Dans le désert algérien de la Wilaya d’Adrar, trois ministres se sont réunis ce jeudi 4 juin 2026 pour acter le lancement des travaux du gazoduc transsaharien. Selon RFI, les ministres des hydrocarbures de l’Algérie, du Niger et du Nigeria ont officiellement donné le coup d’envoi à ce projet pharaonique, dont l’objectif est d’exporter le gaz nigérian vers l’Europe en traversant le Niger et l’Algérie sur une distance de plus de 4 000 kilomètres.
Ce gazoduc, dont les études de faisabilité remontent à plus de deux décennies, bénéficie aujourd’hui d’un contexte géopolitique et économique favorable. La crise pétrolière actuelle, marquée par des tensions sur les approvisionnements et une demande européenne croissante en énergies alternatives, semble en effet avoir relancé l’intérêt pour ce corridor énergétique. Pourtant, malgré cette dynamique, de nombreuses zones d’ombre subsistent, notamment sur le plan financier.
Ce qu'il faut retenir
- Un projet de 4 000 km reliant le Nigeria à l’Europe via le Niger et l’Algérie, lancé officiellement le 4 juin 2026 dans la Wilaya d’Adrar (Algérie).
- Trois pays impliqués : l’Algérie, le Niger et le Nigeria, représentés par leurs ministres des hydrocarbures.
- Objectif principal : exporter le gaz nigérian vers l’Europe, en réponse à la crise pétrolière actuelle.
- Un projet ancien : les premières études datent de plus de 20 ans, mais il n’avait jamais été concrétisé jusqu’ici.
- Des incertitudes financières : malgré le lancement des travaux, des questions persistent sur le financement et la viabilité économique du projet.
Un projet énergétique attendu depuis des décennies
Le gazoduc transsaharien, souvent désigné sous l’acronyme **TSGP** (*Trans-Saharan Gas Pipeline*), est un projet énergétique dont les prémices remontent au début des années 2000. À l’époque, les trois pays concernés avaient déjà identifié son potentiel pour diversifier les sources d’approvisionnement de l’Europe en gaz naturel. Pourtant, malgré des négociations répétées et des études techniques poussées, le projet était resté au stade de l’intention. Aujourd’hui, selon RFI, la conjoncture semble enfin lui être favorable : la crise pétrolière, exacerbée par les tensions géopolitiques, a accru la nécessité de sécuriser des approvisionnements alternatifs pour l’Union européenne.
La cérémonie de lancement, organisée dans une zone désertique du sud-ouest algérien, a symbolisé cette volonté de concrétisation. Les trois ministres ont souligné, lors de leurs déclarations, l’importance stratégique du projet pour leurs économies respectives. « Ce gazoduc permettra non seulement d’exporter le gaz nigérian, mais aussi de renforcer la coopération régionale », a déclaré le ministre nigérian des hydrocarbures, cité par RFI.
Un corridor énergétique sous haute tension financière
Si le lancement des travaux marque une étape symbolique, il ne dissipe pas pour autant toutes les interrogations. Le coût estimé du projet s’élève à plusieurs dizaines de milliards de dollars, une somme colossale qui soulève des questions sur son financement. Selon des sources proches du dossier, les discussions sont toujours en cours entre les trois pays et leurs partenaires internationaux pour boucler le budget nécessaire. « Les coûts de construction et d’exploitation sont élevés, et nous devons encore finaliser les accords avec les investisseurs », a précisé le ministre algérien, sans donner de chiffre précis.
Par ailleurs, la stabilité politique dans la région, notamment au Niger, reste un facteur de risque. Les récents bouleversements institutionnels dans ce pays pourraient ralentir les avancées du projet. « Nous devons garantir la sécurité des infrastructures sur l’ensemble du tracé », a rappelé le ministre nigérien, évoquant les défis sécuritaires liés à la traversée du Sahara.
L’Europe, principal bénéficiaire de ce gazoduc
Pour l’Union européenne, ce gazoduc représente une opportunité de réduire sa dépendance au gaz russe, dont les livraisons sont devenues incertaines depuis le début du conflit en Ukraine. Le Nigeria, qui possède les plus grandes réserves de gaz d’Afrique, deviendrait ainsi un fournisseur clé pour Bruxelles. « Ce projet s’inscrit dans notre stratégie de diversification énergétique », a indiqué un porte-parole de la Commission européenne, contacté par RFI. « Nous suivons de près son avancée et nous sommes prêts à soutenir les pays partenaires dans sa réalisation. »
Côté algérien, ce gazoduc permettrait de renforcer son rôle de plaque tournante entre l’Afrique et l’Europe. Le pays, qui dispose déjà d’un réseau d’exportation via ses gazoducs vers l’Espagne et l’Italie, verrait ainsi sa position géostratégique encore renforcée. « L’Algérie a tout intérêt à devenir un hub énergétique incontournable en Méditerranée », a souligné un analyste spécialisé dans les questions énergétiques.
Si ce gazoduc venait à être achevé, il modifierait durablement la carte des approvisionnements énergétiques entre l’Afrique et l’Europe. Pour l’heure, cependant, son avenir reste suspendu à la capacité des trois pays à surmonter les défis financiers et sécuritaires qui se dressent encore sur sa route.
Selon les informations disponibles, les travaux pourraient s’étaler sur cinq à sept ans. Une première phase de construction devrait débuter en 2027, avec une mise en service partielle prévue d’ici 2030. La totalité du projet ne serait cependant opérationnelle qu’à l’horizon 2033, sous réserve que les financements soient sécurisés et que les conditions géopolitiques restent stables.