Spécialiste des gaz industriels et médicaux depuis plus de cent vingt ans, le groupe français Air Liquide s’impose désormais comme un maillon essentiel de la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs, indispensables à l’intelligence artificielle. Selon Cryptoast, l’entreprise a signé en juin 2026 un contrat structurant avec le coréen SK Hynix, leader mondial de la mémoire HBM utilisée dans les GPU Nvidia, confirmant ainsi son rôle croissant dans l’écosystème technologique. Ce partenariat s’inscrit dans la foulée de l’acquisition de DIG Airgas en Corée du Sud, opération finalisée en janvier 2026 pour 2,85 milliards d’euros.

Ce qu'il faut retenir

  • Air Liquide fournit les gaz ultra-purs (pureté à 99,99 %) nécessaires à la fabrication des puces électroniques, un segment désormais stratégique pour l’IA.
  • Un contrat de 200 millions d’euros a été signé avec SK Hynix pour alimenter en gaz de très haute pureté une nouvelle usine de conditionnement de mémoire HBM, dont la mise en service est prévue fin 2027.
  • L’acquisition de DIG Airgas a fait d’Air Liquide le premier fournisseur de gaz industriels en Corée du Sud, marché central dans la production de semi-conducteurs.
  • Coté à 165,38 € le 8 juin 2026, le titre affiche un PER estimé à 25 pour 2026 et un dividende de 3,70 € par action, éligible au PEA.

Un repositionnement stratégique vers l’électronique et l’intelligence artificielle

Fondé en 1902 par Georges Claude et Paul Delorme, Air Liquide est historiquement un leader mondial des gaz industriels et médicaux, aux côtés d’acteurs comme Air Products ou Linde. Son cœur de métier repose sur la production et la distribution d’oxygène, d’azote, d’hydrogène et de gaz rares, avec un chiffre d’affaires à plus de 95 % généré par l’activité « Gaz & Services ». Mais depuis 2026, l’entreprise diversifie son exposition en s’imposant comme un fournisseur incontournable des fabricants de puces électroniques.

Une puce avancée nécessite en effet des gaz d’une pureté extrême : une contamination peut détruire un wafer (plaque de silicium). Sans ces approvisionnements critiques, les usines de semi-conducteurs — les fameuses « fabs » — s’arrêtent. Selon Cryptoast, Air Liquide approvisionne désormais les géants du secteur comme SK Hynix, Samsung, TSMC ou Intel, devenant ainsi un acteur structurel de l’écosystème IA, aux côtés des GPU de Nvidia ou des machines de lithographie d’ASML.

Le contrat historique avec SK Hynix, premier jalon d’une nouvelle dynamique

Le 3 juin 2026, Air Liquide a annoncé la signature d’un accord à long terme avec SK Hynix, leader mondial de la mémoire HBM (High-Bandwidth Memory), un composant clé pour les charges de travail liées à l’IA. Concrètement, le groupe français investira près de 200 millions d’euros pour construire et exploiter une unité de production d’azote ultra-pur, destinée à alimenter la nouvelle usine de conditionnement et de test « P&T7 » de SK Hynix, dont la mise en service est prévue fin 2027.

Ce projet colossal, qui représente un investissement de 12,9 milliards de dollars, vise à faire de P&T7 la plus grande usine mondiale de conditionnement avancé de mémoire HBM, dédiée aux empilements HBM4 et HBM5 pour les GPU les plus performants. Pour Air Liquide, ce contrat confirme son ancrage dans la chaîne de valeur de l’IA et renforce sa position face à une demande croissante en gaz ultra-purs.

L’acquisition de DIG Airgas, un accélérateur en Corée du Sud

Ce contrat n’est pas un coup d’essai. Il s’inscrit dans la continuité de l’acquisition de DIG Airgas, premier fournisseur de gaz industriels en Corée du Sud, finalisée le 13 janvier 2026 pour une valeur d’entreprise de 2,85 milliards d’euros. Cette opération a permis à Air Liquide de combiner ses technologies de gaz vecteurs de très haute pureté avec l’ancrage local et la clientèle établie de DIG Airgas.

Selon l’entreprise, l’intégration a déjà permis de sécuriser près de 20 projets et positionne idéalement Air Liquide sur le marché sud-coréen, l’un des épicentres mondiaux de la fabrication de semi-conducteurs. Cette présence locale est stratégique, alors que la Corée du Sud concentre une part majeure de la production mondiale de puces.

Une croissance tirée par l’IA et l’hydrogène bas-carbone

Air Liquide dispose de plusieurs relais de croissance clairement identifiés. La montée en puissance de la mémoire HBM, dont la production devrait doubler en cinq ans selon SK Hynix, génère une demande accrue en gaz ultra-purs. Chaque nouvelle capacité de production installée se traduit par un besoin accru de ces gaz, fournis sur place par Air Liquide via des contrats de long terme.

Par ailleurs, le groupe poursuit ses investissements dans l’hydrogène bas-carbone, avec notamment un second électrolyseur de 200 MW en Europe et le projet GO4ZERO en Belgique. Ces initiatives s’inscrivent dans la transition énergétique et complètent l’exposition du groupe à deux tendances simultanées : l’électronique et la décarbonation.

Une valorisation élevée, mais un modèle économique défensif

Sur le plan boursier, l’action Air Liquide affiche un cours de 165,38 € au 8 juin 2026, avec une capitalisation boursière de 95,6 milliards d’euros. Depuis le début de l’année, le titre progresse de 4 %, après avoir atteint un plus haut à 188,54 € le 10 avril 2026. Son PER estimé pour 2026 est de 25, tandis que le dividende prévu s’élève à 3,70 € par action, confirmant la politique de rémunération régulière du groupe.

Cependant, cette valorisation élevée intègre une prime de qualité importante, reflétant la résilience du modèle économique d’Air Liquide. Plus de 50 % de ses revenus proviennent de contrats à long terme (15 à 20 ans), assortis de clauses « take-or-pay » et d’indexation sur l’énergie, offrant une visibilité exceptionnelle même en période de récession. Cette stabilité en fait une valeur « bon père de famille », historiquement moins volatile que les pure-players de l’IA comme Nvidia ou AMD.

Les risques et défis à surveiller

Malgré ses atouts, l’action Air Liquide n’est pas exempte de risques. Sa valorisation élevée, avec un PER de 25, laisse peu de marge d’erreur : une déception sur les résultats ou un ralentissement industriel pourrait entraîner une correction du cours. Par ailleurs, l’exposition à l’IA reste encore minoritaire dans le mix global du groupe, dont la majeure partie des revenus provient de la grande industrie, de la santé ou de l’agroalimentaire. L’effet « action IA » est donc bien réel, mais dilué.

Côté réglementaire, Air Liquide est sensible aux tensions géopolitiques et aux politiques publiques. Les subventions américaines et européennes (CHIPS Act, Tech Sovereignty Package) favorisent la relocalisation des usines de semi-conducteurs hors de Chine, un vent porteur pour le groupe. En revanche, les restrictions à l’export vers la Chine, ainsi que les représailles chinoises sur certains gaz rares, pèsent sur la demande des fabs locales et exposent le groupe à des risques d’approvisionnement.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes clés pour Air Liquide seront la mise en service de l’unité de production d’azote ultra-pur pour SK Hynix, prévue fin 2027, ainsi que l’intégration complète de DIG Airgas. Ces projets devraient se traduire par une accélération de la croissance organique et une visibilité accrue sur les revenus futurs. Par ailleurs, l’évolution des politiques de subventions en faveur des semi-conducteurs, notamment en Europe et aux États-Unis, pourrait influencer la dynamique du secteur dans les mois à venir.

Enfin, pour les investisseurs, l’action Air Liquide reste éligible au PEA, offrant un cadre fiscal avantageux après cinq ans de détention. Un atout non négligeable pour ceux qui souhaitent s’exposer indirectement à l’IA tout en bénéficiant d’un titre défensif et stable.

Air Liquide fournit les gaz ultra-purs (pureté à 99,99 %) indispensables à la fabrication des puces électroniques, composants essentiels aux GPU utilisés dans l’intelligence artificielle. Son rôle est donc structurel dans la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs, aux côtés des fabricants comme SK Hynix, Samsung ou Intel.

Air Liquide a signé un contrat d’investissement de 200 millions d’euros avec SK Hynix pour construire une unité de production d’azote ultra-pur, destinée à alimenter une nouvelle usine de conditionnement de mémoire HBM dont la mise en service est prévue fin 2027.