L’État français est désormais visé par deux assignations distinctes pour « faute lourde » dans le cadre du volet français de l’affaire Epstein. Ebba Karlsson, ex-mannequin suédoise, et l’association Innocence en danger reprochent aux autorités judiciaires une inaction présumée dans le traitement de ce dossier sensible.
Selon Le Figaro, l’assignation portée par Me William Bourdon et Me Colomba Grossi au nom d’Ebba Karlsson a été notifiée le 21 août devant le tribunal judiciaire de Paris. Une audience initiale est déjà programmée pour courant 2027. L’association Innocence en danger, représentée par Me Mathias Darmon, a également assigné l’État le 31 juillet dans une procédure distincte, avec une première audience également prévue l’année prochaine. Les deux parties dénoncent des dysfonctionnements dans la gestion judiciaire, notamment l’absence d’interpellation de Daniel Siad, rabatteur présumé de Jeffrey Epstein, retrouvé mort fin juillet à Colombes (Hauts-de-Seine).
Ce qu'il faut retenir
- Deux assignations distinctes contre l’État français : l’une portée par Ebba Karlsson, l’autre par Innocence en danger.
- Les avocats dénoncent une « inaction fautive » du service public de la justice, pointant l’absence de garde à vue et d’audition de Daniel Siad avant son décès.
- Ebba Karlsson réclame 50 000 euros de dommages et intérêts pour le préjudice subi, tandis qu’Innocence en danger demande 15 000 euros.
- Les audiences initiales sont prévues pour courant 2027 dans les deux procédures.
- Le décès de Daniel Siad, en juillet 2026, a mis fin aux investigations le concernant, mais pas à l’enquête ouverte par le parquet de Paris.
- Innocence en danger critique la « lenteur » du calendrier judiciaire et l’absence d’explications sur certaines périodes d’inactivité.
Une assignation pour « dysfonctionnement du service public de la justice »
Ebba Karlsson accuse Daniel Siad de viol en France dans les années 1990. Dans une interview accordée à BFMTV mi-août, elle a expliqué : « Il y avait l’opportunité de l’entendre, mais rien n’a été fait pendant des mois. » Ses avocats estiment que l’État a commis une « faute lourde » en n’ayant pas engagé de procédure contre Siad avant son décès. La procureure de Paris, Laure Beccuau, avait indiqué dans un communiqué après le décès de Siad que ce dernier faisait l’objet d’écoutes téléphoniques, mais que celles-ci n’avaient pas justifié son interpellation immédiate.
Me Bourdon et Me Grossi demandent au tribunal de constater un « dysfonctionnement du service public de la justice » et réclament la reconnaissance de cette faute, ainsi que des dommages et intérêts pour leur cliente. « Nous nous demandons pourquoi il n’a pas été interpellé », a encore souligné Ebba Karlsson dans les médias. De son côté, l’avocate de Daniel Siad, Me Ménya Arab-Tigrine, avait affirmé à l’AFP que son client se considérait comme innocent.
Innocence en danger rejoint la procédure et dénonce des retards injustifiés
Homayra Sellier, présidente de l’association Innocence en danger, et Me Jean Sannier, son avocat, ont confirmé à l’AFP leur intention de se joindre à l’action d’Ebba Karlsson. « Nous partageons la colère de toutes les victimes de ce terrible dossier », a déclaré Me Sannier. Dans sa propre assignation, l’association pointe un « fonctionnement défectueux du service public de la justice », un « déni de justice » et réclame 15 000 euros de dommages et intérêts.
Innocence en danger critique particulièrement la lenteur du calendrier judiciaire, jugée « objectivement difficilement conciliable avec les exigences d’une enquête pénale de cette nature ». L’association rappelle s’être adressée au procureur de la République de Paris dès juillet 2019, soulignant les nombreux liens de Jeffrey Epstein avec la France : déplacements réguliers dans la capitale, relations avec des intermédiaires et acteurs du mannequinat français. « Succession de retards » et « absence d’explication » sur certaines périodes d’inactivité sont également pointés du doigt.
Plusieurs décès de témoins potentiels compliquent l’enquête
L’association évoque le décès de plusieurs personnes susceptibles d’éclairer les investigations, dont Jean-Luc Brunel, agent de mannequins et autre rabatteur présumé de Jeffrey Epstein, retrouvé mort en détention en février 2022, et plus récemment Daniel Siad. « Dans le même temps », souligne Innocence en danger, ces disparitions privent la justice de témoignages potentiellement cruciaux.
Le parquet de Paris a annoncé début 2026 la saisine de magistrats référents pour réanalyser l’ensemble du dossier, notamment après la publication de millions de documents liés à Jeffrey Epstein. Cette réouverture du dossier avait été motivée par les liens avérés entre Epstein et la France, ainsi que par les accusations visant des intermédiaires français.
Les prochaines étapes dépendront des décisions du tribunal judiciaire de Paris et des suites données par le parquet. Les avocats des parties civiles ont déjà annoncé leur intention de faire reconnaître la responsabilité de l’État dans la gestion de ce dossier.
L’État français est assigné pour « faute lourde » dans la gestion du volet français de l’affaire Epstein. Les plaignants, Ebba Karlsson et Innocence en danger, estiment que les autorités judiciaires ont commis des dysfonctionnements, notamment en n’ayant pas interpellé Daniel Siad, rabatteur présumé de Jeffrey Epstein, avant son décès en juillet 2026. Les avocats dénoncent une inaction présumée et demandent réparation pour le préjudice subi.
Deux audiences initiales sont prévues pour courant 2027 : une dans le cadre de l’assignation portée par Ebba Karlsson, et une autre pour celle d’Innocence en danger. Ces procédures pourraient aboutir à la reconnaissance de fautes de l’État et à des indemnisations pour les parties civiles. Parallèlement, le parquet de Paris poursuit ses investigations sur les éventuelles infractions commises en France.