Le spécialiste américain de l’intelligence artificielle Anthropic vient de mettre en lumière des vulnérabilités dans certains algorithmes de cryptographie, utilisés notamment pour sécuriser les blockchains. Selon Cryptoast, ces failles ont été identifiées grâce à une version inédite de son modèle Mythos, capable de repérer des faiblesses dans des protocoles censés protéger les transactions et les portefeuilles numériques.
Ce qu'il faut retenir
- Anthropic a identifié des vulnérabilités dans HAWK, un système de signature numérique conçu pour résister aux attaques quantiques, et dans une version simplifiée de l’algorithme AES.
- Le modèle Mythos Preview d’Anthropic a mené ces tests de manière largement autonome, avec un coût estimé à 100 000 dollars en appels d’API.
- Les blockchains majeures comme Bitcoin ou Ethereum ne sont pas directement concernées par ces failles, mais certaines solutions de stockage de clés pourraient l’être.
- Cette découverte interroge sur la capacité des modèles d’IA à organiser des attaques ciblées, posant la question de la cybersécurité future des actifs numériques.
- Anthropic précise que ses travaux portent sur des versions réduites d’algorithmes, sans impact sur les systèmes actuellement déployés.
Une nouvelle version de Mythos pour tester les limites des protocoles cryptographiques
Anthropic, entreprise reconnue pour son modèle d’IA générative Claude, a récemment déployé une version expérimentale de Mythos, baptisée Mythos Preview, afin d’évaluer la robustesse de certains algorithmes cryptographiques. Cette opération visait à déterminer si des méthodes plus efficaces que celles connues jusqu’alors pouvaient être mises au point pour compromettre la sécurité des blockchains. « Nous avons découvert de nouvelles méthodes pour attaquer ces algorithmes », a confirmé l’entreprise dans un communiqué.
Parmi les cibles de ces tests figuraient deux protocoles emblématiques : d’une part, HAWK, un système de signature numérique en compétition pour devenir une norme fédérale américaine de résistance aux attaques quantiques, et d’autre part, une version allégée de AES, l’algorithme de chiffrement symétrique le plus répandu au monde. Les résultats obtenus soulèvent des questions sur l’efficacité réelle de ces protocoles face à des menaces émergentes.
HAWK et AES : deux protocoles touchés, mais des risques inégaux pour les blockchains
La première faille identifiée concerne HAWK, un protocole conçu pour résister aux calculs quantiques, une menace jusqu’ici envisagée comme lointaine (estimée vers 2030). Les tests d’Anthropic révèlent que des attaques pourraient affaiblir significativement sa sécurité, remettant en cause son positionnement dans le cadre d’un appel d’offres du NIST (National Institute of Standards and Technology). Ce dernier évalue actuellement plusieurs solutions pour standardiser des algorithmes post-quantiques, et HAWK pourrait perdre un avantage concurrentiel décisif.
S’agissant d’AES, l’algorithme de chiffrement le plus utilisé au monde, les travaux d’Anthropic se concentrent sur une version dite « round-reduced », simplifiée à des fins de recherche. Aucune blockchain majeure n’utilise directement cette version, mais certains portefeuilles cryptographiques s’appuient sur des variantes d’AES pour protéger les clés privées de leurs utilisateurs. Les résultats obtenus ne concernent pas les systèmes en production, mais ils rappellent que la sécurité des infrastructures numériques reste un enjeu permanent.
L’autonomie de Mythos : un coût maîtrisé pour une menace potentielle accrue
Ce qui frappe dans cette opération, c’est la capacité de Mythos Preview à mener ses analyses de manière largement autonome. Selon Anthropic, le modèle a « réalisé la majeure partie de ce travail de manière autonome, avec des orientations humaines occasionnelles ». Le coût de ces tests s’élève à environ 100 000 dollars en appels d’API, un montant relativement accessible pour des acteurs malveillants motivés. « Cela rend ce type d’attaque potentiellement très rentable », souligne l’entreprise dans son rapport.
Cette révélation intervient alors que le secteur des cryptomonnaies fait face à une pression croissante liée à l’évolution des technologies. Jusqu’à présent, les risques quantiques étaient considérés comme une menace à long terme. Désormais, l’intelligence artificielle ajoute une couche d’incertitude supplémentaire, capable de détecter des failles en temps réel et de s’adapter rapidement aux mises à jour des protocoles.
Des blockchains majeures épargnées, mais des vigilances à renforcer
Si les blockchains comme Bitcoin, Ethereum ou Solana ne semblent pas directement affectées par ces découvertes, le secteur doit rester attentif. En effet, certaines solutions de stockage ou de gestion des clés privées pourraient encore utiliser des versions vulnérables d’AES. Par ailleurs, l’émergence de modèles d’IA capables de s’organiser pour des attaques ciblées pourrait, à l’avenir, compliquer la détection et la prévention des intrusions.
Anthropic a tenu à préciser que ses travaux portaient sur des versions simplifiées d’algorithmes, sans impact sur les systèmes actuellement déployés. Cependant, cette annonce rappelle que la cryptographie, pilier de la confiance dans les actifs numériques, doit sans cesse évoluer pour contrer des menaces de plus en plus sophistiquées.
Les utilisateurs de cryptomonnaies, qu’ils soient investisseurs ou développeurs, sont invités à suivre de près ces évolutions. La cybersécurité reste un équilibre fragile, où chaque avancée technologique — qu’elle soit défensive ou offensive — redéfinit les règles du jeu.
Les travaux d’Anthropic portent sur des versions simplifiées d’algorithmes, comme une version « round-reduced » d’AES, qui n’est pas celle utilisée par les blockchains. Bitcoin et Ethereum, par exemple, reposent sur des protocoles de signature et de chiffrement différents, moins vulnérables selon les analyses actuelles. En revanche, certains portefeuilles ou services tiers pourraient utiliser des variantes d’AES pour sécuriser les clés privées, ce qui justifie une vigilance accrue.