Un nouveau décret promulgué par les autorités talibanes en Afghanistan redéfinit les règles du divorce, offrant un cadre légal à une pratique déjà répandue : le mariage forcé des femmes. Selon Ouest France, cette mesure, qui officialise la possibilité pour un mari de divorcer unilatéralement, aggrave la vulnérabilité des épouses soumises à des unions non consenties, souvent imposées par leur famille ou des proches.
Ce qu'il faut retenir
- Un décret taliban du printemps 2026 encadre désormais le divorce, légalisant la répudiation unilatérale par le mari.
- Cette loi s’applique même aux femmes mariées de force, renforçant leur précarité juridique et sociale.
- Les droits des femmes afghanes, déjà largement restreints depuis 2021, subissent un nouveau recul avec cette mesure.
- Les associations locales dénoncent une instrumentalisation de la charia pour justifier ces pratiques discriminatoires.
Une loi qui officialise une pratique déjà ancrée
Le décret, publié au début du mois de mai 2026, introduit des dispositions claires concernant les modalités de divorce en Afghanistan. Parmi les mesures les plus controversées figure la reconnaissance légale de la répudiation unilatérale par le mari, sans nécessité d’obtenir l’accord de son épouse ni de justifier sa décision. Selon Ouest France, cette disposition s’applique indistinctement, y compris dans les cas où le mariage a été imposé à la femme contre sa volonté, une situation courante dans certaines régions du pays.
Les défenseurs des droits humains soulignent que ce texte vient légitimer une dynamique déjà bien établie. « Dans les zones rurales, les filles sont souvent mariées dès l’enfance, parfois contre leur gré, et cette loi leur retire tout recours », a expliqué à l’AFP une responsable d’une ONG afghane sous couvert d’anonymat. Le décret ne prévoit en effet aucune disposition pour contester un divorce imposé ou pour protéger les femmes contre les pressions familiales.
Un recul supplémentaire pour les droits des femmes
Depuis leur retour au pouvoir en août 2021, les talibans ont systématiquement restreint les libertés des femmes afghanes, les excluant de l’éducation secondaire, limitant leur accès à l’emploi et leur interdisant de voyager sans un accompagnateur masculin. Ce nouveau décret s’inscrit dans cette continuité en normalisant une pratique qui prive les femmes de tout pouvoir décisionnel sur leur vie conjugale. « Les femmes mariées de force n’auront désormais plus aucun moyen de faire valoir leurs droits », a déploré une juriste afghane contactée par Ouest France.
Les autorités talibanes justifient cette mesure par le respect de la charia, affirmant que le texte s’appuie sur une interprétation stricte des textes islamiques. Cependant, les organisations internationales dénoncent une instrumentalisation de la religion pour justifier des mesures discriminatoires. « Il ne s’agit pas d’une application de la charia, mais d’une volonté de contrôler la vie des femmes », a réagi une représentante d’Amnesty International, interrogée par nos soins.
Les réactions locales et internationales
Sur le terrain, la nouvelle a provoqué un tollé parmi les défenseurs des droits des femmes. À Kaboul, plusieurs associations ont organisé des manifestations clandestines pour protester contre le décret, malgré les risques encourus. « Nous vivons sous un régime qui nous traite comme des mineures, même à l’âge adulte », a témoigné une militante, dont le nom est gardé confidentiel par crainte de représailles. Les autorités talibanes, de leur côté, ont réaffirmé leur position, qualifiant ces critiques de « malveillantes » et de « contraires aux valeurs islamiques ».
À l’international, la communauté internationale a réagi avec fermeté. L’Union européenne a évoqué des « sanctions possibles » si la situation des droits humains ne s’améliore pas, tandis que les États-Unis ont rappelé leur soutien aux organisations afghanes de défense des droits des femmes. « Nous suivons de près l’évolution de cette loi et ses conséquences sur la population afghane », a déclaré un porte-parole du département d’État américain.
En attendant, les femmes mariées de force, déjà parmi les plus vulnérables du pays, voient leurs droits s’éroder un peu plus chaque jour. Leur sort dépendra désormais de la capacité de la communauté internationale à faire pression sur un régime qui, jusqu’ici, n’a montré aucun signe de flexibilité.
Ce décret légalise la répudiation unilatérale par le mari, y compris dans les cas de mariage forcé. Les femmes n’auront plus aucun recours juridique pour contester un divorce imposé, ce qui aggrave leur précarité et leur expose à des pressions accrues de la part de leur famille ou de leur conjoint.