Selon Le Figaro, la surface forestière de l’Afghanistan a augmenté de 35 % entre 2011 et 2025, couvrant désormais 2,5 % du territoire national. Cette évolution contraste avec les décennies de déforestation massive subies par le pays, notamment entre 1979 et le début des années 2000, où près de 50 % des forêts afghanes avaient disparu. Aujourd’hui, les initiatives locales et les politiques publiques, portées aussi bien par les gouvernements successifs que par les talibans depuis 2021, portent leurs fruits.

Ce qu'il faut retenir

  • Une progression de 35 % de la couverture forestière entre 2011 et 2025, soit 2,5 % du territoire afghan couvert en 2025.
  • Une déforestation massive dans le passé : près de 50 % des forêts afghanes détruites entre 1979 et le début des années 2000 en raison des conflits et du trafic de bois.
  • Des politiques de reboisement soutenues par les gouvernements locaux, les talibans depuis 2021, des ONG et l’ONU, avec un objectif de 200 millions d’arbres plantés d’ici 2030.
  • Des microforêts inspirées de la méthode Miyawaki mises en place par la fondation Aga Khan, combinant restauration écologique et revenus pour les communautés.
  • Un retour de la biodiversité dans certaines régions, avec le retour d’oiseaux et une meilleure résilience climatique.
  • Des défis persistants : sécheresse, surpâturage, manque d’entretien, et nécessité de privilégier les espèces locales et résistantes à la sécheresse.

Un pays marqué par des décennies de déforestation

Entre l’invasion soviétique en 1979 et la chute du premier gouvernement taliban en 2001, l’Afghanistan a connu plusieurs conflits, dont une guerre civile particulièrement dévastatrice. Selon Mohammad Nasir Shalizi, chercheur à l’Université d’État de Caroline du Nord et cité par Le Figaro, « entre 1979 et le début des années 2000, environ 50 % de la surface forestière afghane a disparu ». Les forêts de pistachiers, de cèdres ou de chênes ont été ravagées, tandis que la « ceinture pistachière », située au centre et au nord du pays, a subi des coupes massives pour répondre aux besoins en bois de chauffage et de cuisine.

Ghulam Ali Poya, un habitant de Char Bagh, un village du nord-est de l’Afghanistan, se souvient de ces paysages autrefois boisés. « Il y avait des forêts de pistachiers là-bas », raconte-t-il en désignant les montagnes pelées autour de son village aux maisons en torchis. « Durant les conflits, elles ont été ravagées. » Aujourd’hui, il observe avec satisfaction la renaissance des arbres dans sa région, grâce aux initiatives de reboisement.

Une inversion de tendance grâce à des politiques publiques et des initiatives locales

Depuis une vingtaine d’années, la tendance s’est inversée. « La déforestation a considérablement ralenti », souligne Mohammad Nasir Shalizi. Les gouvernements qui se sont succédé, qu’ils aient été soutenus par les États-Unis ou dirigés par les talibans depuis 2021, ont mis en place des mesures incitatives pour encourager la plantation d’arbres. La capitale, Kaboul, a notamment connu un reverdissement notable depuis l’an 2000, selon les résidents et les scientifiques.

Parmi les initiatives les plus remarquées, celles de la fondation Aga Khan pour le développement (AKDN), qui s’appuie sur des agriculteurs locaux pour entretenir des microforêts. Inspirées par la méthode du botaniste japonais Akira Miyawaki, ces plantations denses d’arbres divers visent à « restaurer les écosystèmes, contribuer à la résilience climatique, mais aussi soutenir les revenus de la communauté », explique Parisa Malikzada, coordinatrice agriculture pour AKDN Afghanistan.

Des microforêts au service des communautés et de l’environnement

À Char Bagh, la parcelle familiale d’Abdul Samad Ahmadi abrite une micro-forêt composée de saules, de paulownias et de peupliers. « Ces arbres me font me sentir bien, mon environnement est vert, je respire de l’air pur », confie Bas Begum Ahmadi, 45 ans, mère de quatre enfants. Une partie des branches sert pour le poêle l’hiver, tandis que les feuilles alimentent le bétail. Les récoltes de grenadiers, d’abricotiers ou de kakis sont vendues en fruits ou en confitures, offrant ainsi des revenus complémentaires à la famille.

Près de la rivière, les peupliers empêchent l’érosion des sols lors des inondations. « Cette micro-forêt est un modèle, les gens viennent la voir et veulent faire la même chose », se réjouit Ghulam Ali Poya. La Fondation Aga Khan a déjà financé 500 microforêts dans sept provinces du pays, tandis que l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) soutient des associations locales de gestion des forêts. Depuis 2019, ces structures ont permis de planter cinq millions d’arbres, selon Muhammad Safi, responsable changement climatique à la FAO.

Un engagement multiforme des autorités et des populations

Dans certaines régions, les conseils tribaux traditionnels, appelés « chouras », veillent sur les forêts et infligent des amendes en cas de coupe illégale. Le gouvernement taliban, quant à lui, mise sur des partenariats avec le secteur privé, des ONG et l’ONU pour atteindre son objectif de 200 millions d’arbres plantés entre 2023 et 2030. En 2025, l’objectif initial de huit millions d’arbres a été largement dépassé, avec 17 millions d’arbres plantés, selon Rohullah Amin, responsable changement climatique à l’Agence générale pour la protection de l’environnement (GEPA). L’objectif pour 2026 est fixé à neuf millions.

Les autorités ont également développé des pépinières, comme celle du Premier ministre à Paghman, près de Kaboul. « Notre Prophète a dit : *S’il ne vous reste qu’un jour, plantez un arbre* », rappelle Mahmood Khwajazada, chef-jardinier. Les jeunes pousses de noyers, d’amandiers ou de cèdres de l’Himalaya y sont cultivées avant d’être distribuées dans tout le pays.

Des défis persistants malgré les progrès

Malgré ces avancées, des obstacles subsistent. Dans certaines zones, comme Kapisa (centre du pays), 70 % des pins plantés sont morts en raison de la sécheresse. Rohullah Amin, qui prône le choix d’espèces locales et peu gourmandes en eau, souligne l’importance de sélectionner des variétés adaptées aux conditions climatiques afghanes. La survie des plants est également menacée par le surpâturage, le manque d’entretien ou d’accès à l’eau.

À Charikar, dans le nord-est, la ville a planté 5 000 arbres en 2025. Hazratullah Qarizada, responsable des espaces verts, observe un changement des mentalités : « Les gens commencent à comprendre l’importance de ces initiatives. » Un habitant, Ahmad Khalid Sabiri, 45 ans, est ainsi venu aider bénévolement, estimant que ces actions sont « bénéfiques pour l’environnement ».

Et maintenant ?

L’Afghanistan devra poursuivre ses efforts de reboisement tout en adaptant ses stratégies aux réalités locales. La réussite des plantations dépendra de la capacité des autorités à concilier reboisement, gestion durable des ressources et participation active des communautés. Pour 2026, l’enjeu sera de maintenir la dynamique actuelle, avec un objectif de neuf millions d’arbres plantés, tout en renforçant la résilience des écosystèmes face au changement climatique. Les prochains mois seront également cruciaux pour évaluer l’impact des microforêts sur la biodiversité et les revenus des populations rurales.

Avec une température moyenne ayant augmenté de 1,8 °C depuis les années 1960, selon l’ONU, l’Afghanistan reste particulièrement vulnérable aux effets du réchauffement climatique. Les scientifiques estiment qu’il faudra aller plus loin, notamment dans la protection des forêts anciennes, pour préserver les écosystèmes et les moyens de subsistance des Afghans.

À Char Bagh, Ghulam Ali Poya résume l’état d’esprit actuel : « Ne construisez pas une cage pour un oiseau, plantez un arbre près de votre maison. » Une philosophie qui semble peu à peu s’ancrer dans les pratiques locales.

Les microforêts mises en place en Afghanistan s’inspirent de la méthode Miyawaki, développée par le botaniste japonais Akira Miyawaki. Cette technique repose sur la plantation dense d’arbres diversifiés, sélectionnés pour leur capacité à restaurer rapidement les écosystèmes locaux. L’objectif est de créer des forêts résilientes en quelques années, tout en favorisant la biodiversité et en offrant des revenus complémentaires aux communautés via la vente de fruits ou de bois.