Alors que le Pérou s’apprête à organiser le second tour de l’élection présidentielle le 7 juin 2026, la candidature de Keiko Fujimori, fille de l’ancien président Alberto Fujimori, ravive les débats sur l’héritage politique de ce dernier. Selon Courrier International, cette figure controversée, qualifiée par certains de « l’inventeur de la dictature du XXIe siècle », a profondément marqué le pays entre 1990 et 2000.
Ce qu’il faut retenir
- Alberto Fujimori, ancien président péruvien condamné pour crimes contre l’humanité, a instauré un régime autoritaire dans les années 1990, marqué par la dissolution des institutions démocratiques en 1992.
- Son héritage politique, défendu par sa fille Keiko Fujimori, candidate à la présidentielle de 2026, suscite des inquiétudes quant à une possible régression des droits humains et de l’État de droit.
- Condamné à 25 ans de prison en 2009 pour violations des droits de l’homme, Fujimori a été libéré en septembre 2024 après seize années de détention.
- Le parti de Keiko Fujimori, Fuerza Popular, a fait adopter en 2025 une loi accordant l’amnistie à des militaires poursuivis pour des exactions commises pendant le conflit armé interne (1980-2000).
- Les premier et second tours de la présidentielle de 2026 opposent Keiko Fujimori (17,1 % des voix au premier tour) à Roberto Sánchez (12 %), un candidat de gauche, reflétant les divisions persistantes autour de l’héritage fujimoriste.
Un parcours politique marqué par le populisme et l’autoritarisme
Fils d’immigrés japonais, Alberto Fujimori était ingénieur agricole lorsqu’il se lance en politique en 1990 avec le mouvement Cambio 90. Selon BBC Mundo, il crée la surprise en remportant l’élection présidentielle avec plus de 62 % des voix, face à l’écrivain Mario Vargas Llosa, alors favori. Ce succès intervient dans un contexte de crise économique aiguë, avec une hyperinflation qui érode le pouvoir d’achat des Péruviens.
Dès son arrivée au pouvoir, Fujimori met en œuvre un programme économique libéral, incluant privatisations et réductions des dépenses publiques, comme le souligne El País América. Ces mesures, combinées à une gestion musclée de la sécurité, lui valent un soutien populaire initial. Pourtant, cette popularité repose en partie sur des méthodes controversées, comme la création de tribunaux militaires anonymes, surnommés les « juges sans visage », qui prononcent des condamnations parfois arbitraires contre les accusés de terrorisme.
Le « coup d’État constitutionnel » de 1992 et la consolidation du pouvoir
En avril 1992, Fujimori dissout le Congrès et suspend la Constitution, sous prétexte de lutter contre la corruption et l’instabilité politique. Cette décision, bien que condamnée par la communauté internationale, est soutenue par une partie de la population. Comme l’explique le journaliste Santiago Roncagliolo dans El País América, ce coup de force marque l’avènement d’un nouveau type de dictature : « Fini les coups d’État traditionnels et les juntes militaires. La nouvelle méthode garde les apparences d’un régime civil et d’un processus électoral, mais repose sur la réforme de la Constitution pour autoriser la réélection, la mise sous tutelle de la justice et le verrouillage des médias ».
Cette période est également marquée par la lutte contre les groupes armés, notamment Sentier lumineux, dirigé par Abimael Guzmán. L’arrestation de ce dernier, en septembre 1992, renforce la légitimité de Fujimori aux yeux de l’opinion publique. Pourtant, parallèlement à ces succès, son régime est accusé de graves violations des droits humains.
Un bilan sombre : crimes contre l’humanité et impunité
Selon la chercheuse Agata Serranò, citée par The Conversation, la présidence de Fujimori est marquée par des exécutions sommaires, des disparitions forcées, des actes de torture, des enlèvements et des stérilisations forcées de milliers de femmes. Les massacres de Barrios Altos et de La Cantuta, perpétrés en marge de la lutte contre Sentier lumineux, restent parmi les exemples les plus emblématiques de cette période.
Ces crimes ont valu à Fujimori une condamnation en 2009 à 25 ans de prison pour crimes contre l’humanité, ainsi qu’une peine supplémentaire de huit ans pour corruption. Après seize années de détention, il est libéré en septembre 2024, un événement qui divise toujours la société péruvienne.
L’héritage politique de Fujimori et ses échos dans la campagne de 2026
Keiko Fujimori, candidate à l’élection présidentielle pour la troisième fois consécutive, entretient un rapport ambigu avec l’héritage de son père. Lors d’un meeting électoral le 31 mars 2026, elle a présenté la présidence de ce dernier comme un modèle de « paix et d’ordre », sans pour autant revendiquer ouvertement sa réhabilitation. Son parti, Fuerza Popular, a joué un rôle clé dans l’adoption, en juillet 2025, d’une loi accordant l’amnistie aux militaires poursuivis pour des violations des droits humains commises entre 1980 et 2000.
Cette initiative a suscité l’indignation des associations de victimes et des défenseurs des droits humains. Dans une tribune relayée par le site péruvien La Mula, des proches de victimes ont appelé à « mettre un terme à la progression de l’impunité et aux nouveaux reculs des droits de l’homme ». Keiko Fujimori, arrivée en tête du premier tour avec 17,1 % des voix, affronte au second tour le candidat de gauche Roberto Sánchez, qui a obtenu 12 % des suffrages.
Quoi qu’il en soit, le Pérou continue de naviguer entre les promesses de stabilité portées par le fujimorisme et les exigences de justice pour les victimes des décennies de violence. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si le pays parviendra à tourner définitivement la page de cette période trouble.
Parmi les mesures les plus controversées figurent la dissolution du Congrès et la suspension de la Constitution en avril 1992, la création de « juges sans visage » pour juger les accusés de terrorisme, ainsi que la réforme de la Constitution permettant sa réélection. Ces actions, bien que populaires dans un premier temps, ont été largement critiquées pour leur caractère antidémocratique.
Keiko Fujimori incarne l’héritage politique de son père, condamné pour crimes contre l’humanité. Son parti a fait adopter une loi d’amnistie pour les militaires, ce qui suscite l’opposition des associations de victimes. Certains électeurs voient en elle une garante de l’ordre et de la stabilité économique, tandis que d’autres craignent un retour à l’autoritarisme et à l’impunité.