Un projet d’attentat visant l’ancien député allemand Volker Beck (Bündnis 90/Die Grünen) a été déjoué au début de l’année 2025, selon les investigations du parquet fédéral allemand rapportées par Euronews FR. Deux suspects, aux liens présumés avec le régime iranien, ont été arrêtés après avoir recueilli des informations sur Beck et sur le médecin Josef Schuster, président du Conseil central des Juifs d’Allemagne. L’affaire n’a été rendue publique que le 22 mai 2026, lorsque le parquet fédéral a déposé un acte d’accusation pour préparation présumée d’un attentat.
Ce qu'il faut retenir
- Deux suspects arrêtés en 2025 : Ali S., un agent présumé de l’Iran arrêté au Danemark en 2025, et Tawab M., un ressortissant afghan extradé depuis le Danemark en novembre 2025.
- Inculpation le 7 mai 2026 : Les deux hommes sont accusés de préparation d’attentat meurtrier et d’activités d’agent pour un service de renseignement étranger.
- Volker Beck protégé par des informations israéliennes : L’ancien député affirme que les mesures de sécurité renforcées dont il a bénéficié en été 2025 reposaient sur des alertes du Mossad.
- Cible symbolique : Beck, connu pour ses prises de position contre l’antisémitisme et le régime iranien, aurait été visé en raison de son engagement public.
- Contexte géopolitique tendu : Cette affaire s’inscrit dans une série de tensions autour des opérations d’influence iraniennes en Europe et des menaces islamistes.
Un projet d’attentat déjoué en 2025
Dès le début de l’année 2025, des enquêtes menées par le parquet fédéral allemand ont révélé l’existence d’un projet d’attentat visant Volker Beck, alors ancien député du Bundestag. Deux suspects, dont les noms n’ont pas été divulgués à l’époque, avaient entrepris de collecter des renseignements sur Beck ainsi que sur Josef Schuster, président du Conseil central des Juifs d’Allemagne depuis 2014. Les investigations ont montré que ces individus entretenaient des liens présumés avec les services de renseignement iraniens, une allégation que Téhéran n’a pas commentée.
Alerté par des « services amis » – identifiés par Beck comme le Mossad – l’ancien député a été placé sous protection policière renforcée à l’été 2025. Pourtant, c’est uniquement après la publication de l’acte d’accusation, le 22 mai 2026, que l’affaire a été rendue publique. Une révélation qui surprend Beck : « Ce qui m’étonne, c’est d’avoir appris ces détails par des journalistes et non par les autorités de sécurité », a-t-il déclaré à Euronews FR.
Deux suspects en détention provisoire
Les deux hommes inculpés le 7 mai 2026 sont actuellement détenus en Allemagne. Le premier, Ali S., est un agent présumé de l’Iran arrêté au Danemark en 2025 avant d’être extradé vers l’Allemagne. Il est poursuivi pour activités d’agent pour un service de renseignement étranger, préparation d’attentat meurtrier et attaques incendiaires. Le second, Tawab M., un ressortissant afghan, est soupçonné d’avoir soutenu Ali S. dans la préparation de l’attentat. Selon le parquet fédéral, il aurait notamment promis de se procurer une arme et de recruter un tiers pour commettre l’acte.
Les deux suspects risquent de lourdes peines en cas de condamnation. Leur procès devrait s’ouvrir dans les prochains mois, bien que les détails précis du calendrier judiciaire n’aient pas encore été communiqués. Cette affaire intervient dans un contexte où les services de sécurité allemands multiplient les mises en garde contre les activités d’influence iraniennes et les menaces islamistes en Europe.
Un engagement politique qui en fait une cible
Volker Beck, figure historique des Verts allemands et ancien député au Bundestag de 1994 à 2017, s’est illustré par son combat contre l’antisémitisme et l’extrémisme islamiste. Depuis son départ du Parlement, il préside la Société germano-israélienne et intervient régulièrement comme critique du régime iranien et des groupes islamistes extrémistes. Son opposition à l’accord sur le nucléaire iranien et son engagement en faveur des droits humains en Iran ont, selon lui, fait de lui une cible privilégiée.
Beck précise que l’Iran l’a placé sur une liste de sanctions individuelles dès 2022, une situation « inhabituelle pour un ancien responsable politique et simple citoyen ». Son intervention remarquée en 2017 à la mosquée Imam-Ali à Hambourg, où il a dénoncé publiquement les liens entre cette mosquée et le régime iranien, a contribué à l’interdiction en 2024 du Centre islamique de Hambourg (IZH), qualifié par le Bureau fédéral de protection de la Constitution de « principale représentation du régime iranien en Allemagne ». L’IZH, de son côté, avait toujours nié ces accusations.
« Comme je ne bénéficiais d’aucune protection policière avant les informations venues d’Israël, j’étais pratiquement une cible facile, avec en plus une certaine force de frappe médiatique en cas de mon assassinat. »
— Volker Beck à Euronews FR
Une stratégie d’influence iranienne en Europe
Selon Beck, l’Iran mène une stratégie visant à « attaquer des cibles juives, israéliennes ou sionistes vulnérables » en Europe. « La stratégie consiste à exercer une pression politique, à susciter la peur et la dissuasion par des attaques indirectes contre des cibles civiles juives symboliques », explique-t-il. Ces méthodes permettraient à Téhéran d’exercer une influence sans recourir à une guerre ouverte contre les États européens ou Israël.
Cette analyse rejoint les craintes exprimées depuis des années par les services de renseignement allemands, qui alertent régulièrement sur les activités d’influence et de sabotage menées par des acteurs liés à l’Iran ou à des groupes islamistes. Beck va plus loin en pointant du doigt la position allemande : « Qui se prive des informations du Mossad se prive de la protection de la vie juive et des militants pro-israéliens en Allemagne », affirme-t-il. Il critique ouvertement la discrétion parfois excessive des autorités allemandes, qu’il attribue à un « mélange d’ignorance et d’arrogance ».
La dépendance allemande aux technologies militaires israéliennes
Volker Beck souligne également la contradiction entre la politique étrangère allemande et ses besoins en matière de sécurité. L’Allemagne est l’un des principaux clients d’Israël en matière d’armement, notamment pour le système de défense antimissile Arrow-3, acquis en 2023. Ce projet, développé conjointement par Israel Aerospace Industries et la Missile Defense Agency américaine, permet de contrer les missiles balistiques de moyenne et longue portée. Fin 2025, la première unité Arrow-3 a été déployée en Allemagne, et un nouveau contrat de 3,1 milliards de dollars a été signé en janvier 2026, portant le volume total à plus de 6,5 milliards de dollars – le plus important contrat d’exportation d’armement de l’histoire d’Israël.
Pour Beck, cette dépendance technologique devrait inciter l’Allemagne à adopter une position plus ferme en faveur d’Israël. « Nous bénéficions de ces échanges et ne fournissons rien en retour », regrette-t-il. Il met en garde contre les risques d’une coopération inégale, soulignant que « si Israël décidait de rendre la pareille, notre situation serait très sombre ». Arrow-3, par exemple, repose largement sur des technologies israéliennes, ce qui rend l’Allemagne vulnérable à d’éventuelles restrictions.
Cette affaire rappelle aussi les tensions persistantes entre les pays européens et l’Iran, alors que les négociations sur le nucléaire iranien restent au point mort. Les services de renseignement européens devraient intensifier leurs surveillances, d’autant que les tensions au Proche-Orient continuent de s’aggraver.
L’Arrow-3 est un système de défense antimissile développé par Israel Aerospace Industries et la Missile Defense Agency américaine. Il permet d’intercepter des missiles balistiques de moyenne et longue portée, y compris en dehors de l’atmosphère terrestre. L’Allemagne a acheté ce système en 2023 pour renforcer sa protection contre les menaces balistiques, notamment dans un contexte de tensions croissantes en Europe. Fin 2025, la première unité a été déployée, et un contrat supplémentaire de 3,1 milliards de dollars a été signé en janvier 2026, portant le volume total à plus de 6,5 milliards de dollars – le plus important contrat d’exportation d’armement de l’histoire d’Israël.