Un lot de 63 000 kilos de café vert brésilien, refusé à l’entrée de la Pologne début mai 2026 en raison de la présence de grains abîmés et d’organismes nuisibles vivants, n’a aucun lien avec l’accord commercial UE-Mercosur, selon les vérifications menées par Euronews FR. Pourtant, des responsables politiques français et polonais ont associé ce refus aux dispositions du traité, dont l’application provisoire est effective depuis le 1er mai 2026.

L’Inspection polonaise de la qualité de l’agriculture et de l’alimentation (IJHARS) a annoncé sur Facebook avoir immobilisé à Poznań un chargement de café en provenance du Brésil. Les autorités ont invoqué des « grains abîmés » et des « organismes nuisibles vivants » pour justifier ce blocage. Cette information a rapidement été récupérée par des figures politiques comme la députée européenne polonaise Ewa Zajączkowska-Hernik, membre de l’extrême droite, et l’ancien eurodéputé français Florian Philippot, fondateur du parti eurosceptique Les Patriotes.

Ce qu'il faut retenir

  • Un lot de 63 000 kg de café vert brésilien a été bloqué en Pologne début mai 2026 pour non-conformité aux normes sanitaires, selon l’IJHARS.
  • Ewa Zajączkowska-Hernik et Florian Philippot ont associé ce refus à l’accord UE-Mercosur, entré en application provisoire le 1er mai 2026.
  • Le café vert entre déjà dans l’UE en franchise de droits depuis longtemps, comme le confirment des données commerciales et des rapports officiels.
  • Aucun élément ne permet d’établir un lien entre ce lot et l’accord UE-Mercosur, selon les vérifications d’Euronews FR.
  • L’ambassadeur du Brésil auprès de l’UE a rejeté toute connexion, rappelant que le café vert bénéficie de droits de douane nuls depuis des décennies.

Un lot refusé pour des raisons sanitaires, mais pas pour des motifs liés au traité

Le 6 mai 2026, l’IJHARS a annoncé sur les réseaux sociaux avoir intercepté à Poznań un lot de café vert brut en provenance du Brésil. Selon l’agence, les grains présentaient des défauts et abritaient des « organismes nuisibles vivants ». Ce blocage, justifié par des contrôles standards de qualité commerciale, a été immédiatement interprété par certains responsables politiques comme une conséquence directe de l’accord UE-Mercosur.

Ewa Zajączkowska-Hernik, eurodéputée polonaise d’extrême droite, a publié sur Facebook que ce lot illustrait le fonctionnement de l’accord UE-Mercosur, qu’elle accuse de « empoisonner les gens au nom des intérêts économiques allemands ». Florian Philippot, pour sa part, a affirmé sur les réseaux sociaux que le chargement était « infesté de vers », une assertion démentie par les autorités polonaises, qui n’ont jamais précisé la nature exacte des organismes nuisibles détectés. Son propos a été relayé par le site polonais wPolityce, qui a également utilisé l’expression « infesté de vers ».

Le café vert bénéficiait déjà de droits de douane nuls avant l’accord UE-Mercosur

Les détracteurs de l’accord UE-Mercosur – signé entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay et Bolivie) – craignent que la suppression des droits de douane ne favorise l’entrée de produits agricoles ne respectant pas les normes européennes. Pourtant, le café vert bénéficie déjà d’un accès en franchise de droits dans l’UE, comme en témoignent plusieurs sources officielles.

Selon les données de la base UN Comtrade, le Brésil a exporté plus de 15 millions de kilos de café vert vers la Pologne en 2024. Un rapport de l’Organisation internationale du café publié en 2011 précise que « le café vert non décaféiné peut être importé en franchise de droits dans l’Union européenne ». De son côté, une analyse du ministère américain de l’Agriculture publiée en février 2026 indique que « les grains de café vert, qui représentent 97 % des exportations de café du Brésil vers l’UE, entrent déjà sur le marché européen en franchise de droits ».

L’IJHARS et l’ambassadeur brésilien démentent tout lien avec l’accord

Interrogée par Euronews FR, l’IJHARS a précisé que le lot avait fait l’objet d’un « contrôle standard de la qualité commerciale », conforme aux règles nationales en vigueur. L’agence a catégoriquement nié que ce café ait été importé dans le cadre de l’accord UE-Mercosur, rappelant que les questions douanières relèvent de la compétence de l’administration fiscale et des douanes polonaises. Pedro Miguel da Costa e Silva, ambassadeur du Brésil auprès de l’UE, a également rejeté toute connexion entre le lot refusé et le traité commercial. « Le café vert entrait déjà dans l’UE avec un droit de douane nul. Rien n’a changé », a-t-il déclaré. Il a ajouté que le Brésil exporte du café vert vers l’Europe « depuis le XIXe siècle ».

L’IJHARS a par ailleurs souligné que les refus de lots pour non-conformité ne sont pas rares. En 2025, l’agence a pris 95 décisions bloquant des cargaisons de produits alimentaires importés, concernant 121 lots de denrées destinées à la Pologne en provenance de pays hors UE. Ces chiffres illustrent une activité normale de contrôle sanitaire, indépendante de tout accord commercial.

Les craintes sur l’accord UE-Mercosur persistent malgré les démentis

Malgré l’absence de preuve liant le lot de café à l’accord UE-Mercosur, les opposants au traité continuent d’exprimer des inquiétudes quant à ses conséquences. Certains agriculteurs européens et responsables politiques craignent que l’ouverture du marché ne fasse pression sur les prix et ne fragilise les revenus des producteurs locaux, face à la concurrence de produits agricoles souvent moins chers en provenance du Mercosur.

Les craintes portent notamment sur la sécurité alimentaire et le respect des normes européennes. Pourtant, comme le rappellent les données officielles, le café vert – produit phare des exportations brésiliennes vers l’UE – bénéficiait déjà d’un accès en franchise de droits bien avant l’entrée en vigueur de l’accord. Aucune analyse ne permet d’affirmer que les règles sanitaires ou les volumes d’importation ont été modifiés par le traité.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes concernant l’application de l’accord UE-Mercosur devraient être suivies de près par les États membres, notamment sur les questions de normes sanitaires et de contrôle des importations. La Commission européenne a indiqué que des audits supplémentaires pourraient être menés dans les pays du Mercosur pour s’assurer du respect des exigences européennes. Par ailleurs, les associations d’agriculteurs européens ont annoncé qu’elles maintiendraient une pression politique pour obtenir des garanties sur les volumes et les prix des importations agricoles.

Les allégations infondées autour du lot de café bloqué en Pologne pourraient, elles, alimenter le débat sur la transparence des négociations commerciales et la communication autour des traités internationaux. Reste à savoir si ces controverses influenceront les prochaines étapes de la ratification définitive de l’accord UE-Mercosur, dont le calendrier reste incertain.

Plusieurs responsables, comme la députée européenne polonaise Ewa Zajączkowska-Hernik et Florian Philippot, ont instrumentalisé cet incident pour critiquer l’accord UE-Mercosur, entré en application provisoire le 1er mai 2026. Ces personnalités ont présenté ce refus sanitaire comme une preuve des risques liés à l’ouverture commerciale, sans que cette interprétation ne soit étayée par les faits ou les données officielles.