Dans la petite ville de Klettwitz, nichée au cœur de la Lusace, en Allemagne de l’Est, l’histoire industrielle récente a profondément marqué les paysages. Pendant des décennies, l’extraction du lignite y a laissé des cicatrices géantes, sous forme de vastes fosses à ciel ouvert et de terrils imposants. Mais aujourd’hui, ce territoire se transforme en un symbole de la transition énergétique allemande. Selon Euronews FR, c’est ici que s’élève actuellement la plus haute éolienne du monde, une structure métallique dont la hauteur dépassera bientôt celle de la tour Eiffel. Les travaux, menés par l’entreprise GICON, illustrent l’ambition du pays de concilier sortie du charbon et développement des énergies renouvelables.

Ce qu'il faut retenir

  • Une éolienne géante : la structure en construction à Klettwitz dépassera bientôt les 300 mètres de haut, soit plus que la tour Eiffel (330 mètres avec antenne), selon les prévisions des ingénieurs de GICON.
  • Un chantier record : la grue utilisée pour assembler les segments de la tour, la plus puissante d’Europe, soulève des charges de plusieurs tonnes à près de 160 mètres de haut, où des cordistes interviennent pour finaliser l’assemblage.
  • Une innovation énergétique : les éoliennes de haute altitude, comme celle de GICON, captent des vents plus forts et plus constants qu’au niveau du sol, permettant de doubler voire tripler la production d’énergie par rapport aux modèles classiques.
  • Un projet ambitieux : GICON prévoit d’installer 100 éoliennes de ce type d’ici 2030, puis jusqu’à 1 000 dans les années suivantes, avec un potentiel de déploiement international, notamment en Afrique et en Asie.
  • Un potentiel de modernisation : selon Jochen Großmann, fondateur de GICON, les parcs éoliens existants en Allemagne pourraient accueillir 4 000 éoliennes supplémentaires de haute altitude, triplant ainsi leur production sur la même surface.

Klettwitz, d’une mine de charbon à un laboratoire des énergies vertes

Le paysage autour de Klettwitz porte encore les stigmates de l’exploitation minière. Pendant plus de soixante ans, des excavatrices géantes à roues-buckets ont extrait des millions de tonnes de lignite, laissant derrière elles un relief lunaire de cratères et de montagnes artificielles. Mais depuis quelques années, la région s’est engagée dans une mue radicale. Des champs de panneaux solaires et des parcs éoliens ont commencé à fleurir sur les anciens terrils, transformant ce qui était autrefois un symbole de la pollution en un exemple de reconversion industrielle. La centrale éolienne de haute altitude GICON, en cours de construction, incarne cette transition.

Sur place, les travaux battent leur plein. La plus grande grue d’Europe, une machine jaune imposante, déplace des segments de tour pesant plusieurs tonnes. À près de 160 mètres de hauteur, des cordistes, équipés comme des araignées d’acier, assemblent les éléments de la structure. « Là-haut, on travaille dans des conditions extrêmes, mais c’est nécessaire pour exploiter le vent à son maximum », confie l’un d’eux à Euronews FR. La tour, une fois achevée, culminera à plus de 300 mètres, surpassant ainsi la hauteur de la tour Eiffel.

Pourquoi construire des éoliennes aussi hautes ? La réponse est dans le vent

L’idée de construire des éoliennes de plus en plus hautes n’est pas nouvelle, mais elle prend une dimension stratégique avec le projet de GICON. Comme l’explique Jochen Großmann, fondateur de l’entreprise et professeur en ingénierie, la clé réside dans la force et la régularité des vents en altitude. « Le vent souffle plus fort et plus régulièrement à mesure que l’on s’éloigne de la surface de la Terre », déclare-t-il. « C’est pour cela que les éoliennes sont devenues de plus en plus hautes : là-haut, le vent est tellement puissant qu’elles produisent plus du double de l’énergie des turbines installées ici, dans les environs. »

Cette observation a conduit Großmann à imaginer un modèle innovant : les parcs éoliens à deux niveaux. Selon lui, l’installation d’éoliennes de haute altitude aux côtés des modèles classiques permettrait de « capter le vent deux fois, en bas et en haut ». « Adapter les parcs existants en ajoutant des modèles plus hauts nous offrirait deux niveaux d’éoliennes de grande hauteur et permettrait de tripler la production sur la même surface », précise-t-il. Une solution qui pourrait révolutionner l’efficacité des parcs éoliens en Europe et ailleurs.

« Tous les parcs éoliens d’Allemagne offriraient la possibilité d’installer 4 000 éoliennes supplémentaires de haute altitude. Simplement en modernisant les parcs existants. C’est un potentiel extraordinaire. Cela vaut aussi pour les pays africains. Nous avons reçu des demandes d’Asie. Les Chinois s’y intéressent. Je pense qu’il y a ici un énorme potentiel international. »
— Jochen Großmann, fondateur et PDG de GICON

Un modèle qui séduit au-delà des frontières allemandes

Le projet de GICON ne se limite pas à l’Allemagne. Avec l’ambition d’ériger 100 éoliennes d’ici 2030, puis jusqu’à 1 000 dans les années suivantes, l’entreprise pourrait rapidement devenir un acteur majeur du secteur. Großmann voit même plus grand : « L’opportunité existe pour un déploiement mondial. » Les demandes affluent déjà, notamment de Chine, où l’appétit pour les énergies renouvelables ne cesse de croître. L’Afrique, continent aux ressources éoliennes sous-exploitées, figure également parmi les cibles prioritaires de GICON.

Cette internationalisation s’inscrit dans un contexte où de nombreux pays cherchent à accélérer leur transition énergétique. L’Allemagne, qui a fermé ses dernières centrales à charbon en 2025, mise sur les innovations comme celle de GICON pour compenser la perte de cette source d’énergie. La Lusace, région minière en reconversion, est ainsi devenue un laboratoire à ciel ouvert pour les énergies de demain.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes du projet GICON seront cruciales. D’ici la fin de l’année, la première éolienne de haute altitude devrait être achevée à Klettwitz, servant de modèle pour les futures installations. Si les tests sont concluants, l’entreprise prévoit de déposer des brevets pour sa technologie à deux niveaux, ouvrant la voie à une adoption plus large en Europe et au-delà. La question reste de savoir si les autres pays suivront l’exemple allemand, ou si l’Allemagne parviendra à exporter son modèle avant que ses concurrents ne développent leurs propres solutions.

Pour l’instant, les yeux du monde énergétique se tournent vers la Lusace, où une grue jaune défie le ciel, symbole d’une transition ambitieuse et d’un pari technologique risqué. Reste à savoir si cette innovation suffira à combler le vide laissé par la sortie du charbon, ou si d’autres solutions devront être trouvées pour assurer la stabilité du réseau électrique européen.

Les éoliennes de haute altitude captent des vents plus forts et plus constants qu’au niveau du sol, où les obstacles (bâtiments, arbres) perturbent les flux. À 300 mètres d’altitude, la vitesse moyenne du vent est généralement deux fois supérieure, et sa régularité permet une production d’énergie bien plus importante. Selon Jochen Großmann, fondateur de GICON, ces éoliennes peuvent produire plus du double d’énergie que les turbines classiques installées en basse altitude.