Une expédition scientifique menée sur le plateau de Lisima, dans le centre de l’Angola, vient de révéler une biodiversité exceptionnelle. Selon Futura Sciences, plus de 70 espèces potentiellement nouvelles pour la science y ont été recensées, dont une araignée fluorescente et des papillons à plumes. Cette mission, organisée par le programme Cassai Life Atlas du Wilderness Project, confirme l’importance écologique de cette région encore méconnue, notamment en tant que zone de captage d’eau majeure pour l’Afrique australe.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 70 espèces potentiellement nouvelles ont été identifiées sur le plateau de Lisima, en Angola.
  • Parmi les découvertes figurent une araignée fluorescente bleue et un papillon à ailes plumeuses (genre Alucita).
  • L’expédition a recensé plus de 100 espèces de libellules et demoiselles, dont 34 inédites pour la région et 8 nouvelles pour la science.
  • Le plateau de Lisima joue un rôle clé dans l’alimentation en eau de plusieurs bassins fluviaux africains, dont ceux de l’Okavango et du Zambèze.
  • Le Wilderness Project ambitionne de préserver 1,2 million de km² de bassins d’eau douce d’ici 2030.

Une région longtemps inaccessible aux scientifiques

Le plateau de Lisima, situé dans le centre de l’Angola, était jusqu’à présent resté largement inexploré en raison de son isolement géographique et des décennies de conflits qui ont limité l’accès aux chercheurs. Selon les scientifiques, cette expédition marque un tournant dans l’étude de la biodiversité africaine. « Les découvertes dépassent largement nos attentes », a déclaré Nicky Bay, membre de l’équipe du Wilderness Project et photographe naturaliste, dont les clichés illustrent certaines des espèces les plus remarquables.

Parmi les trouvailles les plus spectaculaires figure une araignée-crabe du genre Smodicinus, dont la fluorescence bleue sous lumière ultraviolette suggère qu’il pourrait s’agir d’une espèce inédite. Une autre découverte intrigante est celle d’une araignée orbitèle du genre Paraplectana, qui imite l’apparence des coccinelles pour dissuader ses prédateurs. « Ce mimétisme est un exemple fascinant de l’adaptation du vivant », a souligné Nicky Bay.

Une diversité insoupçonnée chez les insectes et les plantes

L’inventaire réalisé par les chercheurs révèle une richesse biologique exceptionnelle. Plus de 100 espèces de libellules et demoiselles ont été recensées, dont 34 jamais signalées dans cette région et 8 totalement nouvelles pour la science. Les spécialistes ont également identifié 47 espèces de sauterelles, criquets et grillons, dont trois pourraient être inédites, dont un grillon cuirassé du genre Enyaliopsis particulièrement imposant.

Les lépidoptères ont également réservé des surprises. Plus de 1 000 papillons et mites ont été observés, avec près de 60 espèces de mites potentiellement nouvelles. Un papillon à ailes divisées en structures plumeuses (genre Alucita) a particulièrement retenu l’attention des chercheurs. Côté flore, plus de 300 espèces végétales ont été collectées dans les différents habitats du plateau, incluant forêts, prairies, marais et berges de rivières.

Un enjeu majeur pour la conservation des écosystèmes

Le plateau de Lisima n’est pas seulement un hotspot de biodiversité. Il constitue l’une des principales zones de captage d’eau d’Afrique australe, ses sources alimentant plusieurs grands bassins fluviaux du continent, comme ceux de l’Okavango, du Zambèze, du Congo et du Cuanza. Pour les scientifiques, mieux connaître cette région est essentiel afin de protéger des écosystèmes dont dépendent à la fois la faune sauvage et des millions de personnes vivant en aval. « Cette mission montre à quel point la biodiversité est interconnectée avec les ressources en eau », a expliqué un porte-parole du Wilderness Project.

Le projet vise d’ailleurs à contribuer à la préservation de 1,2 million de kilomètres carrés de bassins d’eau douce africains d’ici à 2030. Une ambition qui s’inscrit dans une dynamique plus large de reconquête scientifique de l’Angola, rendu possible par le déminage et l’amélioration des infrastructures dans le pays.

Et maintenant ?

Les chercheurs estiment que leurs travaux ne sont qu’un premier pas. Le plateau de Lisima, avec ses forêts denses et ses zones humides isolées, pourrait encore receler de nombreuses espèces inconnues. Les spécimens collectés lors de cette expédition devront désormais faire l’objet d’une expertise approfondie en laboratoire, ce qui pourrait faire « grimper le nombre de découvertes », selon Nicky Bay. Parallèlement, le Wilderness Project prévoit d’étendre ses missions à d’autres régions africaines, dans l’objectif de cartographier et protéger les écosystèmes d’eau douce les plus menacés du continent.

Alors que l’Angola s’ouvre progressivement à la recherche, ces découvertes rappellent l’urgence de préserver des territoires encore largement inexplorés. Pour les scientifiques, chaque espèce identifiée est une pièce supplémentaire du puzzle qui permettra de mieux comprendre – et donc mieux protéger – la biodiversité africaine.

Plusieurs facteurs expliquent cette méconnaissance. Le plateau, situé dans une région reculée du centre de l’Angola, était difficile d’accès en raison de son isolement géographique. De plus, des décennies de conflits internes dans le pays ont limité les possibilités de missions scientifiques pendant des années. Ce n’est que récemment, avec le déminage des zones et l’amélioration des infrastructures, que les chercheurs ont pu s’y rendre.