Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a annoncé dimanche 9 août 2026 la préparation d’une nouvelle réunion élargie sur la question chypriote au format 5+1, incluant les deux parties chypriotes, les trois puissances garantes (Grèce, Turquie et Royaume-Uni) ainsi que l’ONU. Selon Euronews FR, cette initiative vise à relancer un processus de paix jugé trop souvent stérile, avec comme préalable une préparation approfondie dans trois domaines clés : les mesures de confiance, la méthodologie de négociation et le fond du dossier.
Ce qu'il faut retenir
- António Guterres a posé trois conditions préalables à la tenue d’une réunion 5+1 : avancées sur les mesures de confiance, clarification de la méthodologie et progression sur le fond du dossier chypriote.
- La nouvelle rencontre, toujours sans date fixée, ne se tiendra pas lors de la Semaine de haut niveau de l’ONU en septembre, comme l’a confirmé le secrétaire général.
- Les dirigeants chypriotes Nikos Christodoulides (partie grecque) et Tufan Erhürman (partie turque) ont salué des échanges « sincères et ouverts » lors de leur rencontre avec Guterres à Nicosie.
- Guterres a insisté sur la nécessité de mesures concrètes ayant un impact direct sur la vie des Chypriotes, notamment via la coopération avec sa représentante personnelle, María Ángela Holguín.
- Le secrétaire général a rappelé l’importance du respect du mandat de l’UNFICYP, la force de maintien de la paix de l’ONU à Chypre, présente depuis plus de soixante ans.
Une préparation rigoureuse pour éviter les réunions sans résultats
António Guterres a clairement indiqué que son objectif n’était plus d’organiser des rencontres « à cinq parties ratées ». Selon Euronews FR, il a souligné lors d’une conférence de presse à l’aéroport de Nicosie que la tenue d’une nouvelle réunion 5+1 dépendrait d’avancées tangibles. « Je ne veux plus de réunions sans résultats », a-t-il martelé, ajoutant que les Nations unies travailleraient en étroite collaboration avec les deux parties chypriotes et les puissances garantes pour « créer les conditions du succès ».
Le secrétaire général a confirmé avoir obtenu le consentement des dirigeants chypriotes ainsi que des trois puissances garantes (Grèce, Turquie, Royaume-Uni) pour avancer vers cette réunion. Toutefois, il a exclu toute précipitation : « Aucun calendrier n’a été arrêté. Nous travaillerons ensemble aussi rapidement et efficacement que possible », a-t-il précisé. Une chose est sûre : la Semaine de haut niveau de l’Assemblée générale de l’ONU, prévue en septembre à New York, ne verra pas de rencontre sur Chypre, a-t-il confirmé.
« Je veux une réunion 5+1 réussie, afin d’ouvrir la voie à une solution. »
António Guterres, secrétaire général de l’ONU
Une série de contacts préparatoires à Chypre
Cette annonce intervient après une visite officielle d’António Guterres à Chypre, la première en tant que secrétaire général de l’ONU. Dès mardi 7 août, il avait enchaîné des rencontres séparées avec Nikos Christodoulides, président de la République de Chypre (partie grecque), et Tufan Erhürman, dirigeant de la communauté chypriote turque. Ces échanges ont été suivis d’une visite au monument aux casques bleus tombés près du Ledra Palace, ainsi qu’au laboratoire anthropologique du Comité des personnes disparues, un organe clé pour la recherche des disparus du conflit.
Dans la soirée, Guterres a également participé à un dîner commun avec les deux dirigeants. À cette occasion, Nikos Christodoulides a évoqué une discussion « à 360 degrés », couvrant « le fond de la question chypriote, la méthodologie, les convergences déjà atteintes, la possibilité d’une nouvelle réunion élargie et les mesures de confiance ». Le président chypriote a reconnu l’existence de divergences, mais s’est dit optimiste quant à la possibilité d’annonces concrètes. Il a également confirmé que l’objectif de la partie grecque restait la reprise de négociations substantielles, et annoncé la prochaine visite à Chypre de Raffaele Fitto, envoyé spécial de l’Union européenne pour la question chypriote.
Appel à des mesures de confiance et coopération renforcée
Dans ses déclarations finales, António Guterres a appelé les deux dirigeants à intensifier leurs efforts pour définir et mettre en œuvre des mesures de confiance « ayant un impact concret sur le quotidien des Chypriotes ». « C’est le moment où tous les efforts doivent être faits pour restaurer la confiance », a-t-il insisté. Il a souligné que Nikos Christodoulides et Tufan Erhürman lui avaient réaffirmé leur détermination à coopérer avec María Ángela Holguín, sa représentante personnelle, ainsi qu’avec les Nations unies.
Le secrétaire général a qualifié l’ensemble des discussions — séparées et communes — de « sincères et constructives ». Il a par ailleurs relevé, lors de ses échanges avec des citoyens des deux communautés, une demande claire de progrès, de compromis et d’aboutissement des efforts de résolution du conflit. « Les Nations unies ne peuvent pas imposer la paix, mais elles restent pleinement engagées à soutenir le peuple de Chypre à ce moment critique pour l’île et pour l’ensemble de la région », a-t-il conclu.
Le rôle central de l’UNFICYP et des comités techniques
António Guterres a tenu à rappeler l’importance du respect du mandat de la Force des Nations unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP), présente depuis 1964. Selon lui, cette force contribue depuis plus de six décennies au maintien du calme et de la stabilité sur l’île. « Son efficacité dépend de la coopération de toutes les parties », a-t-il souligné. Il a également mis en avant le travail du Comité des personnes disparues et des comités techniques bicommunautaires, qui apportent des solutions concrètes et relient le processus politique au quotidien des citoyens.
Pour le secrétaire général, une solution à la question chypriote ne concerne pas uniquement la paix et les intérêts des Chypriotes. Elle pourrait également servir de facteur de stabilité dans une région marquée par des conflits persistants et des risques géopolitiques croissants. « Une solution à Chypre pourrait avoir un effet positif bien au-delà des frontières de l’île », a-t-il estimé, sans pour autant proposer de calendrier précis.
Une chose est certaine : sans avancées concrètes d’ici la fin de l’année, la pression sur les dirigeants chypriotes et les puissances garantes ne fera que croître. Pour l’instant, le processus reste au point mort — mais la visite de Guterres a, au moins, relancé le dialogue.
Le format 5+1 regroupe les deux parties chypriotes (communauté grecque et turque), les trois puissances garantes historiques du conflit (Grèce, Turquie et Royaume-Uni) ainsi que l’ONU. Ce cadre élargi vise à impliquer tous les acteurs clés et à éviter les blocages liés à un format plus restreint, comme cela a souvent été le cas par le passé.