Johannesburg, Afrique du Sud — Le gouvernement sud-africain a averti samedi 6 juin 2026 qu’il ne tolérerait plus les rapatriements organisés par le Ghana en réponse aux tensions xénophobes parfois meurtrières qui secouent régulièrement l’Afrique du Sud. Selon Ouest France, le ministre sud-africain des Affaires étrangères, Ronald Lamola, a dénoncé ces opérations comme des « spectacles médiatiques » visant à instrumentaliser la situation des migrants africains sur le sol ghanéen.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Ghana a organisé des rapatriements de ressortissants sud-africains en réaction à des violences xénophobes en Afrique du Sud.
  • L’Afrique du Sud considère ces opérations comme des « spectacles médiatiques » et menace de ne plus les tolérer.
  • Ronald Lamola, ministre sud-africain des Affaires étrangères, a clairement exprimé cette position lors d’une déclaration publique.
  • Les tensions xénophobes en Afrique du Sud ont déjà causé des morts dans le passé, notamment en 2008 et 2019.
  • Cette crise diplomatique survient alors que les relations entre les deux pays sont déjà tendues sur d’autres dossiers.

La décision du Ghana de rapatrier des citoyens sud-africains s’inscrit dans un contexte de montée des violences xénophobes en Afrique du Sud. Ces dernières années, le pays a été le théâtre d’épisodes violents ciblant des étrangers, notamment des ressortissants d’autres États africains. En 2019, par exemple, des émeutes avaient fait plus de dix morts et poussé des milliers de personnes à fuir. Face à ces tensions récurrentes, le gouvernement ghanéen a choisi d’agir en organisant le retour forcé de ses ressortissants présents en Afrique du Sud. Une mesure qui, selon Pretoria, relève davantage d’une stratégie de communication que d’une solution durable.

Dans un communiqué publié samedi, Ronald Lamola a vivement critiqué cette approche. « Nous ne tolérons plus ces spectacles médiatiques qui nuisent à notre réputation et ne résolvent en rien les problèmes structurels à l’origine de ces tensions », a-t-il déclaré. Le ministre a souligné que ces rapatriements, bien que légitimes aux yeux d’Accra, étaient perçus par Pretoria comme une tentative de diabolisation de l’Afrique du Sud sur la scène internationale. « Ces opérations ne font que braquer les projecteurs sur des problèmes que nous travaillons à résoudre », a-t-il ajouté.

La réaction sud-africaine intervient alors que les relations entre les deux pays sont déjà fragilisées par des désaccords économiques et politiques. L’Afrique du Sud, première puissance industrielle du continent, reproche au Ghana de mener une politique économique protectionniste, notamment à travers sa loi sur les industries locales adoptée en 2024. De son côté, Accra accuse Pretoria de ne pas assez protéger les ressortissants ghanéens présents sur son territoire, où des violences xénophobes éclatent sporadiquement.

« Nous ne tolérons plus ces spectacles médiatiques qui nuisent à notre réputation et ne résolvent en rien les problèmes structurels à l’origine de ces tensions. »
— Ronald Lamola, ministre sud-africain des Affaires étrangères

Cette crise diplomatique met en lumière les défis auxquels sont confrontés les États africains dans leur gestion des migrations intracontinentales. Avec plus de 21 millions de migrants en Afrique subsaharienne selon l’ONU, les tensions liées à la mobilité des populations restent un enjeu majeur. Le Ghana, qui accueille une importante diaspora sud-africaine, se trouve désormais au cœur d’un bras de fer avec Pretoria. Les analystes soulignent que cette affaire pourrait aggraver les fractures au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), déjà divisée sur plusieurs sujets.

Et maintenant ?

La balle est désormais dans le camp des deux gouvernements. Une réunion bilatérale pourrait être organisée dans les prochaines semaines pour désamorcer la crise, mais aucune date n’a encore été fixée. À Pretoria, on évoque la possibilité de sanctions économiques si le Ghana maintient sa politique de rapatriements. De son côté, Accra pourrait chercher à internationaliser le dossier, notamment en saisissant l’Union africaine pour dénoncer les violences xénophobes en Afrique du Sud. Les prochains jours seront déterminants pour savoir si cette crise restera cantonnée au niveau diplomatique ou si elle dégénérera en conflit ouvert.

Alors que les violences xénophobes en Afrique du Sud continuent de faire des victimes, cette affaire interroge : jusqu’où les États africains sont-ils prêts à aller pour protéger leurs ressortissants à l’étranger ? La réponse pourrait façonner l’avenir des relations intra-africaines dans les années à venir.

Le Ghana organise ces rapatriements en réponse aux violences xénophobes parfois meurtrières qui visent ses ressortissants en Afrique du Sud. Accra considère que Pretoria ne protège pas suffisamment les étrangers présents sur son territoire, notamment lors d’émeutes comme celles de 2019.