Pour la première fois en France, l’Opéra national de Paris propose une mise en scène de « Ercole amante », une œuvre de 1707 signée Antonia Bembo, compositrice italienne au service de Louis XIV. Selon Le Monde, cette production, dirigée par le chef argentin Leonardo Garcia-Alarcon et mise en scène par la Britannique Netia Jones, marque l’entrée remarquée de Bembo dans le répertoire parisien. Une initiative qui s’inscrit dans une volonté de réhabiliter les figures féminines de la musique baroque.
Ce qu'il faut retenir
- Première française de « Ercole amante », opéra composé en 1707 par Antonia Bembo, compositrice italienne du Grand Siècle.
- Direction musicale confiée à Leonardo Garcia-Alarcon, chef argentin renommé pour son expertise du répertoire baroque.
- Mise en scène signée par Netia Jones, metteur en scène britannique reconnue pour ses adaptations scéniques audacieuses.
- « Ercole amante » s’inscrit dans la carrière de Bembo, qui fut protégée de Louis XIV après son arrivée à Paris vers 1690.
Une œuvre méconnue de la musique baroque
Composé en 1707, « Ercole amante » (« Hercule amoureux ») est un opéra en cinq actes qui s’inspire de la mythologie grecque. Antonia Bembo, née à Venise vers 1640, s’installe à Paris dans les années 1690 et devient l’une des rares femmes compositrices à être soutenue par la cour de France. Selon Le Monde, cette œuvre, écrite pour le carnaval de Venise, fut ensuite reprise à Paris sous le règne de Louis XIV, qui appréciait particulièrement son style. Pourtant, malgré ce patronage royal, les œuvres de Bembo tombèrent dans l’oubli après sa mort en 1720.
« Ercole amante » représente ainsi un témoignage rare de la créativité féminine au XVIIe siècle, autant dire que son retour sur scène est un événement pour les musicologues et les mélomanes. Le choix de cette œuvre par l’Opéra de Paris s’inscrit dans une dynamique plus large de redécouverte des compositeurs oubliés, notamment ceux issus de la période baroque.
Une distribution et une direction artistique d’exception
La direction musicale est assurée par Leonardo Garcia-Alarcon, chef d’orchestre argentin dont la réputation n’est plus à faire dans le domaine de la musique ancienne. Spécialiste des répertoires baroque et classique, il a notamment dirigé des ensembles comme le Collegium Vocale Gent et le Concerto Köln. Son approche, à la fois rigoureuse et inventive, devrait mettre en valeur les subtilités de la partition de Bembo, écrite pour des voix et des instruments de l’époque.
Côté mise en scène, Netia Jones apporte une vision contemporaine à ce drame mythologique. Britannique installée à Paris, elle est connue pour ses collaborations avec des institutions comme l’Opéra de Lyon ou le Festival d’Aix-en-Provence. Son travail sur « Ercole amante » promet de mêler tradition et modernité, comme elle l’a fait pour d’autres œuvres baroques. « Nous voulons rendre justice à la complexité de cette musique tout en la rendant accessible au public d’aujourd’hui », a-t-elle indiqué au Monde.
Un hommage à une compositrice sous-estimée
L’initiative de l’Opéra de Paris s’ajoute à d’autres projets de réhabilitation des femmes compositrices. Antonia Bembo, protégée de Louis XIV et autrice d’un catalogue d’œuvres religieuses et profanes, a longtemps été éclipsée par ses contemporains masculins. Pourtant, son parcours est exceptionnel : après s’être mariée à un noble vénitien, elle fuit les contraintes de la vie familiale pour se consacrer à la musique, un choix radical pour l’époque.
« Ce projet est une façon de rendre hommage à son génie, trop souvent ignoré », a déclaré un porte-parole de l’Opéra de Paris. La production de « Ercole amante » s’accompagne d’une série de conférences et de débats sur la place des femmes dans la musique baroque, comme le rapporte Le Monde. Une démarche qui illustre la volonté de l’institution de diversifier son répertoire et d’élargir son public.
Pour conclure, l’entrée remarquée d’Antonia Bembo à l’Opéra de Paris avec « Ercole amante » est bien plus qu’un simple événement musical. C’est une reconnaissance tardive d’un talent qui a marqué l’histoire, mais aussi une invitation à repenser la place des femmes dans l’art lyrique.
Antonia Bembo est l’une des rares femmes compositrices de la période baroque à avoir été soutenue par un monarque, en l’occurrence Louis XIV. Son œuvre, marquée par une grande maîtrise du contrepoint et de l’harmonie, reflète l’influence de compositeurs comme Lully ou Campra, tout en intégrant des innovations propres à son style. Après avoir fui Venise pour Paris, elle a composé plusieurs opéras et œuvres religieuses, mais son génie a été éclipsé après sa mort.