Alors que l’affaire Lyhanna, du nom de la fillette de 11 ans décédée en janvier 2024 des suites de violences sexuelles répétées, continue de provoquer une onde de choc dans l’opinion publique, les dysfonctionnements de la chaîne judiciaire sont au cœur des débats. Selon BFM - Politique, François-Xavier Bellamy, député européen, a souligné que la justice française figure parmi les moins financées d’Europe, un constat qui s’ajoute aux critiques sur la lenteur des procédures et les lacunes dans la prise en charge des victimes mineures.

Ce qu'il faut retenir

  • 70 000 plaintes à réexaminer dans le cadre des violences sexistes et sexuelles, une mission jugée « presque impossible » par certains observateurs.
  • François-Xavier Bellamy : « La justice française est l’une des moins financées d’Europe ».
  • Gérald Darmanin : « Il y a eu un dysfonctionnement grave » dans le traitement de l’affaire Lyhanna, tout en écartant une démission.
  • Yaël Braun-Pivet réclame l’inscription à l’agenda parlementaire d’une « loi intégrale » sur les violences sexuelles.
  • Maud Petit, présidente de la commission parlementaire sur l’inceste, rappelle : « Quand les enfants ne se sentent pas entendus, ils finissent par se taire ».
  • Lucia Argibay (syndicat de la Magistrature) dénonce des « délais de traitement inacceptables ».
  • Gérald Darmanin se dit favorable à l’imprescriptibilité des crimes commis sur mineurs.

Une justice sous-financée, un constat partagé par plusieurs responsables

Dans un entretien diffusé par BFM - Politique, François-Xavier Bellamy, figure des Républicains, a pointé du doigt le manque de moyens alloués à la justice française. « Nous devons agir » a-t-il lancé, alors que les associations et les familles de victimes dénoncent depuis des années des délais d’attente excessifs et des procédures qui s’éternisent. Ce constat rejoint celui dressé par d’autres acteurs politiques, à l’image de Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, qui a appelé à une réforme d’ampleur. « La France est bouleversée, meurtrie », a-t-elle déclaré, insistant sur l’urgence de traiter ces violences avec la plus grande rigueur.

Côté magistrature, les critiques ne manquent pas. Lucia Argibay, représentante du syndicat de la Magistrature, a dénoncé des « dossiers avec des délais de traitement inacceptables », un phénomène qui, selon elle, concerne « beaucoup trop de situations ». Ces déclarations interviennent alors que des milliers de plaintes pour violences sexuelles ou sexistes restent en souffrance, faute de moyens humains et matériels suffisants.

L’affaire Lyhanna, symbole des failles judiciaires

L’affaire Lyhanna a cristallisé les tensions autour du système judiciaire. Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, a reconnu un « dysfonctionnement grave » dans le traitement de ce dossier. Interrogé sur une éventuelle démission, il a écarté cette hypothèse, précisant que la défaillance ne relevait pas des instructions ministérielles. « Il y a eu une défaillance qui ne tenait pas aux instructions données par le ministère », a-t-il expliqué, ajoutant avoir « confiance » dans le Conseil supérieur de la magistrature pour sanctionner, le cas échéant, les responsables.

Pour autant, les questions persistent. Le député du Gers David Taupiac a appelé à éviter « une politique politicienne », tandis que Maud Petit, présidente de la commission parlementaire sur l’inceste, a rappelé avec gravité que « quand les enfants ne se sentent pas entendus, ils finissent par se taire ». Une phrase qui résume l’angoisse des familles et des associations, pour qui le silence des victimes est souvent la conséquence d’un système qui ne les écoute pas assez tôt.

Vers une loi intégrale sur les violences sexuelles ?

Face à cette crise, Yaël Braun-Pivet a annoncé vouloir inscrire à l’agenda parlementaire une « loi intégrale » visant à renforcer la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Ce texte, dont les contours restent à préciser, pourrait notamment s’attaquer aux lacunes identifiées dans le traitement des plaintes, notamment pour les mineurs. « Nous devons agir » a répété la présidente de l’Assemblée nationale, soulignant que l’urgence ne pouvait plus être ignorée.

Parmi les mesures évoquées, l’imprescriptibilité des crimes commis sur mineurs fait consensus. Gérald Darmanin s’est déclaré favorable à cette disposition, une position partagée par de nombreuses associations de défense des droits de l’enfant. Reste à savoir si ce texte parviendra à surmonter les obstacles politiques et à être adopté dans des délais raisonnables.

Et maintenant ?

La commission parlementaire sur l’inceste, présidée par Maud Petit, doit rendre ses conclusions d’ici la fin de l’année. Ce rapport pourrait servir de base à la future loi intégrale souhaitée par Yaël Braun-Pivet. Par ailleurs, le Conseil supérieur de la magistrature doit se prononcer sur d’éventuelles sanctions dans le cadre de l’affaire Lyhanna, une décision attendue avec attention. Enfin, le gouvernement devrait préciser les contours de son projet de loi d’ici l’automne, alors que les associations réclament des mesures concrètes sans plus attendre.

Alors que 70 000 plaintes attendent toujours d’être réexaminées, la pression sur les institutions judiciaires ne faiblit pas. Entre manque de moyens, lenteurs procédurales et exigences des familles de victimes, le chemin vers une justice plus efficace et plus protectrice s’annonce semé d’embûches. Pour les associations et les politiques, l’enjeu est désormais de transformer l’émotion en actes concrets.

François-Xavier Bellamy et d’autres responsables politiques soulignent que les budgets alloués à la justice en France sont inférieurs à ceux de nombreux pays européens. Les syndicats de magistrats et les associations dénoncent régulièrement le manque de moyens humains et matériels, entraînant des retards dans le traitement des dossiers et une surcharge de travail pour les juges et les greffiers.