématiquement les grands circuits privés, selon la tribune publiée dans Le Monde.
- Le risque souligné est celui d’une inégalité culturelle, les salles publiques se voyant exclues des premières diffusions ou limitées dans l’accès aux œuvres récentes.
Dans sa tribune, Patrice Bessac ne mâche pas ses mots. Il dénonce une « stratégie délibérée » de la part de certains distributeurs, qui choisissent de réserver leurs productions aux écrans des multiplexes privés. Pour lui, cette tendance menace directement l’équilibre du réseau des salles publiques, souvent ancrées dans les territoires et accessibles à tous les publics. « Les salles publiques jouent un rôle clé dans la diffusion culturelle et l’aménagement du territoire », rappelle-t-il, avant d’ajouter que « les limiter dans l’accès aux films revient à organiser une inégalité d’accès à la culture ».
Le phénomène n’est pas nouveau, mais il prend une ampleur particulière ces derniers mois. D’après Le Monde, plusieurs distributeurs majeurs auraient adopté cette pratique, parfois en différant de plusieurs semaines la mise à disposition des films pour les salles publiques. Cette situation pose un problème de taille : les exploitants de petites et moyennes salles, souvent soutenus par les collectivités locales, se retrouvent désavantagés face à la puissance de négociation des grands groupes privés. « Cela crée une distorsion de concurrence qui met en péril la diversité de l’offre cinématographique », souligne Bessac.
Un enjeu de diversité culturelle et territoriale
Les salles publiques, qu’elles soient associatives, municipales ou gérées par des structures comme les ciné-clubs, constituent un maillon essentiel du paysage cinématographique français. Elles permettent de toucher des publics éloignés des grands centres-villes ou moins habitués aux sorties au cinéma. En Seine-Saint-Denis, où Patrice Bessac exerce ses fonctions, le réseau de salles publiques est particulièrement dense, avec des établissements comme le Cinéma municipal Jean Renoir à Montreuil ou le Cinéma Le Trianon à Romainville. Ces lieux, souvent subventionnés, offrent une programmation variée, incluant des films d’auteur, des documentaires ou des cycles thématiques.
Pourtant, leur survie dépend en grande partie de l’accès aux films récents. Sans cette possibilité, elles risquent de voir leur fréquentation diminuer et, à terme, leur existence même être menacée. « Si les distributeurs continuent à fermer les portes des salles publiques, c’est toute une partie de la population qui sera exclue de l’accès à la culture », s’inquiète Bessac. Selon lui, cette situation s’inscrit dans une logique plus large de concentration du secteur, où les petits exploitants sont progressivement marginalisés au profit des grands groupes.
Quelles solutions pour rétablir l’équilibre ?
Face à cette situation, Patrice Bessac appelle à une prise de conscience collective. Il plaide pour que les pouvoirs publics, à commencer par les collectivités locales, interviennent afin de garantir un accès équitable aux œuvres. « Il est urgent que l’État et les collectivités s’emparent de ce sujet pour imposer des règles strictes aux distributeurs », a-t-il déclaré. Parmi les pistes évoquées, on trouve la possibilité d’instaurer des quotas de diffusion ou des sanctions financières en cas de non-respect des engagements pris envers les salles publiques.
Une autre solution consisterait à renforcer le soutien financier aux salles publiques, afin de leur permettre de négocier à armes égales avec les distributeurs. Des aides spécifiques pourraient être mises en place pour compenser les désavantages structurels dont elles souffrent. Enfin, Bessac suggère de promouvoir des accords-cadres entre les distributeurs et les collectivités, afin de garantir une répartition plus équitable des films sur l’ensemble du territoire. « La culture ne doit pas être un privilège réservé à quelques-uns », conclut-il.
Une chose est sûre : la question de l’accès équitable aux films ne disparaîtra pas du débat public. Pour Patrice Bessac et les défenseurs du cinéma public, il en va de la diversité culturelle et de la cohésion sociale. À suivre, donc, dans les semaines à venir.
Les salles publiques, notamment les petites et moyennes exploitations, les ciné-clubs et les établissements municipaux ou associatifs, sont les plus touchés par ces restrictions. Ces structures, souvent soutenues par des subventions locales, se voient limitées dans l’accès aux films récents au moment de leur sortie nationale.