Depuis les incendies qui ravagent la Gironde et les Landes, un débat technique et opérationnel agite le monde des sapeurs-pompiers. Selon Le Figaro, les professionnels du secours dénoncent l’application de la norme européenne « Euro 6d-TEMP » aux camions de lutte contre l’incendie, notamment à cause du système anti-pollution AdBlue. Ce dispositif, obligatoire depuis septembre 2017 pour tous les véhicules diesel neufs, impose des contraintes jugées disproportionnées pour les véhicules d’intervention, dont les missions s’étalent parfois sur plusieurs jours sans retour à la base.

Ce qu'il faut retenir

  • La norme Euro 6d-TEMP, en vigueur depuis septembre 2017, impose l’AdBlue sur tous les véhicules diesel neufs, y compris les camions de pompiers.
  • Le système AdBlue réduit de 85 % les émissions de gaz toxiques, mais ses réservoirs se vident rapidement lors des interventions longues.
  • En cas de réservoir vide, le véhicule peut ne plus démarrer ou voir ses performances réduites pour respecter les normes environnementales.
  • Les camions de pompiers roulent en moyenne entre 3 000 et 4 000 km par an, contre plusieurs centaines de milliers pour les poids lourds industriels.
  • Les pompiers réclament une dérogation pour échapper à cette norme, jugée inadaptée à leurs besoins opérationnels.
  • Un autre règlement, le GSR2 (entré en vigueur en 2024), impose des équipements comme l’évitement de collision piéton, mais s’avère inefficace en forêt.

Une norme environnementale conçue pour les poids lourds, pas pour les véhicules d’intervention

Les camions de pompiers sont-ils des véhicules comme les autres ? C’est la question soulevée par Marc Vermeulen, directeur du Service départemental d’incendie et de secours de la Gironde (Sdis 33). Selon lui, l’application des normes environnementales européennes aux véhicules de secours relève d’une logique « ubuesque ». « Les camions qui luttent contre les feux de forêt sont soumis aux mêmes normes environnementales que des camions classiques », a-t-il dénoncé début juillet, lors des premiers bilans des incendies en Gironde. Pour le directeur du Sdis 33, cette situation est d’autant plus absurde que les véhicules d’intervention roulent très peu : entre 3 000 et 4 000 km par an, contre plusieurs centaines de milliers pour les poids lourds industriels.

Le problème ne se limite pas à la consommation d’AdBlue. Pierre Tonnel, mécanicien au Sdis 33, a expliqué au Figaro que « les réservoirs se vident assez vite ». « Sur les opérations de longue durée, on a facilement des pannes liées à ça : on est obligés de faire sortir les véhicules pour les remettre en route », a-t-il précisé. Un dysfonctionnement qui peut avoir des conséquences dramatiques lorsque les interventions s’étalent sur plusieurs jours, comme c’est le cas en Gironde et dans les Landes.

AdBlue : un système efficace, mais aux limites opérationnelles évidentes

L’AdBlue, solution aqueuse composée à 32,5 % d’urée et à 67,5 % d’eau déminéralisée, permet de réduire de 85 % les émissions de gaz toxiques des moteurs diesel. Pourtant, son utilisation pose des défis majeurs pour les services d’incendie. Selon le site spécialisé Auto Journal, « lorsque le niveau d’AdBlue est trop bas, des alertes s’affichent et, si elles sont ignorées, le système moteur réduit les performances afin de limiter les émissions de NOx ». Pire encore, « en cas de réservoir totalement vide, le véhicule peut être empêché de démarrer pour respecter les normes environnementales ».

Ces contraintes techniques compliquent considérablement le travail des pompiers. Marc Vermeulen a rappelé que les véhicules de secours ne sont pas conçus pour effectuer des trajets longs ou répétés, mais pour intervenir rapidement et efficacement sur des zones parfois isolées. « Les véhicules d’incendie et de secours ne roulent pas beaucoup, en moyenne entre 3 000 et 4 000 km par an », a-t-il souligné, ajoutant que « ces normes ne sont tout simplement pas adaptées à nos besoins ».

D’autres normes environnementales et de sécurité pointées du doigt

Le débat ne se limite pas à l’AdBlue. Les pompiers dénoncent également le règlement GSR2, entré en vigueur en 2024, qui impose de nouveaux équipements de sécurité sur les véhicules neufs. Parmi eux, le système d’évitement de collision piéton, conçu pour protéger les piétons en milieu urbain. Le lieutenant-colonel Raphaël Thillaye du Boullay, interrogé par BFMTV, a expliqué que ce système pose un problème majeur en forêt : « Chaque fois qu’il y a devant eux un arbre, ça n’est pas capable de le différencier d’un piéton. C’est un obstacle, donc le véhicule s’arrête ».

Ce dysfonctionnement illustre une fois de plus le décalage entre les normes conçues pour les véhicules civils et les réalités du terrain pour les services d’urgence. Les pompiers estiment que ces réglementations, bien que bien intentionnées, ne prennent pas en compte les spécificités de leurs missions. « Les flammes ne lisent pas le code de l’environnement », a résumé un responsable syndical, résumant ainsi l’absurdité de la situation.

Vers une remise en question des normes pour les véhicules de secours ?

Face à ces difficultés, les syndicats et les responsables des services départementaux d’incendie et de secours (Sdis) réclament des dérogations. Marc Vermeulen a indiqué que des discussions étaient en cours avec les autorités pour adapter ces normes aux réalités opérationnelles. « Ce n’est pas la première fois que nous demandons des ajustements », a-t-il rappelé, soulignant que les incendies en Gironde et dans les Landes pourraient accélérer le processus.

Pourtant, la route est encore longue. Les normes environnementales européennes, conçues pour réduire l’impact écologique des véhicules, s’appliquent à tous les secteurs, y compris celui de la sécurité. Les pompiers ne contestent pas l’objectif environnemental, mais pointent du doigt l’absence de nuances pour les véhicules d’intervention. « On ne peut pas avoir les mêmes exigences pour un camion de livraison et un camion de pompiers », a insisté un responsable syndical.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être décisives pour les pompiers. Une réunion avec les autorités est prévue pour évaluer l’opportunité de dérogations spécifiques aux véhicules de secours. Si aucune solution n’est trouvée rapidement, les services d’incendie pourraient être contraints de revoir leur organisation, notamment en prévoyant des rotations plus fréquentes de leurs camions pour éviter les pannes d’AdBlue. D’ici là, les pompiers continueront d’intervenir malgré ces contraintes, mais l’urgence reste de trouver un équilibre entre respect de l’environnement et efficacité opérationnelle.

Plus largement, ces débats soulèvent une question de fond : comment concilier les impératifs environnementaux, désormais incontournables, avec les besoins spécifiques des services publics essentiels ? Les incendies de 2026 en Gironde et dans les Landes pourraient bien devenir un cas d’école pour repenser l’application des normes aux véhicules d’urgence.

L’AdBlue est une solution aqueuse composée à 32,5 % d’urée et à 67,5 % d’eau déminéralisée, utilisée pour réduire les émissions de gaz polluants (NOx) des moteurs diesel. Depuis septembre 2017 et l’entrée en vigueur de la norme européenne Euro 6d-TEMP, tous les véhicules diesel neufs doivent être équipés d’un réservoir dédié à l’AdBlue pour respecter les limites d’émissions fixées par l’Union européenne.

Les pompiers estiment que la norme AdBlue n’est pas adaptée à leurs besoins opérationnels. Leurs camions roulent en moyenne entre 3 000 et 4 000 km par an, contre plusieurs centaines de milliers pour les poids lourds industriels. Lors des interventions longues, comme les feux de forêt, les réservoirs d’AdBlue se vident rapidement, entraînant des pannes ou une réduction des performances du véhicule, ce qui peut compromettre l’efficacité des secours.