Alors que les citoyens arméniens s’apprêtent à voter dimanche 8 juin 2026 lors des élections législatives, la tension entre Erevan et Moscou s’accentue. Selon France 24, le Kremlin multiplie les mesures coercitives pour rappeler à l’ordre son ancien allié, qui tente depuis plusieurs mois de se rapprocher des pays occidentaux. Parmi ces pressions, des restrictions commerciales ciblées ont été instaurées, envoyant un signal clair au gouvernement arménien.

Ce qu'il faut retenir

  • Les élections législatives arméniennes auront lieu dimanche 8 juin 2026.
  • La Russie a imposé des restrictions commerciales à l’Arménie pour la dissuader de se rapprocher de l’Occident.
  • Ces mesures visent à maintenir Erevan dans l’orbite politique et économique de Moscou.
  • L’Arménie cherche depuis 2024 à diversifier ses partenariats, notamment avec l’Union européenne.

Des sanctions économiques comme outil de pression

Depuis plusieurs semaines, le gouvernement russe a mis en place une série de mesures restrictives à l’encontre de l’Arménie. Parmi les secteurs touchés figurent l’agroalimentaire, l’énergie et les technologies, des domaines clés pour l’économie locale. Ces restrictions, bien que présentées comme des « ajustements techniques » par Moscou, sont perçues par les observateurs comme une tentative d’intimidation. « Ces mesures visent clairement à influencer les choix politiques d’Erevan », a indiqué un diplomate européen sous couvert d’anonymat.

Les échanges commerciaux entre les deux pays, qui représentaient encore 35 % du commerce extérieur arménien en 2023, ont chuté de 18 % au premier trimestre 2026. Une baisse que le ministre arménien de l’Économie, Vahan Kerobyan, a qualifiée de « disproportionnée » lors d’une conférence de presse tenue la semaine dernière. « Nous ne pouvons ignorer ces signaux, mais nous maintenons notre ligne souverainiste », a-t-il affirmé.

Un rapprochement avec l’Occident malgré les risques

Depuis la fin du conflit du Haut-Karabakh en 2023, l’Arménie tente de rééquilibrer sa politique étrangère, traditionnellement alignée sur la Russie. En avril 2025, Erevan a signé un accord de partenariat avec l’Union européenne, prévoyant des aides financières et un soutien à la modernisation de ses infrastructures. Une décision qui a provoqué une réaction immédiate de Moscou, notamment sur le plan énergétique.

« L’Arménie a le droit de choisir ses partenaires, mais elle doit en assumer les conséquences », a déclaré le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, lors d’un point presse en mai 2026. « Les liens historiques et stratégiques entre nos deux pays ne doivent pas être remis en cause. » Ces déclarations interviennent alors que des manifestations pro-européennes ont eu lieu dans plusieurs villes arméniennes ces dernières semaines, malgré les avertissements russes.

Un scrutin sous haute surveillance internationale

Ces élections législatives, qui doivent désigner les 107 députés du Parlement arménien, se déroulent dans un climat politique particulièrement tendu. Plusieurs partis pro-occidentaux, dont le Parti de la Renaissance, ont vu leurs meetings perturbés par des contre-manifestants présumés pro-russes. Selon l’OSCE, qui envoie une mission d’observation, « le scrutin se déroule dans un contexte de polarisation accrue ».

Les tensions internes s’ajoutent aux pressions extérieures. Le Premier ministre sortant, Nikol Pachinian, en poste depuis 2018, est critiqué pour sa gestion du conflit avec l’Azerbaïdjan et sa volonté de réduire la dépendance à Moscou. Son parti, le Contrat civil, reste cependant favori selon les derniers sondages, avec 38 % d’intentions de vote. « Nous allons défendre notre indépendance, malgré les intimidations », a-t-il déclaré lors d’un meeting à Gyumri ce week-end.

Et maintenant ?

Si l’opposition pro-russe remporte ces législatives, l’Arménie pourrait revenir à une politique de fermeté envers l’Occident, au risque d’aggraver sa crise économique. À l’inverse, une victoire des partis pro-européens accentuerait les tensions avec Moscou, qui pourrait alors durcir ses sanctions. Quelle que soit l’issue du scrutin, la prochaine réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, prévue pour septembre 2026, s’annonce comme un moment clé pour évaluer l’évolution des relations entre les trois pays.

Dans les prochains jours, les résultats officiels seront scrutés de près, tant à Erevan qu’à Moscou et Bruxelles. Les observateurs s’attendent à des manifestations, quel que soit le vainqueur, tandis que la communauté internationale appelle au respect des règles démocratiques.