« Nous avons mis derrière nous beaucoup de défis et dégagé l’horizon pour aller de l’avant. » Avec ces mots, le président exécutif d’Airbus, Guillaume Faury, a présenté mardi 22 juillet les nouvelles perspectives du groupe à l’horizon 2029, lors d’un « business update » organisé en marge du salon aéronautique de Farnborough, selon BFM Bourse.

Alors que l’avionneur européen a traversé une période marquée par des affaires de corruption, les retards de l’A400M, la pandémie de Covid-19 et des tensions sur les droits de douane américains, il estime désormais avoir tourné la page des turbulences majeures. À la clôture du marché, Airbus a dévoilé des objectifs ambitieux : un résultat opérationnel ajusté de 12 à 13 milliards d’euros en 2029, contre 7,1 milliards en 2025, soit une progression de 69 % à 83 %. Un programme de rachats d’actions de 5 milliards d’euros sur trois ans, à partir de fin 2026, complète cette stratégie pour séduire les investisseurs.

Ce qu'il faut retenir

  • Objectif de rentabilité 2029 : entre 12 et 13 milliards d’euros de résultat opérationnel ajusté, contre 7,1 milliards en 2025 (+69 % à +83 %).
  • Programme de rachats d’actions : enveloppe de 5 milliards d’euros sur trois ans, flexible et sans objectif annuel prédéfini.
  • Croissance des livraisons : Airbus table sur plus de 1 100 appareils livrés en 2029, avec une cadence stabilisée à 75 monocouloirs A320 neo par mois dès 2028.
  • Détail par division : 10 milliards d’euros pour l’aéronautique civile (contre 5,5 milliards en 2025), 1,3 milliard pour l’espace et la défense (contre 800 millions), et 1,2 milliard pour les hélicoptères (contre 925 millions).
  • Hypothèses clés : environnement stable sur les droits de douane, absence de fusions-acquisitions majeures, et un taux de change euro-dollar fixé à 1,22 en 2029.

Une visibilité accrue après des années de défis

Airbus a enchaîné les obstacles depuis 2019 : enquêtes pour corruption touchant l’ancienne direction, retards répétés sur l’avion de transport militaire A400M, crise sanitaire, rupture des chaînes logistiques et tensions commerciales avec les États-Unis. Pourtant, les livraisons du mois de juin ont enregistré une hausse de plus de 40 % sur un an, atteignant 89 appareils, signe que le groupe retrouve une dynamique opérationnelle.

« Nous sommes aujourd’hui dans un marché où la demande est très forte, avec un niveau de visibilité que nous n’avons jamais eu auparavant », a souligné Guillaume Faury. « Nous avons coché beaucoup de cases importantes quant à notre capacité à fournir les avions. » Ces déclarations interviennent alors que l’entreprise publie pour la première fois des objectifs de moyen terme, une première dans son histoire récente.

Une montée en puissance industrielle sous haute surveillance

Pour atteindre ces cibles, Airbus mise sur une accélération de sa production. D’ici fin 2027, la cadence de la famille A320 neo devrait atteindre entre 70 et 75 appareils par mois, avant de se stabiliser à 75 unités en 2028. D’autres modèles suivront : 13 avions A220 par mois en 2028, 5 A330 en 2029 et 12 A350 en 2028. Le « sweet spot » de rentabilité pour l’A350, actuellement en phase d’apprentissage, est attendu après 2029, selon le directeur financier Thomas Toepfert.

Les analystes soulignent que les objectifs restent prudents, comme à l’accoutumée chez Airbus. « Les cibles 2029 doivent être comprises comme un niveau plancher, avec une forte probabilité de dépassement », estime Barclays. La banque ajoute que le ton de la direction sur l’exécution industrielle et la chaîne logistique s’est « beaucoup plus constructif » ces six derniers mois.

Rachats d’actions et optimisation du mix produits

Le programme de rachats d’actions de 5 milliards d’euros, bien que représentant seulement 3,2 % de la capitalisation boursière, est perçu comme un signal fort pour les actionnaires. Il sera flexible, avec une possible révision à la hausse en fonction des flux de trésorerie générés. Le groupe conserve par ailleurs un matelas de 10 milliards d’euros pour absorber d’éventuelles fluctuations.

La rentabilité sera également tirée par l’optimisation du « mix » produits, avec une demande croissante pour des appareils plus grands et mieux marginés. « Nos clients demandent des avions avec plus de capacité et un rayon d’action accru, notamment sur les monocouloirs et l’A350 », explique Lars Wagner, directeur général de la division aéronautique civile. À plus long terme, les services (pièces détachées, maintenance, solutions numériques) devraient générer 10 milliards d’euros de revenus d’ici 2030, avec une rentabilité à deux chiffres.

Un environnement sous contraintes

Les hypothèses retenues par Airbus pour ses projections incluent un taux de change euro-dollar fixé à 1,22 en 2029 — un niveau jugé prudent, alors que l’euro s’échange actuellement autour de 1,14 dollar. Une variation d’un centime de ce taux aurait un impact de 250 millions d’euros sur le résultat opérationnel. Le groupe table également sur un environnement stable concernant les droits de douane et l’absence de fusions-acquisitions majeures.

Les divisions spatiales et défense affichent une bonne santé, avec une avance notable sur leur plan d’affaires pour les activités spatiales. En revanche, les négociations avec les motoristes, notamment Pratt & Whitney, restent tendues pour sécuriser les approvisionnements nécessaires à la montée en cadence de l’A320 neo.

Et maintenant ?

Le groupe devra concrétiser ses annonces par des résultats tangibles. Les prochaines étapes clés incluent la stabilisation de la production à 75 A320 neo par mois d’ici 2028 et la montée en puissance de l’A350, dont la rentabilité pleine ne devrait être atteinte qu’après 2029. Les investisseurs suivront également de près l’évolution des négociations avec les fournisseurs et l’impact réel du taux de change sur les marges. La première échéance à surveiller reste 2026, avec un objectif de 870 livraisons et un résultat opérationnel ajusté d’environ 7,5 milliards d’euros.

L’annonce a été bien accueillie par les marchés : l’action Airbus a progressé de 6,7 % le 22 juillet, réalisant la plus forte hausse du CAC 40 ce jour-là. Les analystes, comme Citi, jugent la communication « bien reçue », tandis que Jefferies qualifie les informations de « solides », tout en appelant à une accélération significative de la production pour traduire les annonces en actes.

Pour Airbus, l’enjeu est désormais de transformer cette visibilité accrue en performances durables, tout en rassurant les actionnaires sur sa capacité à naviguer dans un environnement encore incertain.

Selon Guillaume Faury, cité par BFM Bourse, le groupe a enfin atteint « un niveau de visibilité que nous n’avons jamais eu auparavant » après avoir surmonté plusieurs défis majeurs (corruptions, A400M, Covid-19, droits de douane). La publication de ces objectifs permet désormais au marché de se projeter, une première dans l’histoire récente d’Airbus.

Le programme de 5 milliards d’euros, bien que représentant seulement 3,2 % de la capitalisation, envoie un signal positif aux investisseurs en améliorant la rémunération des actionnaires. L’enveloppe est flexible et pourrait être augmentée si les flux de trésorerie dépassent les attentes. Dès l’annonce, l’action a progressé de 6,7 %, réalisant la meilleure performance du CAC 40 ce jour-là, selon BFM Bourse.