Selon RFI, près de deux ans après le retour au pouvoir des talibans à Kaboul, la situation des femmes afghanes continue de se dégrader, avec des restrictions toujours plus strictes imposées par le régime islamiste. Ces mesures, qui s’inscrivent dans une politique systématique de marginalisation, touchent tous les aspects de leur vie quotidienne, de l’éducation à la participation sociale, en passant par l’accès aux soins.

Ce qu'il faut retenir

  • Les talibans ont interdit l’accès des filles à l’éducation secondaire depuis septembre 2021, privant plus de 1,1 million d’entre elles de leur droit à l’instruction, selon l’UNICEF.
  • En décembre 2022, les autorités ont également interdit aux femmes afghanes d’étudier dans les universités publiques et privées, une décision condamnée par la communauté internationale.
  • Les femmes ne peuvent plus travailler dans la plupart des secteurs publics et privés, sauf dans quelques domaines très restreints comme la santé, où elles sont cantonnées à des postes subalternes.
  • Depuis mai 2023, le port de la burqa est devenu obligatoire dans l’espace public, sous peine de sanctions pour les récalcitrantes.
  • Les femmes afghanes ne sont plus autorisées à se déplacer sans un mahram (tuteur masculin), une règle qui s’applique même pour les trajets médicaux.

Une politique de marginalisation systématique

D’après RFI, les talibans ont mis en place un ensemble de décrets visant à effacer toute présence féminine dans la sphère publique. Depuis leur retour au pouvoir en août 2021, les autorités ont multiplié les restrictions : interdiction de travailler dans les ONG, fermeture des salons de beauté, exclusion des parcs publics et même interdiction de monter dans les taxis sans accompagnement masculin. « Ces mesures visent à nous réduire à l’état de prisonnières chez nous », a dénoncé Malala Yousafzai, prix Nobel de la paix et militante pour les droits des femmes, dans un entretien accordé à la BBC en mars 2023.

Les conséquences de ces restrictions sont dramatiques. Selon un rapport de l’ONU publié en juin 2024, plus de 80 % des femmes afghanes souffrent de troubles psychologiques liés à l’isolement forcé et à la précarité économique. Les organisations humanitaires, comme Médecins Sans Frontières, alertent également sur la hausse des mariages précoces et forcés, conséquence directe de la pauvreté engendrée par l’exclusion des femmes du marché du travail.

Une communauté internationale divisée

La réaction de la communauté internationale a été marquée par des condamnations fermes, mais aussi par des divisions persistantes. L’Union européenne et les États-Unis ont suspendu leur aide financière directe au gouvernement taliban, tout en maintenant des programmes d’aide humanitaire ciblant les populations les plus vulnérables. Pourtant, comme le souligne RFI, certains pays, comme le Qatar ou les Émirats arabes unis, entretiennent des relations diplomatiques et économiques avec les talibans, suscitant des critiques sur la légitimité accordée au régime.

Les Nations unies ont tenté de maintenir un dialogue avec les autorités afghanes. En septembre 2023, une résolution du Conseil des droits de l’homme a été adoptée pour créer un mandat spécial sur la situation des droits humains en Afghanistan. Cependant, cette initiative n’a eu aucun impact concret sur le terrain, les talibans refusant toute ingérence dans leurs affaires internes.

Le rôle des femmes afghanes face à l’oppression

Malgré l’étau qui se resserre, des Afghanes continuent de résister, souvent au péril de leur vie. Des réseaux clandestins d’éducation pour les filles se sont organisés, proposant des cours à domicile ou en ligne. « Nous ne pouvons pas abandonner. L’éducation est notre seule arme contre l’oppression », a témoigné une enseignante de Kaboul sous couvert d’anonymat, citée par RFI en janvier 2024.

Les manifestations féminines, bien que réprimées dans le sang, persistent également. En mars 2024, des femmes se sont rassemblées à Kaboul pour dénoncer l’interdiction du travail et de l’éducation, malgré les arrestations massives qui ont suivi. Ces mobilisations, bien que rares et risquées, montrent une détermination qui contraste avec l’image d’un pays entièrement soumis.

Et maintenant ?

La situation des femmes afghanes dépendra en grande partie des pressions internationales et de la capacité des ONG à contourner les restrictions imposées par les talibans. Une échéance cruciale pourrait être la réunion du Conseil des droits de l’homme de l’ONU prévue en mars 2025, où la question de l’Afghanistan sera à nouveau à l’ordre du jour. Pour l’instant, les perspectives restent sombres : les talibans ne montrent aucun signe d’assouplissement, et la communauté internationale peine à trouver une réponse unifiée.

Cette politique d’exclusion systématique pose une question essentielle : jusqu’où la communauté internationale est-elle prête à aller pour défendre les droits des femmes afghanes ? La réponse à cette interrogation pourrait déterminer l’avenir d’un pays où la moitié de la population vit sous un joug qui nie ses droits les plus fondamentaux.