Dans son bureau de l’université néerlandaise de Groningue, où s’entassent photos de famille et piles de dissertations, l’astrophysicienne Amina Helmi cultive une passion aussi visible que gourmande : un bol rempli de chocolats Milky Way. Cette spécialiste de l’archéologie galactique, récompensée par un prix pour ses travaux pionniers, s’emploie à reconstituer les épisodes les plus violents de la jeunesse de notre galaxie. Comme le rapporte France 24, ses recherches offrent un éclairage inédit sur les collisions cosmiques qui ont façonné la Voie lactée telle qu’on la connaît aujourd’hui.
Ce qu'il faut retenir
- La professeure Amina Helmi, astrophysicienne à l’université de Groningue, étudie les collisions ayant façonné la Voie lactée
- Elle a été récompensée par un prix pour ses travaux en archéologie galactique
- Ses recherches s’appuient sur l’analyse des mouvements et compositions des étoiles
- La Voie lactée aurait fusionné avec une galaxie naine nommée Gaia-Enceladus il y a environ 10 milliards d’années
- Son équipe a identifié des groupes d’étoiles aux trajectoires atypiques, vestiges de cette fusion
Une carrière dédiée à l’histoire violente de la Voie lactée
Née en Argentine, Amina Helmi a intégré l’université de Groningue en 2003, où elle a rapidement marqué la recherche en astrophysique. Ses travaux portent sur l’archéologie galactique, une discipline qui consiste à remonter le temps en étudiant les trajectoires, les compositions chimiques et les âges des étoiles. Selon France 24, cette approche permet de retracer les fusions entre galaxies, événements qui ont profondément transformé notre environnement cosmique. Parmi ses découvertes majeures figure l’identification d’un groupe d’étoiles aux mouvements particuliers, vestiges d’une collision avec une galaxie naine baptisée Gaia-Enceladus.
Cette fusion, survenue il y a environ 10 milliards d’années, aurait joué un rôle clé dans la formation du disque épais de la Voie lactée. « Ces étoiles nous racontent une histoire de violence et de renaissance », a déclaré la professeure Helmi à France 24. Ses conclusions s’appuient sur les données du satellite européen Gaia, dont les mesures précises ont révolutionné l’étude de notre galaxie.
Gaia-Enceladus, une galaxie naine au rôle déterminant
L’apport du satellite Gaia, lancé en 2013 par l’Agence spatiale européenne, a été décisif pour les travaux d’Amina Helmi. Grâce à ses observations, les chercheurs ont pu cartographier les mouvements de près de 1,7 milliard d’étoiles, révélant des structures insoupçonnées. C’est ainsi que l’équipe de Groningue a pu isoler un groupe d’étoiles aux trajectoires et compositions chimiques distinctes, trahissant leur origine commune : Gaia-Enceladus.
D’après France 24, cette galaxie naine, bien plus massive que la plupart de ses semblables, aurait été absorbée par la Voie lactée à une époque où notre galaxie en était encore à ses balbutiements. Les simulations réalisées par l’équipe d’Helmi suggèrent que cette collision aurait provoqué une véritable « tempête stellaire », dispersant des étoiles dans le halo galactique et enrichissant le disque de nouveaux éléments. « Sans Gaia-Enceladus, la Voie lactée ne ressemblerait pas à ce qu’elle est aujourd’hui », a souligné l’astrophysicienne.
Un prix pour saluer une contribution majeure
Les avancées d’Amina Helmi n’ont pas tardé à être reconnues par la communauté scientifique. En 2023, elle a reçu le Prix Spinoza, l’une des plus hautes distinctions néerlandaises en sciences. Cette récompense consacre son travail de pionnière dans l’étude des fusions galactiques et son rôle dans l’exploitation des données de Gaia. « Recevoir ce prix est une immense fierté, mais c’est surtout la preuve que l’archéologie galactique intéresse désormais un large public », a-t-elle indiqué à France 24.
Son approche, à la fois rigoureuse et accessible, a aussi séduit les médias. Entre deux publications scientifiques, Amina Helmi prend le temps d’expliquer ses découvertes, comme en témoigne son bureau de Groningue, où les photos de famille côtoient des équations et des graphiques stellaires. « La science doit rester un dialogue, pas un monologue », précise-t-elle.
Les travaux d’Amina Helmi rappellent que notre galaxie est le fruit d’une histoire mouvementée, où violence et création ne sont que deux facettes d’un même processus. Si ses découvertes éclairent le passé, elles ouvrent aussi des perspectives sur l’avenir : celui d’une Voie lactée qui, dans quelques milliards d’années, pourrait à nouveau entrer en collision — cette fois avec la galaxie d’Andromède.
L’archéologie galactique est une discipline qui étudie les traces laissées par les événements passés dans la Voie lactée, comme les fusions avec d’autres galaxies. Elle s’appuie sur l’analyse des mouvements, des compositions chimiques et des âges des étoiles pour reconstituer l’histoire de notre galaxie.
Cette collision, survenue il y a 10 milliards d’années, a profondément transformé la Voie lactée. Elle a enrichi le disque galactique en éléments lourds, dispersé des étoiles dans le halo et contribué à la formation du disque épais. Sans elle, notre galaxie ne ressemblerait pas à ce qu’elle est aujourd’hui.