Six adultes souffrant d'une allergie sévère aux cacahuètes ont pu, pour la première fois, tolérer cet aliment après avoir ingéré des capsules contenant des selles de donneurs sains. Cette avancée, issue d'un essai clinique de phase I publié le 5 août 2026 dans la revue Science Translational Medicine, suscite un vif intérêt parmi les scientifiques, comme le rapporte Courrier International.
Ce qu'il faut retenir
- Six patients allergiques aux cacahuètes ont toléré cet aliment après une transplantation fécale sous forme de capsules.
- L'essai clinique de phase I, mené à l'hôpital pour enfants de Boston, a été publié dans Science Translational Medicine le 5 août 2026.
- Cette étude suggère que la thérapie microbienne pourrait être une piste pour traiter les allergies alimentaires.
- La transplantation de microbiote fécal (TMF) consiste à transférer des micro-organismes intestinaux de donneurs sains vers des patients atteints de troubles digestifs ou immunitaires.
Les participants à cet essai présentaient une allergie si prononcée aux cacahuètes qu'une simple exposition à l'allergène pouvait déclencher des réactions sévères. Après avoir avalé les capsules contenant des bactéries intestinales de donneurs non allergiques, six d'entre eux ont pu consommer des quantités limitées de cacahuètes sans présenter de symptômes, selon les résultats de l'étude.
Cette approche, appelée transplantation de microbiote fécal (TMF), n'est pas nouvelle. Elle a déjà montré son efficacité dans le traitement de maladies inflammatoires chroniques de l'intestin, comme la rectocolite hémorragique, ainsi que dans des cas de troubles métaboliques rares, comme le syndrome d'auto-brasserie. Cependant, cette étude marque l'une des premières tentatives d'application de la TMF à des allergies alimentaires, un domaine où les options thérapeutiques restent limitées.
« Cette étude apporte la preuve que la thérapie microbienne est une intervention qui devrait être évaluée plus avant pour le traitement des allergies alimentaires », a déclaré Rima Rachid, immunologue à l'hôpital pour enfants de Boston et principale auteure de l'étude, au New Scientist. Les résultats ont également retenu l'attention de la revue Nature, qui les qualifie d'« enthousiasmants » dans un éditorial publié cette semaine.
« Il s'agit d'une avancée prometteuse qui ouvre la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques pour les millions de personnes souffrant d'allergies alimentaires sévères. »
Rima Rachid, immunologue à l'hôpital pour enfants de Boston
L'essai clinique de phase I, bien que modeste — il n'a porté que sur six participants —, a permis d'observer une amélioration significative de la tolérance aux cacahuètes chez ces patients. Les mécanismes exacts à l'œuvre restent encore à éclaircir, mais les chercheurs émettent l'hypothèse que la transplantation de microbiote permettrait de restaurer un équilibre bactérien intestinal perturbé, réduisant ainsi les réactions immunitaires excessives responsables des allergies.
Cette piste thérapeutique s'inscrit dans le cadre plus large des recherches sur le rôle du microbiote intestinal dans les maladies chroniques. Depuis plusieurs années, les scientifiques explorent l'impact des micro-organismes qui peuplent notre intestin sur divers troubles, allant des maladies auto-immunes aux troubles psychiatriques. La TMF pourrait ainsi devenir un outil clé en médecine personnalisée, à condition que les études futures confirment son efficacité et sa sécurité à grande échelle.
Reste à déterminer quels types de donneurs seraient les plus adaptés et quelles souches bactériennes sont les plus efficaces. Les chercheurs soulignent également la nécessité de mieux comprendre les risques potentiels, comme les transferts de pathogènes ou les déséquilibres microbiens imprévus. Pour l'instant, cette étude ouvre une brèche encourageante dans le traitement des allergies, mais il faudra encore plusieurs années avant que la TMF ne devienne une option thérapeutique courante.
Cette avancée intervient alors que les allergies alimentaires touchent environ 5 % de la population mondiale, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), et que les traitements actuels se limitent souvent à l'évitement strict de l'allergène ou à des injections d'adrénaline en cas de réaction grave. Une solution thérapeutique efficace représenterait donc une révolution pour des millions de patients.
Comme toute procédure médicale impliquant un transfert de microbiote, la TMF comporte des risques potentiels, tels que la transmission de pathogènes ou des déséquilibres microbiens. Les essais cliniques incluent des protocoles stricts pour minimiser ces dangers, mais une évaluation individuelle reste nécessaire avant toute application.