Alors que l’Argentine approche de l’échéance présidentielle de 2027, le bilan de l’ère Javier Milei, entré en fonction fin 2023, suscite des débats vifs dans le pays. Deux ans et demi après son élection, les résultats de sa politique de choc – marquée par des coupes budgétaires drastiques et une libéralisation économique sans précédent – commencent à peine à se faire sentir dans le quotidien des Argentins. Selon Le Figaro, la stabilisation macroéconomique tant promise par le président reste un objectif lointain pour une grande partie de la population, entre inflation persistante et pouvoir d’achat en berne.

Ce qu'il faut retenir

  • Inflation annuelle proche de 30 % en mai 2026, malgré les promesses de lutte contre la hausse des prix
  • Des coupes budgétaires massives saluées pour éviter une crise monétaire, mais critiquées pour leurs effets sociaux
  • Une économie argentine encore en convalescence, où les gagnants discrets cohabitent avec des perdants silencieux
  • Un pays où l’indice des prix est scruté au quotidien, comme un indicateur boursier
  • Des prévisions d’inflation mensuelle à 2 % en mai, loin de l’hyperinflation redoutée avant l’arrivée de Milei

Un pays sous tension, où l’économie dicte chaque décision

À Palermo, un quartier huppé de Buenos Aires, les écrans des cafés diffusent en continu les dernières évolutions de l’inflation. Les Argentins, habitués à vivre avec des chiffres économiques en mouvement perpétuel, analysent chaque soubresaut comme un trader suit le CAC 40. Le Figaro souligne que l’inflation, principale obsession nationale, atteint un rythme annuel d’environ 30 % au printemps 2026, un niveau bien inférieur aux pires scénarios évoqués avant l’élection de Milei.

Pourtant, cette stabilisation relative n’a pas encore transformé les portefeuilles. Le coût des aliments, en particulier, reste un sujet de préoccupation majeure. Les rayons des supermarchés affichent des prix en constante augmentation, et les discussions au comptoir des cafés tournent immanquablement autour du pouvoir d’achat. « Pour moi, c’est une douleur silencieuse », confie un habitant de Buenos Aires sous couvert d’anonymat, résumant ainsi le sentiment d’une partie de la population.

Les gagnants de la « tronçonneuse » : qui profite vraiment de l’ère Milei ?

Le président argentin a bâti sa réputation sur une politique de rigueur radicale, symbolisée par le surnom de « la tronçonneuse », évoquant ses coupes budgétaires drastiques. D’après Le Figaro, cette stratégie a permis d’éviter une catastrophe monétaire, notamment en stoppant la chute vertigineuse du peso, la monnaie nationale. Les investisseurs étrangers, séduits par cette politique pro-business et tournée vers Washington, commencent à revenir en Argentine. Les privatisations et la dérégulation de certains secteurs attirent des capitaux, même si ces mesures divisent profondément la société.

Côté entreprises, certaines branches – notamment les secteurs exportateurs comme l’agroalimentaire ou l’énergie – enregistrent une embellie. Les coûts de production, autrefois alourdis par une fiscalité étouffante, ont été réduits, offrant un avantage concurrentiel sur les marchés internationaux. « La Nouvelle Argentine » promise par Milei prend forme, mais son visage reste contrasté : libéralisée, privatisée, et alignée sur les attentes des États-Unis, elle laisse peu de place aux mécanismes de redistribution traditionnels.

Les perdants silencieux : une population sous pression

Cependant, cette politique de choc a un revers brutal. Les coupes dans les dépenses publiques – notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation et des retraites – pèsent sur les ménages les plus modestes. Les services publics, déjà fragiles, se dégradent encore, et les files d’attente dans les hôpitaux s’allongent. Le Figaro évoque une « douleur silencieuse » qui traverse le pays, loin des caméras et des discours politiques.

Les retraités, dont les pensions sont indexées sur l’inflation, voient leur pouvoir d’achat fondre mois après mois. Les fonctionnaires, confrontés à des réductions de personnel et à des gels de salaires, peinent à joindre les deux bouts. Dans les quartiers populaires de Buenos Aires, les épiceries de quartier, autrefois florissantes, ferment les unes après les autres, remplacées par des magasins discount où les produits de première nécessité deviennent inaccessibles pour une frange croissante de la population.

Un pays encore dans le doute, à l’aube de 2027

À un an et demi de l’élection présidentielle, l’Argentine reste un pays en suspens. Les résultats économiques, bien que meilleurs qu’attendus, ne se sont pas encore traduits par une amélioration tangible du quotidien pour la majorité des citoyens. Les sondages indiquent une opinion publique divisée, entre ceux qui saluent le courage des réformes et ceux qui dénoncent leur coût social. Le Figaro rappelle que l’hyperinflation, évitée de justesse, plane encore comme une menace lointaine mais réelle en cas de relâchement des efforts budgétaires.

Les prochains mois seront déterminants. Le gouvernement de Javier Milei devra prouver que sa stratégie porte ses fruits à long terme, sans sacrifier davantage les plus vulnérables. Pour l’heure, les Argentins continuent de scruter les indicateurs économiques comme une bouée de sauvetage, dans l’attente d’une amélioration qui se fait encore attendre.

Et maintenant ?

Les prochaines échéances politiques – primaires internes des partis et élections générales en octobre 2027 – pourraient rebattre les cartes. Si l’inflation reste maîtrisée, Milei pourrait consolider sa position, mais un retour de flamme social, en cas de nouvelles coupes budgétaires, n’est pas à exclure. Les investisseurs, eux, guetteront les signaux envoyés par le gouvernement sur la pérennité des réformes structurelles, notamment dans les secteurs clés comme l’énergie ou les infrastructures. Bref, l’Argentine reste un laboratoire économique dont les résultats ne seront connus qu’à moyen terme.

Dans ce contexte, une question s’impose : la stabilisation macroéconomique suffira-t-elle à redonner espoir à une population épuisée par des décennies de crises ? L’histoire récente du pays suggère que les défis sociaux pourraient, à terme, peser plus lourd que les succès économiques.

Les secteurs exportateurs, comme l’agroalimentaire et l’énergie, profitent des privatisations et de la dérégulation, qui réduisent leurs coûts de production. Les investisseurs étrangers, attirés par cette politique pro-business, ciblent également les infrastructures et les services publics privatisés. Cependant, ces bénéfices restent inégaux et ne se ressentent pas encore à l’échelle macroéconomique, selon Le Figaro.

L’inflation est devenue un sujet de conversation omniprésent, presque obsessionnel. Les Argentins adaptent leur consommation en conséquence, évitant les achats non essentiels et privilégiant les produits de base. Les prix, affichés en temps réel dans les cafés et sur les écrans publics, sont suivis avec la même attention que les cours de la Bourse. Cette hypervigilance reflète une insécurité économique profondément ancrée, bien que les pires scénarios d’hyperinflation aient été évités pour l’instant.