Depuis quatre jours, l’Albanie est secouée par des manifestations massives contre un projet de complexe touristique de luxe porté par la famille Trump. Selon Euronews FR, les heurts opposent désormais manifestants et forces de l’ordre à Tirana, après que des protestataires ont franchi un cordon de sécurité près des bâtiments gouvernementaux.

Brandissant des pancartes comme « Bas les mains de Narta » ou exigeant la démission des responsables politiques soutenant ce projet, les manifestants dénoncent l’impact environnemental d’un investissement immobilier jugé démesuré. Ce projet, développé par le fonds d’investissement Affinity Partners — associé à Jared Kushner, gendre de l’ancien président américain Donald Trump — prévoit notamment la construction d’un complexe touristique sur la lagune de Narta, une zone adriatique reconnue pour son écosystème fragile.

Ce qu'il faut retenir

  • Le projet, porté par Affinity Partners et lié à la famille Trump, cible la lagune de Narta, une zone écologique protégée sur la côte adriatique albanaise.
  • Les manifestants dénoncent un projet de 10 000 chambres d’hôtel, qui pourrait s’étendre sur 10 à 15 ans et menacer des habitats naturels.
  • Les forces de l’ordre ont utilisé des canons à eau pour disperser des manifestants ayant franchi un cordon de sécurité à Tirana.
  • Le gouvernement albanais défend ce projet comme un levier économique pour le tourisme et une étape vers l’adhésion à l’UE.
  • Les organisations environnementales alertent sur les risques de destruction durable d’un littoral parmi les plus fragiles du pays.

Un projet controversé sur un site naturel d’importance écologique

Le projet immobilier s’inscrit dans une zone sensible : la lagune de Narta, située sur la côte adriatique albanaise, est reconnue pour sa biodiversité et ses écosystèmes marins et terrestres. Selon les experts, ce site abrite des espèces protégées et des habitats naturels uniques, ce qui en fait une priorité pour les défenseurs de l’environnement. Les militants soulignent que la réalisation de ce projet — incluant 10 000 chambres d’hôtel, des infrastructures routières et des aménagements portuaires — pourrait entraîner une urbanisation massive et irréversible de ce littoral.

Les travaux, dont la durée est estimée entre 10 et 15 ans, suscitent une opposition farouche. Les associations locales et internationales, comme Euronatur ou WWF Albanie, mettent en garde contre la dégradation des écosystèmes et la perte de zones humides, essentielles pour la faune et la flore. « Ce projet menace l’un des derniers littoraux préservés d’Albanie », a alerté un porte-parole de WWF Albanie, cité par Euronews FR.

Des manifestations réprimées dans la capitale albanaise

Les tensions ont atteint leur paroxysme à Tirana, où des milliers de manifestants se sont rassemblés devant les institutions gouvernementales pour exiger l’abandon pur et simple du projet. Selon les autorités locales, les heurts ont débuté lorsque des groupes ont forcé un cordon policier pour accéder aux abords des bâtiments administratifs. La réponse des forces de l’ordre a été immédiate : des canons à eau ont été déployés pour disperser la foule, tandis que des arrestations ont été signalées.

Les slogans scandés par les manifestants résument leur colère : « Bas les mains de Narta » ou « Démission pour les traîtres de l’environnement ». Les organisateurs dénoncent une collusion entre les autorités albanaises et les investisseurs étrangers, accusés de sacrifier l’environnement au profit d’intérêts économiques à court terme. « Ce projet est un cadeau empoisonné pour l’Albanie », a déclaré un représentant d’une coalition d’ONG locales.

Le gouvernement albanais défend l’investissement au nom de la croissance économique

Face à la pression populaire, le gouvernement de Tirana justifie le projet par ses retombées économiques potentielles. Selon le ministre du Tourisme, Arjeta Liçaj, ce complexe pourrait « transformer radicalement » le secteur touristique albanais et attirer des investissements étrangers supplémentaires. Elle a également souligné que ce projet s’inscrivait dans une stratégie plus large de rapprochement avec l’Union européenne, avec laquelle Tirana négocie depuis des années son adhésion.

Le projet prévoit deux sites distincts : le premier sur la lagune de Narta, le second sur l’île de Sazan, une ancienne base militaire reconvertie en destination touristique. Le gouvernement avance que ces infrastructures créeront des milliers d’emplois et dynamiseront une région jusqu’ici peu développée. « L’Albanie a besoin de ces investissements pour sortir de la précarité économique », a affirmé Liçaj lors d’une conférence de presse.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes : le Parlement albanais doit examiner le projet dans les prochains mois, et les manifestations pourraient s’intensifier en cas de validation. Les organisations environnementales appellent à une consultation publique transparente et à une étude d’impact approfondie. Du côté des investisseurs, Affinity Partners a indiqué qu’il maintenait son engagement, tout en promettant des « mesures d’atténuation » pour limiter l’impact écologique. Reste à voir si ces garanties suffiront à apaiser la colère des Albanais et à préserver un écosystème déjà fragilisé.

Les observateurs s’interrogent également sur l’impact de cette crise politique et sociale sur les relations entre l’Albanie et ses partenaires internationaux, notamment l’UE, qui conditionne son soutien à des réformes environnementales et démocratiques. La question est désormais de savoir si le gouvernement parviendra à concilier développement économique et préservation de l’environnement — un équilibre de plus en plus difficile à trouver dans les pays des Balkans.

Jared Kushner, gendre de Donald Trump et cofondateur du fonds d’investissement Affinity Partners, est indirectement associé à ce projet via son entreprise. Affinity Partners détient des parts dans les sociétés en charge du développement des complexes touristiques en Albanie, sans que son implication directe n’ait été précisée publiquement.