Des accusations massives émergent sur les réseaux sociaux concernant la pratique de certaines entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle. Selon Numerama, des milliers d’utilisateurs accusent notamment Anthropic de se procurer des ouvrages rares pour les scanner, puis de les détruire après extraction de leur contenu. Une pratique qui soulève des questions éthiques et juridiques sur l’exploitation des œuvres littéraires.
Ce qu'il faut retenir
- Des milliers de messages sur X dénoncent la destruction de livres rares pour entraîner des modèles d’IA, selon Numerama.
- Anthropic, l’entreprise visée, est accusée de racheter en masse des ouvrages avant de les scanner et de les détruire.
- Cette pratique interroge sur le respect du droit d’auteur et la préservation du patrimoine littéraire.
Une méthode contestée pour l’entraînement des intelligences artificielles
Sur la plateforme X, des publications relayées des centaines de milliers de fois dénoncent une méthode jugée expéditive par ses détracteurs. Des entreprises comme Anthropic achèteraient des livres rares, les scanneraient intégralement, puis les détruiraient après extraction des données textuelles nécessaires à l’entraînement de leurs modèles d’IA. Numerama souligne que cette pratique, bien que légale dans certains contextes, soulève des interrogations sur l’éthique et la légitimité de telles opérations.
Les accusations s’appuient sur des témoignages d’utilisateurs et des captures d’écran montrant des listes de livres acquis puis retirés de la vente. Certaines librairies indépendantes ont même partagé des photos de leurs rayons vidés d’ouvrages désormais introuvables, alimentant la polémique. Autant dire que le débat dépasse le cadre technique pour toucher à des enjeux culturels et économiques.
Anthropic dans la ligne de mire des défenseurs du livre
L’entreprise Anthropic, fondée en 2021 et spécialisée dans le développement de modèles d’IA avancés, est particulièrement ciblée par ces critiques. Selon Numerama, des sources internes et des observateurs du secteur confirment que certaines acquisitions de livres rares ont bien eu lieu, sans pour autant préciser si leur destruction systématique faisait partie d’une politique délibérée. Anthropic n’a pas encore réagi officiellement à ces accusations.
Cette affaire rappelle les tensions récurrentes entre l’industrie technologique et le monde de l’édition. Déjà en 2023, des géants comme Google ou Meta avaient été pointés du doigt pour leur utilisation massive de contenus protégés sans autorisation explicite des ayants droit. Ici, la particularité réside dans le caractère rare, voire unique, des ouvrages concernés, ce qui intensifie les craintes d’une érosion du patrimoine littéraire.
Un enjeu juridique et éthique qui dépasse les frontières
Les spécialistes du droit d’auteur s’interrogent sur la légalité de telles pratiques. En France, comme dans de nombreux pays, la reproduction intégrale d’une œuvre protégée sans l’accord de l’auteur ou de l’éditeur constitue une violation du droit de reproduction. Pourtant, certaines exceptions, comme l’exception de fouille de texte, permettent d’extraire des données à des fins de recherche ou d’analyse, sous réserve de respecter des conditions strictes.
D’après Numerama, Anthropic pourrait s’abriter derrière cette exception, arguant que l’objectif est purement technique. Cependant, la destruction des supports originaux pose un problème supplémentaire : elle prive les auteurs et les éditeurs de toute possibilité de contrôler l’usage de leurs œuvres. C’est d’ailleurs cette dimension irréversible qui alimente une partie de la colère des professionnels du livre.
Quoi qu’il en soit, cette affaire illustre les tensions croissantes entre innovation technologique et préservation culturelle. Elle rappelle que l’IA, aussi prometteuse soit-elle, ne peut ignorer les règles qui régissent la création et la diffusion des œuvres humaines. La question n’est plus seulement technique, mais profondément humaine et juridique.
L’exception de fouille de texte, prévue par la directive européenne sur le droit d’auteur de 2019, permet aux chercheurs et aux entreprises d’extraire et d’analyser des données textuelles à partir d’œuvres protégées, sans avoir besoin d’obtenir une autorisation préalable. Cependant, cette exception ne couvre pas la destruction des supports originaux, ce qui rend les pratiques d’Anthropic potentiellement contestables.