Vingt-huit millions de requêtes, vingt-cinq mille comptes frauduleux : c’est l’ampleur des opérations menées à l’insu d’Anthropic pour tenter de reproduire les performances de son modèle d’intelligence artificielle, Claude. Selon Numerama, qui s’appuie sur des informations rapportées par Reuters le 24 juin 2026, des opérateurs liés au géant chinois Alibaba auraient orchestré une campagne systématique pour exploiter les failles de l’IA et en extraire des capacités stratégiques.

Ce qu'il faut retenir

  • 28 millions de requêtes adressées à l’IA Claude via des comptes frauduleux, selon les accusations portées par Anthropic.
  • 25 000 comptes suspects identifiés comme ayant participé à cette tentative de captation illégitime.
  • Les opérateurs seraient liés à Alibaba, géant chinois du numérique et du e-commerce, selon les informations de Reuters relayées par Numerama.
  • Une tentative de reproduction des capacités de Claude : Anthropic affirme que ces requêtes visaient à copier les fonctionnalités de son modèle d’IA.
  • Les faits remontent à juin 2026, date à laquelle Reuters a publié ces informations.

Anthropic dénonce une exploitation massive et organisée

Dans un communiqué publié en fin de mois dernier, Anthropic a accusé des acteurs proches d’Alibaba d’avoir orchestré une campagne d’une envergure inédite pour tenter de s’approprier les technologies sous-jacentes à Claude. L’entreprise américaine, qui développe l’un des modèles d’IA les plus avancés du marché, affirme avoir détecté une activité anormale et coordonnée dès le début de l’année 2026. Les équipes de sécurité d’Anthropic ont identifié des milliers de comptes, tous générant des requêtes massives et répétitives, dans le but apparent d’extraire des données ou des comportements spécifiques du modèle.

Ces opérations, si elles étaient avérées, constitueraient une violation flagrante des conditions d’utilisation de l’API d’Anthropic. L’entreprise, qui s’est toujours positionnée comme un acteur éthique dans le domaine de l’IA, a immédiatement pris des mesures pour bloquer l’accès à ces comptes et renforcer ses protocoles de sécurité. « Nous prenons ces allégations très au sérieux », a déclaré un porte-parole d’Anthropic, cité par Numerama. « Toute tentative de contourner nos protections pour exploiter nos technologies est inacceptable ».

Alibaba dément toute implication directe, mais les liens restent flous

Interrogé par Reuters, un représentant d’Alibaba a catégoriquement nié toute responsabilité dans cette affaire. « Nous n’avons aucune connaissance de telles activités et condamnons toute tentative de piratage ou d’exploitation illégale », a-t-il affirmé. Pourtant, les enquêteurs d’Anthropic ont établi des liens techniques et organisationnels entre certains des comptes frauduleux et des infrastructures appartenant à des entités affiliées au groupe chinois. Ces connexions, bien que indirectes, posent question sur l’éventuelle tolérance, voire la complicité, de certains acteurs au sein d’Alibaba.

Les experts en cybersécurité soulignent que ce type d’opération nécessite des moyens logistiques et financiers importants, difficiles à mobiliser sans un soutien institutionnel ou corporate. « Ces volumes de requêtes ne peuvent pas être le fait d’individus isolés », explique un analyste spécialisé dans les menaces numériques. « Derrière cette campagne, il y a forcément une structure organisée, capable de gérer des milliers de comptes et de masquer leurs origines ».

Et maintenant ?

Anthropic a annoncé qu’elle travaillait en étroite collaboration avec les autorités américaines et internationales pour faire la lumière sur cette affaire. Une enquête est en cours, mais les résultats pourraient prendre plusieurs semaines, voire des mois, en raison de la complexité des échanges transfrontaliers et des techniques de dissimulation utilisées. D’ici là, l’entreprise a renforcé ses mécanismes de détection et d’alerte pour prévenir toute nouvelle tentative d’exploitation. Pour les utilisateurs de Claude, aucune perturbation n’est à signaler pour l’instant, mais l’incident soulève des questions sur la robustesse des protections autour des modèles d’IA propriétaires.

Cette affaire rappelle les tensions persistantes entre les États-Unis et la Chine dans le domaine de l’intelligence artificielle, où l’espionnage industriel et la fuite de technologies restent des enjeux majeurs. Reste à savoir si cette fois, les preuves recueillies par Anthropic seront suffisantes pour engager des poursuites, ou si les acteurs impliqués parviendront à échapper à toute responsabilité.

Si Anthropic parvient à prouver l’implication directe ou indirecte d’Alibaba, l’entreprise chinoise pourrait faire l’objet de sanctions commerciales, de poursuites pour espionnage industriel, voire de restrictions d’accès aux technologies américaines. Les États-Unis pourraient également renforcer les contrôles à l’exportation de solutions d’IA vers la Chine, comme ils l’ont déjà fait pour d’autres secteurs sensibles.