En Éthiopie, la société civile et plusieurs organisations de défense des droits de l’homme multiplient les appels pour éviter l’exécution de 65 ressortissants éthiopiens actuellement détenus en Arabie saoudite. Selon France 24, ces personnes risquent la peine capitale pour des infractions non violentes en lien avec le trafic ou la détention de substances illicites. Certains d’entre eux, placés en détention préventive depuis plusieurs mois, n’auraient pas eu accès à une assistance juridique ni à leurs proches, aggravant encore leur situation.

Ce qu'il faut retenir

  • Un collectif d’ONG et de la société civile éthiopienne demande un sursis pour 65 ressortissants éthiopiens condamnés à mort en Arabie saoudite pour des délits liés à la drogue.
  • Ces détenus, accusés d’infractions non violentes, n’auraient pas bénéficié d’un accès à un avocat ou à leurs familles.
  • L’Éthiopie, par la voix de sa société civile, tente d’intervenir auprès des autorités saoudiennes pour suspendre les exécutions.
  • Leur sort dépend désormais d’une décision urgente de Riyad, alors que les procédures judiciaires locales n’ont pas encore abouti.

D’après les informations recueillies par France 24 depuis Addis-Abeba, ces 65 Éthiopiens ont été arrêtés dans le cadre d’affaires liées au trafic de stupéfiants. Les charges retenues contre eux relèvent de délits considérés comme non violents, mais la législation saoudienne prévoit la peine de mort pour ce type d’infractions, même en l’absence de violence. Plusieurs sources judiciaires locales évoquent des procédures expéditives, sans que les prévenus n’aient pu bénéficier d’une défense digne de ce nom. « Certains n’ont même pas pu contacter leur famille depuis leur arrestation », a précisé un militant des droits humains sous couvert d’anonymat.

L’intervention de l’Éthiopie s’inscrit dans un contexte diplomatique tendu entre les deux pays. Addis-Abeba, qui compte sur l’Arabie saoudite pour des partenariats économiques et sécuritaires, tente de trouver un équilibre entre pression publique et diplomatie discrète. Pour autant, la société civile éthiopienne, soutenue par des organisations internationales comme Amnesty International, refuse de rester silencieuse. « Nous exigeons une suspension immédiate des exécutions et un accès consulaire pour nos ressortissants », a déclaré un représentant de la coalition des ONG, cité par France 24.

Une procédure judiciaire opaque et des conditions de détention préoccupantes

Les conditions de détention de ces 65 Éthiopiens soulèvent de sérieuses questions quant au respect des droits fondamentaux. Plusieurs témoignages, recueillis par des avocats locaux, évoquent des interrogatoires menés sans présence d’un avocat, des délais de jugement anormalement courts et un accès très restreint aux services consulaires éthiopiens. « Le manque de transparence est flagrant. Les familles n’ont souvent aucune nouvelle de leurs proches pendant des mois », a expliqué un observateur des droits humains joint par France 24.

Sur le plan juridique, les condamnations à mort en Arabie saoudite pour des infractions liées à la drogue s’appuient sur des lois strictes, adoptées dans le cadre d’une politique de tolérance zéro envers le trafic de substances illicites. Pourtant, dans plusieurs cas documentés, les preuves présentées par l’accusation restent fragiles, notamment en l’absence de traduction officielle des documents ou d’interprétation correcte lors des procès. Un point que les défenseurs des droits dénoncent régulièrement : « La justice saoudienne doit garantir un procès équitable, y compris pour les étrangers », rappelle un juriste spécialisé.

L’Éthiopie entre diplomatie et mobilisation citoyenne

Face à l’urgence de la situation, le gouvernement éthiopien a choisi une approche à deux volets : des démarches diplomatiques discrètes auprès de Riyad et une mobilisation médiatique pour alerter l’opinion publique. Le ministère des Affaires étrangères éthiopien a indiqué, dans un communiqué rendu public hier, avoir « transmis une demande officielle de clémence » aux autorités saoudiennes, sans préciser si cette requête était assortie de contreparties. « Nous travaillons en étroite collaboration avec les familles et les organisations de la société civile pour obtenir gain de cause », a indiqué un porte-parole du ministère, sans donner plus de détails.

Côté société civile, les appels se multiplient sur les réseaux sociaux et dans les médias locaux. Des rassemblements spontanés ont eu lieu devant l’ambassade d’Arabie saoudite à Addis-Abeba, tandis que des pétitions en ligne circulent pour exiger la suspension des exécutions. « C’est une question de dignité humaine, pas seulement de nationalité », a souligné une militante lors d’une conférence de presse organisée ce matin. Pour autant, les chances de succès dépendent largement de la volonté politique de Riyad, qui n’a que rarement cédé à des pressions extérieures dans ce type d’affaires.

Et maintenant ?

Les prochaines 48 à 72 heures pourraient s’avérer décisives. Selon plusieurs sources diplomatiques, une décision sur le sort de ces 65 Éthiopiens pourrait intervenir avant la fin de la semaine. Les autorités saoudiennes n’ont pas encore réagi officiellement, mais la pression internationale monte. Une suspension des exécutions, si elle est accordée, ouvrirait la voie à des négociations pour un éventuel transfert de ces détenus vers l’Éthiopie, où ils pourraient purger le reste de leur peine. À l’inverse, un refus de Riyad risquerait d’aggraver les tensions diplomatiques entre les deux pays, déjà fragilisées par des désaccords récurrents sur les questions migratoires et économiques.

Reste à savoir si la mobilisation en cours suffira à inverser la tendance. Une chose est sûre : le temps presse pour ces 65 hommes, dont la vie pourrait basculer dans les tout prochains jours.

L’Arabie saoudite considère le trafic et la détention de substances illicites comme des crimes majeurs, passibles de la peine capitale en vertu de sa législation islamique (charia). Le royaume applique une politique de tolérance zéro envers les infractions liées aux stupéfiants, même en l’absence de violence, conformément à ses lois pénales.