La baisse drastique des crédits alloués à l’aide publique au développement (APD) par l’État français met en péril la survie de nombreuses organisations non gouvernementales (ONG). Selon BFM Business, les fonds dédiés à cette mission sont passés de 5,93 milliards d’euros en 2024 à 3,57 milliards en 2026, soit une chute de près de 40 %. Pour 2027, une nouvelle réduction de 300 millions d’euros est même envisagée. Face à cette situation, le réseau Coordination SUD, qui représente 188 organisations de solidarité internationale, alerte sur les conséquences dramatiques de cette cure d’austérité : annulation de centaines de projets, suppression de milliers d’emplois et détérioration des conditions de vie pour des millions de personnes à travers le monde.
Ce qu'il faut retenir
- Les crédits de l’APD en France sont passés de 5,93 milliards d’euros en 2024 à 3,57 milliards en 2026, une baisse de 39,8 %.
- En 2027, une nouvelle réduction de 300 millions d’euros est prévue pour le budget de l’APD.
- Entre juillet 2025 et juin 2026, 400 projets supplémentaires ont été annulés ou revus à la baisse, portant à près de 1 700 le nombre total de projets impactés depuis 2024.
- Plus de 17,5 millions de personnes voient leurs conditions de vie se dégrader en raison de ces annulations, selon Coordination SUD.
- Près de 6 000 emplois ont été supprimés ou sont menacés depuis 12 mois, dont plus de 1 100 en France.
- La Fédération internationale des actions chrétiennes pour l’abolition de la torture (Fiacat) a réduit son effectif de 12 à 8 salariés en 2026, avec des licenciements supplémentaires prévus en 2027.
Une dépendance accrue des ONG aux fonds publics
Près de 80 % des ONG françaises dépendent majoritairement des crédits de l’État pour financer leurs activités, selon les estimations de Coordination SUD. Martin Kemp, chargé de plaidoyer au sein de ce réseau, souligne que cette situation touche particulièrement les petites et moyennes structures, souvent incapables de compenser la baisse des subventions par d’autres sources de financement. « Avant, les coupes touchaient surtout les bureaux à l’étranger. Aujourd’hui, c’est le cœur même de notre activité qui est menacé », a-t-il déclaré. Il s’agit désormais de « la capacité à se projeter, à mener et à penser des projets », un recul que le secteur qualifie de « historique ».
Cette crise s’inscrit dans un contexte plus large de baisse généralisée de l’APD au niveau international. En 2025, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a enregistré une chute de 23,1 % de l’aide humanitaire et au développement, principalement imputable au désengagement des grands pays donateurs. Les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, ont drastiquement réduit leur contribution en démantelant l’agence USAID, dont la suppression a eu « un impact très important, mais limité à un nombre restreint d’ONG françaises », précise Kemp.
Des projets vitaux abandonnés et des vies bouleversées
Les conséquences concrètes de ces restrictions budgétaires sont déjà visibles sur le terrain. Entre juillet 2025 et juin 2026, 400 projets supplémentaires ont été interrompus ou réduits, portant le total à près de 1 700 projets affectés depuis 2024. Parmi les victimes, 17,5 millions de personnes voient leurs conditions de vie se détériorer, selon les calculs de Coordination SUD. « C’est un cercle vicieux », explique Vincent Pradier, chercheur en gestion des ONG. « Moins d’argent signifie moins de projets, et donc moins d’impact sur le terrain, alors que les besoins restent colossaux ».
L’impact est particulièrement sévère dans des domaines comme la lutte contre le VIH. Sidaction, dont 80 % du budget provient de dons privés, doit désormais abandonner certaines formations et réduire son soutien financier à des associations partenaires en Afrique de l’Ouest. « On va subir une baisse importante des financements de l’AFD (Agence française de développement), avec une perte de 47 % prévue pour la période 2026-2028 », témoigne Florence Thune, directrice générale de l’ONG. « C’est un coup porté à la lutte contre le VIH ».
Des suppressions d’emplois massives et une précarité grandissante
La crise financière se traduit également par des suppressions d’emplois sans précédent. Selon Coordination SUD, 6 000 postes ont été supprimés ou sont menacés sur les 12 derniers mois, dont plus de 1 100 en France. Depuis 2024, ce sont ainsi 16 000 emplois qui ont disparu dans le secteur. La Fiacat, spécialisée dans la défense des droits humains, illustre cette tendance : son effectif est passé de 12 salariés en janvier à 8 prévus d’ici la fin de l’année, avec des licenciements supplémentaires anticipés pour 2027.
Guillaume Colin, directeur exécutif de la Fiacat, résume la situation avec une formule sans appel : « Il y a moins d’argent, mais plus de travail ». En effet, parallèlement aux coupes budgétaires, « la situation des droits humains ne progresse pas », ce qui aggrave encore la pression sur les ONG. « On nous demande de faire toujours plus avec toujours moins », ajoute-t-il. Sur les trois projets d’envergure que l’ONG menait jusqu’à fin 2026, « il faudra en abandonner au moins deux ».
Cette crise interroge également sur l’avenir du modèle de financement des ONG. Florence Thune, de Sidaction, appelle à une réflexion sur la pérennité des structures : « Si les subventions publiques continuent de baisser, nous allons devoir repenser notre mode de fonctionnement ». Une chose est sûre : sans un infléchissement rapide de la tendance, des milliers de projets vitaux et d’emplois risquent de disparaître, au détriment des populations les plus vulnérables.
Parmi les ONG les plus touchées figurent Sidaction, dont 80 % du budget dépend des subventions publiques, ainsi que la Fiacat, qui a dû réduire son effectif de 12 à 8 salariés en 2026. D’autres organisations comme Médecins du Monde ou Action contre la Faim sont également fortement dépendantes des fonds publics et ont dû annuler ou réduire plusieurs projets.
Les régions d’Afrique subsaharienne, d’Asie du Sud-Est et du Moyen-Orient concentrent la majorité des projets annulés. En Afrique de l’Ouest, par exemple, des programmes de lutte contre le VIH ou de formation professionnelle ont dû être suspendus, privant des millions de personnes d’un accès à des soins ou à un emploi décent.