En 2023, près de 668 510 accidents du travail avec au moins un jour d’arrêt ont été recensés en France, selon les chiffres publiés par la Dares en mai 2026. Cela représente l’équivalent de 160 000 emplois en équivalents temps plein non travaillés pendant un an, et parmi ces accidents, 818 ont été mortels. Ces données, compilées par le service statistique du ministère du Travail, mettent en lumière les secteurs les plus dangereux et les profils de salariés les plus exposés, comme le rapporte BFM Business.

Ce qu'il faut retenir

  • Les secteurs les plus accidentogènes : transport et entreposage (1,5 % du volume de travail total), santé et médico-social (1,4 %), construction, agriculture et intérim.
  • Les jeunes salariés (< 20 ans) sont deux fois plus exposés que les salariés de 60 ans et plus, avec 25 accidents par million d’heures rémunérées contre 13.
  • Les accidents graves et mortels augmentent avec l’âge : la fréquence des accidents mortels passe de 7 à 53 par milliard d’heures rémunérées entre les moins de 30 ans et les 60 ans et plus.
  • Les régions les plus touchées : Bretagne, Pays de la Loire, Sud-Ouest, zones spécialisées dans l’agriculture ou l’industrie.
  • Les grandes entreprises (> 250 salariés) enregistrent moins d’accidents, en raison de politiques de prévention plus développées.
  • Les hommes sont plus souvent victimes d’accidents, mais cette tendance s’inverse après 60 ans.

Des secteurs particulièrement exposés aux risques

Certains domaines professionnels se distinguent par un risque accru d’accidents du travail. Selon les données de la Dares, le secteur du transport et de l’entreposage arrive en tête, avec une durée cumulée des arrêts représentant 1,5 % du volume de travail total. Les métiers concernés incluent le fret aérien et routier, la manutention et les services de déménagement. Les accidents y sont particulièrement fréquents, notamment en raison des conditions de travail exigeantes et des horaires parfois contraignants.

Le domaine de la santé et du médico-social suit de près, avec des arrêts de travail représentant 1,4 % de l’emploi total. Les risques sont accrus dans les structures accueillant des personnes âgées ou handicapées, où les salariés sont exposés à des charges physiques importantes et à des situations de stress répétées. La construction et l’agriculture figurent également parmi les secteurs les plus dangereux, non seulement en raison du nombre élevé d’accidents, mais aussi de leur gravité. Dans ces domaines, la fréquence des accidents graves est respectivement trois fois et deux fois supérieure à la moyenne nationale.

L’intérim, un facteur aggravant

L’intérim se distingue par un risque d’accident du travail deux fois plus élevé que la moyenne nationale. Cette surreprésentation s’explique par deux facteurs principaux. D’une part, les travailleurs intérimaires sont souvent affectés à des postes nécessitant des compétences spécifiques et des conditions de travail difficiles. D’autre part, les secteurs qui emploient le plus d’intérimaires, comme le BTP ou le transport, sont déjà parmi les plus accidentogènes. Cette combinaison expose davantage ces salariés aux risques, comme le souligne l’étude de la Dares.

Les jeunes travailleurs, en particulier, sont surreprésentés dans ces secteurs. En 2023, les salariés de moins de 20 ans subissaient 25 accidents du travail par million d’heures rémunérées, contre seulement 13 pour les salariés de 60 ans et plus. Cette vulnérabilité s’explique en partie par un manque d’expérience et une moindre formation aux risques spécifiques des métiers exercés.

L’âge et le genre, des facteurs déterminants

Les statistiques révèlent une corrélation claire entre l’âge des salariés et la fréquence des accidents du travail. Si les jeunes sont plus souvent victimes d’accidents, les accidents graves et mortels deviennent plus fréquents avec l’avancée en âge. La fréquence des accidents mortels passe ainsi de 7 par milliard d’heures rémunérées chez les moins de 30 ans à 53 pour les 60 ans et plus. Cette hausse s’explique notamment par des problèmes de santé liés à l’âge, comme les arrêts cardiaques ou la baisse de la résistance physique.

Côté genre, les hommes sont globalement plus exposés aux accidents du travail que les femmes. Cependant, cette tendance s’inverse à partir de 60 ans : les travailleuses deviennent légèrement plus souvent victimes d’accidents que leurs homologues masculins. Cette inversion s’explique en partie par les métiers exercés par les femmes plus âgées, souvent plus précaires ou moins encadrés.

Des disparités régionales marquées

La fréquence des accidents du travail varie également selon les régions, en fonction de la spécialisation économique des territoires. Les zones d’emploi concentrées sur l’industrie, comme en Bretagne ou dans les Pays de la Loire, enregistrent un taux d’accidents plus élevé que la moyenne. Il en va de même pour les zones touristiques, notamment en montagne ou sur le littoral, où les emplois saisonniers et les conditions de travail peuvent être précaires.

Le Sud-Ouest de la France, en revanche, se distingue par une exposition accrue à tous types d’accidents du travail, y compris les plus graves et mortels. Cette région, fortement spécialisée dans l’agriculture, enregistre un taux d’accidents 1,9 fois supérieur à celui des grandes agglomérations. À l’inverse, les grandes villes, et notamment Paris, sont moins affectées en raison d’une concentration plus importante d’emplois de cadres et de services, moins exposés aux risques physiques.

Les grandes entreprises, un environnement plus sûr

Les statistiques montrent que les accidents du travail sont moins fréquents dans les grandes entreprises (plus de 250 salariés). Cette tendance s’explique principalement par la mise en place de politiques de prévention plus structurées et plus efficaces. Les grandes structures disposent généralement de services dédiés à la sécurité, de formations régulières pour les salariés et de moyens financiers pour investir dans des équipements de protection adaptés. Cette différence souligne l’importance des mesures de prévention dans la réduction des risques.

Les chiffres de la Dares révèlent également que les entreprises de taille intermédiaire (50 à 250 salariés) enregistrent un taux d’accidents légèrement supérieur à celui des grandes entreprises, mais inférieur à celui des petites structures. Ces résultats suggèrent que la taille de l’entreprise joue un rôle clé dans la gestion des risques professionnels.

Et maintenant ?

Les prochaines années devraient voir une attention accrue portée à la prévention des accidents du travail, notamment dans les secteurs les plus exposés. La Dares et le ministère du Travail pourraient renforcer les contrôles dans les entreprises de l’intérim et de la construction, où les risques sont les plus élevés. Par ailleurs, des campagnes de sensibilisation ciblées pourraient être lancées pour protéger les jeunes travailleurs et les seniors, deux populations particulièrement vulnérables. Enfin, l’évolution des conditions de travail dans le médico-social et l’agriculture fera l’objet de discussions, afin de réduire la fréquence des accidents graves et mortels.

Ces données rappellent que la lutte contre les accidents du travail reste un enjeu majeur pour la santé des salariés et la performance économique des entreprises. Si les tendances actuelles se confirment, les prochaines statistiques, attendues pour 2027, permettront d’évaluer l’efficacité des mesures mises en place.

Les métiers les plus dangereux sont ceux du transport et de l’entreposage (notamment le fret aérien et routier), de la santé et du médico-social (surtout dans les structures accueillant des personnes âgées ou handicapées), de la construction (couverture, menuiserie, plâtrerie) et de l’agriculture (élevage, exploitation forestière). L’intérim figure également parmi les secteurs à haut risque.