La proposition d’annuler une partie de la dette publique française, portée par le candidat à l’élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon, suscite un vif débat. « Beaucoup de pays européens y ont intérêt », a affirmé ce mercredi 26 août sur France Inter Clémence Guetté, députée LFI du Val-de-Marne et vice-présidente de l’Assemblée nationale. Selon nos confrères de Franceinfo - Politique, cette mesure s’inscrit dans un contexte économique tendu, la dette française s’élevant à 117 % du PIB en juillet 2026.
Ce qu’il faut retenir
- 117 % du PIB : la dette publique française atteint ce niveau en juillet 2026, un chiffre qui alimente les discussions sur sa soutenabilité.
- Quatre pays européens (Grèce, Portugal, Espagne, Italie) soutiennent déjà l’idée d’une annulation partielle des dettes contractées pendant la période Covid.
- Banque centrale européenne : Jean-Luc Mélenchon propose que l’institution « mette au congélateur » les dettes des États, en commençant par celles liées à la crise sanitaire.
- Clémence Guetté : la députée LFI défend cette proposition comme une alternative à l’austérité, qu’elle juge néfaste pour les budgets nationaux.
- Roland Lescure : le ministre de l’Économie a critiqué cette idée, la qualifiant de « prendre les Français pour des lanternes » et de « mettre en danger la signature de la France ».
Une proposition qui divise au sein de l’Union européenne
Alors que la France s’apprête à entrer dans une période de négociation budgétaire pour 2027, la question de l’annulation d’une partie de la dette publique s’impose comme un sujet central. Jean-Luc Mélenchon, candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027, a relancé le débat en demandant à la Banque centrale européenne (BCE) de geler les dettes des États issues de la crise du Covid-19. « Il y a déjà quatre pays de l’Union européenne qui demandent la même chose : la Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Italie », a précisé Clémence Guetté lors de son intervention sur France Inter. Pour la députée, cette mesure permettrait d’éviter une politique d’austérité qui, selon elle, « rejaillit ensuite sur les budgets nationaux ».
La BCE, rappelle-t-on, a déjà mis en place des mécanismes exceptionnels pendant la pandémie, comme le programme PEPP (Pandemic Emergency Purchase Programme), qui a permis aux États de financer leurs dépenses sanitaires et sociales. Mais l’idée d’une annulation pure et simple des dettes reste un tabou pour une majorité de responsables politiques européens, qui y voient un risque pour la crédibilité des États et de l’institution monétaire.
« On est contents que ce débat agite la rentrée parce que (...) comme chaque année, toutes les forces politiques, sauf nous, vont faire un chantage à l’austérité, aux coupes budgétaires et aux coupes dans les services publics. » — Clémence Guetté, députée LFI du Val-de-Marne
LFI critique le « chantage à l’austérité » et défend une approche alternative
Clémence Guetté a vivement critiqué les orientations budgétaires défendues par le gouvernement actuel, accusant les partis traditionnels de promouvoir systématiquement des réductions de dépenses publiques. « Toutes les forces politiques, sauf nous, vont faire un chantage à l’austérité », a-t-elle dénoncé, soulignant que ces politiques « mettent en danger les services publics » et « pénalisent les ménages les plus modestes ». Pour la députée, l’annulation partielle de la dette représenterait une bouffée d’oxygène pour l’économie française, lui permettant d’investir dans des secteurs clés comme la transition écologique ou les services publics.
Cette position s’inscrit dans la ligne défendue par Jean-Luc Mélenchon, qui a également promis que le groupe LFI censurerait le budget 2027 du gouvernement Lecornu, qu’il juge « aggravateur de tous les maux » de l’économie française. « Ce débat est absolument essentiel », a-t-elle insisté, estimant que la France ne pouvait plus se permettre de suivre « la même voie que les autres pays européens », engagés dans une course à la rigueur budgétaire.
Les réactions politiques et économiques à la proposition
La proposition d’annulation partielle de la dette n’a pas manqué de provoquer des réactions enflammées, notamment de la part du gouvernement. Roland Lescure, ministre de l’Économie, a vivement réagi à cette idée, la qualifiant de « se moquer du monde » et de « prendre les Français pour des lanternes ». « C’est mettre en danger la signature de la France », a-t-il déclaré sur BFMTV/RMC, rappelant que la crédibilité de l’État sur les marchés financiers reposait sur sa capacité à rembourser ses dettes.
Les économistes restent également divisés sur la faisabilité d’une telle mesure. Certains, comme ceux de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), estiment qu’une annulation partielle de la dette pourrait avoir des effets limités sur la croissance, à condition qu’elle soit ciblée et accompagnée de réformes structurelles. D’autres, plus sceptiques, craignent un effet domino sur la confiance des investisseurs et une hausse des taux d’intérêt pour la France. « Une annulation unilatérale de la dette serait un signal extrêmement négatif pour les marchés », a commenté un économiste sous couvert d’anonymat.
Un contexte économique marqué par l’endettement et les tensions sociales
La dette publique française, qui s’élève à 117 % du PIB en juillet 2026, reflète une décennie de dépenses publiques accrues, accélérées par la crise sanitaire et les plans de relance successifs. Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), cette situation place la France parmi les pays les plus endettés de la zone euro, derrière la Grèce et l’Italie, mais devant l’Allemagne et les Pays-Bas. Face à ce constat, certains économistes plaident pour une refonte des règles budgétaires européennes, jugées trop restrictives, tandis que d’autres appellent à une réduction progressive de la dette via des excédents budgétaires.
Le débat sur l’annulation partielle de la dette s’inscrit donc dans un contexte plus large de remise en question des politiques d’austérité en Europe. Les pays du Sud, en première ligne face aux conséquences économiques de la pandémie, sont les plus prompts à envisager des solutions radicales. La Grèce, par exemple, a déjà bénéficié de deux plans d’allègement de sa dette en 2012 et 2018, sous l’égide des créanciers internationaux. Pour Clémence Guetté, cette approche devrait être généralisée : « Beaucoup de pays européens y ont intérêt, refusent cette politique d’austérité qui rejaillit ensuite sur les budgets nationaux ».
En conclusion, l’annulation partielle de la dette française reste un sujet hautement polémique, qui oppose les partisans d’une relance par la dépense publique à ceux qui prônent la rigueur budgétaire. Alors que la France s’apprête à négocier des budgets serrés pour les années à venir, le débat sur la soutenabilité de la dette publique promet de s’intensifier dans les mois à venir.
Ces pays, comme la Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Italie, estiment que la dette contractée pendant la crise du Covid-19 a été un fardeau trop lourd à porter, freinant leur reprise économique. Ils considèrent qu’une annulation partielle permettrait de dégager des marges de manœuvre budgétaires pour investir dans la transition écologique ou les services publics, sans recourir à des politiques d’austérité.