Deux soldats originaires des outre-mer, Jacques Pakeso et Mike Gineste, ont disparu en 2022 et 2023 dans le Var après avoir été hébergés par une même famille, désormais mise en cause. Selon Franceinfo – Faits divers, six de ses membres ont été mis en examen en mai 2026, tandis que des ossements appartenant aux deux militaires ont été retrouvés et identifiés fin juillet.
Ce qu'il faut retenir
- Deux militaires ultramarins – Jacques Pakeso, né en 1997 à Nouméa, et Mike Gineste, né en 1988 à Papeete – ont disparu respectivement en mai 2022 et mai 2023 dans le Var.
- Une famille suspectée : six de ses membres, dont les parents et leurs quatre enfants, ont été mis en examen pour traite des êtres humains, séquestrations en bande organisée et, pour trois d’entre eux, meurtres.
- Des ossements identifiés : retrouvés fin mai 2026 dans les Bouches-du-Rhône, leur ADN a confirmé le 27 juillet qu’ils appartenaient aux deux soldats disparus.
- Sept autres militaires victimes : selon le parquet de Toulon, sept jeunes originaires d’outre-mer ont déclaré avoir été dépouillés, violentés et séquestrés par cette famille.
- Un appel à témoins lancé : le parquet de Toulon cherche à identifier d’éventuelles autres victimes ayant séjourné dans le Var ces dernières années.
Une disparition qui s’étire sur plusieurs années
Jacques Pakeso, jeune marin originaire de Nouvelle-Calédonie, a disparu en mai 2022 alors qu’il effectuait ses classes à la base navale de Saint-Mandrier-sur-Mer, dans le Var. Son frère, inquiet de ne plus avoir de ses nouvelles, s’est rendu en métropole quelques mois plus tard pour signaler sa disparition à la gendarmerie maritime de Toulon. « Je n’ai pas été pris au sérieux », a-t-il déclaré. Un an plus tard, en mai 2023, c’est au tour de Mike Gineste, soldat originaire de Polynésie française, de s’évaporer. Pourtant, l’institution militaire ne s’est pas alarmée : il était « considéré comme déserteur malgré d’excellents états de service et un contrat renouvelé », précise le parquet de Toulon.
L’enquête, menée pendant près de quatre ans, a finalement établi un lien entre ces deux disparitions. Le procureur de Toulon, Raphaël Balland, a confirmé début juillet que les « nombreuses investigations » avaient permis d’orienter les soupçons vers une famille ayant hébergé les deux militaires. Selon lui, « l’hypothèse du meurtre est confortée par de nombreux éléments ».
Une famille aux méthodes organisées et ciblées
La famille mise en cause réside dans le Var depuis plusieurs années et entretient des liens avec l’outre-mer : la mère est originaire de Nouméa, tandis que le père vient du Vanuatu et de Wallis-et-Futuna. Selon les informations recueillies par Var-Matin, le couple avait pris l’habitude « d’alimenter » en alcool et nourriture des soirées fréquentées par des jeunes originaires des îles du Pacifique. Un témoin cité par le journal évoque une stratégie de manipulation : « Ils utilisaient nos coutumes, parlaient de religion et montraient une générosité en apparence désintéressée. »
Les investigations ont révélé que cette famille avait hébergé, entre 2011 et 2023, d’autres jeunes militaires ultramarins. Sept d’entre eux ont témoigné auprès des enquêteurs avoir été « progressivement dépouillés de leurs moyens de paiement et de leurs documents d’identité, violentés et séquestrés ». Trois membres de la famille – la mère et ses deux fils – sont désormais poursuivis pour les meurtres des deux soldats, ainsi que pour traite des êtres humains et séquestrations en bande organisée. Le père et l’une des filles sont également mis en examen pour les mêmes chefs, tandis que la benjamine du couple n’est poursuivie que pour non-dénonciation de crimes.
La découverte des ossements confirme l’hypothèse criminelle
Fin mai 2026, des ossements « suspects » ont été découverts sur deux sites distincts dans les Bouches-du-Rhône. Sans préciser ni les lieux ni les circonstances de ces découvertes, la justice a lancé des expertises ADN. Le 27 juillet, le magistrat instructeur a confirmé que ces restes correspondaient bien à ceux de Jacques Pakeso et Mike Gineste. Selon le procureur Balland, les investigations se poursuivent pour déterminer « les circonstances précises dans lesquelles les deux militaires ont trouvé la mort ». À ce stade, aucun interrogatoire approfondi n’a encore été mené auprès des membres de la famille placés en détention provisoire.
Cette affaire rappelle d’autres dossiers où des militaires ultramarins ont été victimes de réseaux de prédation en métropole. En 2021, un ancien légionnaire polynésien avait été retrouvé mort dans des circonstances troubles dans l’Hérault. Ces disparitions, souvent minimisées à l’époque, révèlent aujourd’hui un phénomène plus large de vulnérabilité des soldats originaires des territoires ultramarins, parfois isolés et éloignés de leur famille.
Un appel à témoins pour élargir le champ des investigations
Le 20 juillet 2026, le parquet de Toulon a lancé un appel à témoins afin d’identifier d’éventuelles autres victimes. L’objectif est de recenser d’autres disparitions de personnes originaires des îles du Pacifique ayant séjourné dans le Var ces dernières années. Les témoins ou familles concernées sont invités à contacter la section de recherches de la gendarmerie maritime à Toulon via l’adresse électronique [email protected].
Cette démarche s’inscrit dans une volonté de transparence, alors que l’affaire suscite une émotion légitime, tant en Nouvelle-Calédonie qu’en Polynésie française. Les familles des victimes, longtemps sans réponses, espèrent désormais obtenir des éléments concrets pour faire la lumière sur ces disparitions. Quant à l’institution militaire, elle fait face à des questions sur ses procédures internes, notamment sur la gestion des signalements de disparitions parmi ses rangs.
Cette affaire soulève également des questions sur la protection des militaires ultramarins en mission en métropole. Des associations de vétérans et des élus locaux pourraient demander un audit des dispositifs d’accompagnement psychologique et social proposés aux soldats originaires des territoires ultramarins. Enfin, la décision de justice, attendue dans plusieurs mois, pourrait établir définitivement la responsabilité des accusés et, le cas échéant, déterminer les éventuelles peines encourues pour traite des êtres humains et séquestrations en bande organisée.
Les ossements ont été découverts fin mai 2026 sur deux sites distincts situés dans les Bouches-du-Rhône, sans que la justice ne communique sur les circonstances précises de leur découverte. Selon les éléments communiqués par le procureur de Toulon, Raphaël Balland, ces localisations pourraient s’expliquer par des déplacements des victimes ou des membres de la famille suspectée après les disparitions. Les investigations se poursuivent pour déterminer comment et pourquoi ces restes ont été transportés ou dissimulés dans ce département voisin.