À quelques jours du coup d’envoi des championnats d’Europe d’athlétisme de Birmingham (10-16 août 2026), les athlètes féminines se félicitent de l’adoption de recommandations publiées mi-juillet par l’Union européenne de radio-télévision (EBU) en collaboration avec la Fédération européenne d’athlétisme. L’objectif ? Éviter les plans télévisés jugés sexualisants lors de la diffusion des compétitions, une initiative saluée par de nombreuses sportives.
Selon Franceinfo - Sport, ces directives visent à limiter les angles de prise de vue intrusifs ou suggestifs, comme les contre-plongées prolongées ou les ralentis excessifs qui ne présentent aucun intérêt technique. « Les plans prolongés sur des corps, les prises de vues en contre-plongée qui dévoilent des angles intimes, ainsi que les ralentis qui ne servent aucun objectif technique ni narratif font partie des problèmes constatés dans la couverture médiatique des compétitions sportives féminines aujourd’hui », a expliqué Glen Killane, directeur exécutif de l’EBU, dans un communiqué.
Ce qu'il faut retenir
- L’EBU et la Fédération européenne d’athlétisme ont publié en juillet 2026 des recommandations pour limiter les plans sexualisants à la télévision.
- Les consignes concernent les angles de prise de vue intrusifs, comme les contre-plongées ou les ralentis non justifiés.
- Plusieurs athlètes, dont la perchiste française Marie-Julie Bonnin, ont exprimé leur soutien à ces mesures.
- Des réactions sexistes ont été observées sur les réseaux sociaux après l’annonce des recommandations.
- En athlétisme, les athlètes ont le choix de leur tenue, mais rejettent l’idée de devoir adapter leur équipement pour éviter les plans indésirables.
Des consignes pour une diffusion plus respectueuse
Publiées en juillet 2026, les recommandations de l’EBU s’adressent directement aux diffuseurs des compétitions d’athlétisme. Elles mettent en garde contre l’usage de techniques de tournage qui pourraient sexualiser les athlètes, comme les plans serrés sur des parties du corps ou les angles de vue jugés intrusifs. Pour Glen Killane, cette initiative vise à « protéger l’intégrité des sportives » tout en garantissant une couverture médiatique de qualité.
L’athlétisme féminin, discipline où les tenues des athlètes sont souvent mises en avant, est particulièrement concerné. Les fédérations laissent en effet une grande liberté aux sportives quant à leur équipement – legging, short, culotte ou débardeur –, certaines optant même pour le « bloomer », une tenue symbolisant le haut niveau. Pourtant, comme le souligne Marie-Julie Bonnin, perchiste française médaillée en juillet 2026 à Albi, cette liberté ne doit pas être bafouée par des choix de diffusion inappropriés.
« Je fais du sport et je n’ai pas envie qu’on me filme les fesses »
C’est avec ces mots que Marie-Julie Bonnin a résumé son opposition aux plans télévisés jugés inconvenants. Interrogée par l’AFP lors d’une conférence de presse à Londres, la sprinteuse britannique Amy Hunt a abondé dans le même sens. « Quand on voit les réactions, je pense que tout le monde n’a pas compris pourquoi c’était mis en place », a-t-elle déclaré. Pour elle, le débat ne doit pas porter sur la tenue des athlètes, mais sur le respect de leur intégrité. « On ne devrait pas avoir à changer la façon dont on s’habille pour se sentir à l’aise. Je veux une tenue qui me fasse me sentir rapide et puissante, et je ne veux en aucun cas me sentir gênée par les vêtements. »
Marie-Julie Bonnin a évoqué des expériences personnelles douloureuses, comme la découverte de compilations d’elle-même réalisées par des internautes sur des plateformes comme YouTube. « J’ai déjà vu des vidéos, des photos de moi où je me suis dit : *Pourquoi on poste ça ? Ça n’a aucun intérêt sportif* », a-t-elle raconté. Elle a également partagé avoir déjà contacté des organisateurs ou des photographes pour demander la suppression de contenus jugés inappropriés. Dans le saut à la perche, discipline qu’elle pratique, les nouvelles consignes recommandent de privilégier les ralentis des moments clés comme l’approche, le décollage ou l’avant-dernière foulée, afin de mettre en valeur la technique plutôt que l’apparence.
« La culotte, c’est un symbole. Quand on grandit, on se dit que c’est pour les grandes, pour les fortes. Moi, ça me permet d’être dans mon personnage d’athlète. Donc oui, on est en culotte mais on n’accepte pas des plans qui ne servent à rien. »
Marie-Julie Bonnin, perchiste française
Des réactions sexistes sur les réseaux sociaux
L’annonce des recommandations a également suscité des réactions controversées sur les réseaux sociaux. Certains internautes ont émis des commentaires sexistes, affirmant par exemple que le sport allait devenir « moins intéressant à regarder » ou suggérant que les athlètes pourraient choisir des tenues moins moulantes. Pour Amy Hunt, ces réactions révèlent un malentendu persistant. « Avec la technologie qui progresse, on cherche à filmer toujours plus proche des athlètes. Mais une fois, on a eu une caméra jusque dans nos starting-blocks ! On a dit que c’était gênant », a-t-elle souligné.
Ces critiques illustrent, selon plusieurs observateurs, un problème plus large de sexualisation du sport féminin dans les médias. Les recommandations de l’EBU s’inscrivent ainsi dans un mouvement plus large visant à promouvoir une couverture médiatique plus équitable et respectueuse des athlètes, quel que soit leur genre.
Ces recommandations pourraient également inspirer d’autres fédérations sportives, tant en Europe qu’à l’international, alors que la question de la représentation médiatique des sportives continue de faire débat. Reste à savoir si les audiences et les diffuseurs accepteront de modifier leurs habitudes, parfois ancrées depuis des décennies.
En attendant, les athlètes, elles, se disent prêtes à défendre leur droit à une couverture respectueuse de leur travail et de leur engagement. Comme le résume Amy Hunt : « On fait du sport pour performer, pas pour être regardées comme des objets. »
Les consignes de l’EBU visent à limiter les plans télévisés jugés sexualisants lors de la diffusion des compétitions d’athlétisme féminines. Elles répondent à une demande croissante des athlètes, qui dénoncent des angles de prise de vue intrusifs ou des ralentis excessifs sans justification technique, selon Franceinfo - Sport.
En athlétisme, les athlètes ont le choix de leur tenue : legging, short, culotte, débardeur ou brassière. Certaines optent pour le « bloomer », une tenue symbolisant le haut niveau, comme l’explique Marie-Julie Bonnin, perchiste française, dans l’article.