L’affaire Grégory, l’une des plus emblématiques de l’histoire judiciaire française, fait à nouveau parler d’elle. Selon BFM - Faits Divers, Me Frédéric Berna, avocat de la grand-tante de l’enfant, Jacqueline Jacob, a vivement critiqué la gestion de l’enquête. Il qualifie celle-ci de « pourrie dès le départ » et la juge « totalement irrécupérable », appelant même à son arrêt. Une déclaration forte, alors que Mme Jacob doit contester ce mercredi 27 mai sa mise en examen pour « association de malfaiteurs » devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Dijon.

Ce qu'il faut retenir

  • Grégory Villemin, quatre ans, a été retrouvé noyé dans la Vologne (Vosges) le 16 octobre 1984.
  • Me Frédéric Berna, avocat de Jacqueline Jacob, dénonce une enquête « pourrie » dès son lancement et « totalement irrécupérable », selon BFM - Faits Divers.
  • Jacqueline Jacob, 81 ans, a été mise en examen à deux reprises pour des faits liés à l’envoi de lettres anonymes, une première fois en 2017 (annulée en 2018 pour vice de forme), puis de nouveau le 24 octobre 2025.
  • L’enquête est marquée par de nombreux dysfonctionnements : perte d’échantillons, expertises coûteuses et contradictoires, suicides, et mises en examen annulées.
  • Les avocats de Jacqueline Jacob estiment qu’elle est désignée comme un « bouc émissaire » et craignent que la justice ne cherche à clore le dossier à tout prix.

Une enquête aux dysfonctionnements précoces et persistants

Me Frédéric Berna, avocat de la grand-tante de Grégory Villemin, n’était qu’un jeune homme lorsque le drame a frappé la famille en 1984. Pourtant, il conserve un souvenir précis des premières erreurs commises par l’enquête. « Mon grand-père tenait un laboratoire et on lui a apporté les échantillons d’eau des poumons de Grégory à analyser. Mais c’était beaucoup trop technique. Il a dit : "Moi, je n’ai pas les capacités" », a-t-il expliqué à BFM - Faits Divers. Résultat : ces échantillons, essentiels pour déterminer les causes du décès, ont été égarés et n’ont jamais été retrouvés. Un premier couac qui, selon lui, a scellé le sort de l’enquête.

Plus de 41 ans après la mort de l’enfant, les dysfonctionnements ne se sont pas résorbés. « Cette affaire n’est plus résolvable. Il faut l’arrêter », a martelé l’avocat, qui dénonce une « gabegie financière monstrueuse » avec des expertises à « plusieurs millions d’euros » n’ayant « absolument rien apporté ». Pour lui, la justice s’obstine à vouloir rattraper « quarante ans d’errance », alors que les pistes se sont multipliées avant de s’effondrer les unes après les autres.

Les errements judiciaires, de Bernard Laroche à Jean-Michel Lambert

L’affaire Grégory est jalonnée d’erreurs judiciaires et de drames humains. En mars 1985, Bernard Laroche, un cousin de la famille Villemin, est assassiné. La même année, Christine Villemin, la mère de Grégory, est inculpée et écrouée, avant d’obtenir un non-lieu en 1993. En 2017, le juge Jean-Michel Lambert, qui avait mené l’enquête initiale, se suicide. En 2018, trois mises en examen sont annulées, dont celle de Jacqueline Jacob pour « enlèvement et séquestration suivie de mort ».

Ces annulations successives illustrent, selon Me Berna, l’incapacité des autorités à tirer les leçons des échecs passés. « On espère qu’elle va décéder et qu’on puisse dire "c’était elle, on a résolu l’affaire". C’est ça que je crains », a-t-il lancé, accusant les enquêteurs de vouloir faire de sa cliente un « bouc émissaire ». Une stratégie qui, pour lui, relève davantage de l’acharnement que de la recherche de la vérité.

Jacqueline Jacob, figure controversée d’une affaire sans fin

Jacqueline Jacob, 81 ans, est la grand-tante de Grégory Villemin. Elle a été mise en examen à deux reprises dans cette affaire. La première fois, en 2017, pour « enlèvement et séquestration suivie de mort », avant que ces poursuites ne soient annulées en mai 2018 pour vice de forme. La seconde fois, le 24 octobre 2025, elle a été visée par une mise en examen pour « association de malfaiteurs » en vue de la préparation d’un enlèvement de l’enfant. Une décision que ses avocats contestent fermement et qui sera examinée ce mercredi 27 mai par la chambre de l’instruction de Dijon.

Les enquêteurs s’appuient sur une expertise suisse de 2021, attribuant à Jacqueline Jacob trois lettres anonymes envoyées en 1983, dont l’une menaçant directement la famille Villemin : « Je vous ferez votre peau » (orthographe d’époque). Une autre lettre, revendiquant le crime et datée du 16 octobre 1984, porterait également sa signature selon l’expert : « Voilà ma vengeance. Pauvre con ». Une contre-expertise stylométrique, analysant l’orthographe et les tournures de phrases, est en cours pour vérifier ces conclusions. Les expertises, souvent contradictoires, ont déjà désigné « plus d’une vingtaine » de « corbeaux » potentiels, dont Christine Villemin elle-même, avant qu’elle ne soit disculpée.

Les expertises, un serpent de mer coûteux et contradictoire

Le coût exorbitant des expertises réalisées au fil des décennies est l’un des points les plus critiqués par Me Berna. « Des millions d’euros dépensés pour des analyses qui n’ont rien apporté », résume-t-il. En effet, les expertises graphologiques et stylométriques se sont succédé, chacune apportant des conclusions différentes, voire opposées. En 2021

Les avocats de la grand-tante soulignent que ces expertises, loin de clarifier l’affaire, l’ont encore complexifiée. « C’est une farce », estiment-ils, en référence aux arguments des juges instructeurs. Ils rappellent que les faits pourraient être prescrits, bien que la défense ne conteste pas officiellement le fond de l’accusation.

Et maintenant ?

La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Dijon examinera ce mercredi 27 mai la contestation de la mise en examen de Jacqueline Jacob. Cette audience pourrait donner lieu à l’annulation des poursuites ou, au contraire, à leur maintien. Dans un cas comme dans l’autre, l’affaire Grégory, déjà marquée par des décennies de rebondissements, semble promise à de nouveaux développements judiciaires. La défense, elle, continue de dénoncer un système à l’agonie, où la vérité semble de plus en plus insaisissable.

L’affaire Grégory, qui a déjà coûté des millions d’euros et brisé des vies, reste un symbole des dysfonctionnements judiciaires en France. Alors que les familles des protagonistes, comme celle de Jacqueline Jacob, espèrent encore une forme de réhabilitation, les observateurs s’interrogent : cette enquête, « totalement irrécupérable » selon les mots de Me Berna, pourra-t-elle un jour trouver une issue ?

Jacqueline Jacob a été mise en examen à deux reprises. La première fois en 2017 pour « enlèvement et séquestration suivie de mort », avant que cette mise en examen ne soit annulée en mai 2018 pour vice de forme. La seconde fois, le 24 octobre 2025, elle est visée par une mise en examen pour « association de malfaiteurs » en vue de la préparation à l’enlèvement de Grégory Villemin. Ses avocats contestent cette décision devant la chambre de l’instruction de Dijon ce 27 mai 2026.

Me Frédéric Berna s’appuie sur plusieurs éléments pour étayer son propos. Il évoque d’abord la perte d’échantillons biologiques dès 1984, puis une série d’erreurs judiciaires (suicide de Jean-Michel Lambert, inculpation de Christine Villemin, annulation de mises en examen). Il critique également le coût exorbitant des expertises, souvent contradictoires, et dénonce un acharnement judiciaire à vouloir résoudre une affaire après quarante ans de dysfonctionnements. Pour lui, la vérité est devenue inaccessible.