Dans l’est du Burkina Faso, le cencengu n’est pas un simple pagne, mais un marqueur culturel profond qui accompagne les grandes étapes de la vie des communautés gulmancé. Selon Courrier International, ce tissu traditionnel, tissé à partir de coton filé et reconnaissable à ses motifs rouges, bleus et noirs, connaît un regain d’intérêt significatif ces dernières années. Autrefois réservé aux cérémonies, il s’impose désormais comme un étendard identitaire, porté aussi bien lors de mariages que dans la vie quotidienne.
Ce qu'il faut retenir
- Le cencengu est un pagne traditionnel burkinabè tissé artisanalement, dont les motifs symbolisent l’identité de la région de l’Est.
- Il est utilisé lors des mariages, des dots, des initiations et pour honorer la virginité des jeunes filles, selon les traditions gulmancé.
- Un centre de tissage à Fada N’Gourma, dirigé par Pagdi Ouali, forme chaque année quatre-vingts tisseuses à confectionner ce pagne, considéré comme le premier motif enseigné.
- Les autorités locales, comme le vice-président du Conseil régional de l’Est, Noel Yempabou Combary, militent pour une codification du cencengu afin de préserver ce patrimoine et lutter contre les contrefaçons.
- Des ambassadeurs culturels, comme Mindieba Ouali, utilisent les réseaux sociaux pour promouvoir ce tissu au-delà des frontières burkinabè.
Un tissu chargé de symboles dans la société gulmancé
Le cencengu incarne bien plus qu’un simple vêtement dans la société gulmancé. Comme l’explique Pagdi Ouali, promotrice du centre de formation professionnelle Divine Grâce à Fada N’Gourma, ce pagne est présent à chaque étape clé de la vie : de la jeune fille pubère à la dot, en passant par les cérémonies d’initiation des circoncis et les mariages. « C’est même le tout premier motif que nous leur apprenons », souligne-t-elle. Selon elle, le cencengu représente la dignité, le respect des traditions et l’identité du peuple gulmancé, dont la région de l’Est du Burkina Faso est le berceau.
Le vice-président du Conseil régional de l’Est, Noel Yempabou Combary, va plus loin en qualifiant ce tissu de « patrimoine régional à promouvoir ». Lors de la première session ordinaire de l’année 2026, l’ensemble des membres de la délégation spéciale communale de Fada N’Gourma s’étaient drapés dans un cencengu, marquant ainsi un engagement en faveur de sa valorisation. « Un signe de la déconstruction progressive des esprits pour amener les gens à adopter le patrimoine local », commente-t-il.
Du centre de tissage à la boutique de Ouagadougou : une production en plein essor
À Fada N’Gourma, l’atelier de tissage Divine Grâce emploie quatre-vingts personnes quotidiennement. Chacun y maîtrise la confection du cencengu, un savoir-faire transmis depuis des générations. « Avant, on tissait surtout pour les cérémonies, mais aujourd’hui, les commandes fusent chaque jour », confie Pagdi Ouali, qui a même ouvert une boutique dans la capitale, Ouagadougou, pour répondre à la demande croissante. Les clients ? Des autorités locales, des grossistes et des couturiers, mais le cencengu reste le pagne le plus demandé. « On tisse énormément et cela nous fait très plaisir. J’ai beaucoup aimé cette valorisation parce que ça m’a apporté de nombreuses opportunités », ajoute-t-elle.
Cette hausse de la production reflète un changement des mentalités. Les jeunes générations s’approprient ce patrimoine, et les motifs traditionnels se retrouvent désormais dans des créations contemporaines. Les commandes ne viennent plus seulement de la région, mais aussi d’autres provinces du Burkina Faso et même de l’étranger, où la diaspora burkinabè cherche à se reconnecter à ses racines.
Le cencengu, un étendard identitaire porté jusqu’à l’international
À l’image de Mindieba Ouali, travailleur social, blogueur et ambassadeur culturel basé à Ouagadougou, le cencengu est devenu un symbole de fierté pour beaucoup. Il a même créé un hashtag dédié pour diffuser son image au-delà des frontières. « Porter le cencengu, c’est comme soulever le drapeau. Il y a un sentiment indescriptible. On porte l’identité du Gulmu », explique-t-il. Les réactions ne se font pas attendre : « Il n’est pas rare que quelqu’un nous salue en langue gulmancé ou nous identifie simplement par notre tenue. C’est une tenue identitaire très remarquable. »
Ce regain d’intérêt s’inscrit dans une dynamique plus large de réappropriation des cultures locales. Les réseaux sociaux jouent un rôle clé dans cette visibilité, permettant à des artisans comme ceux du centre Divine Grâce de toucher un public plus large. Les commandes en ligne se multiplient, et les tisseuses voient leur travail reconnu au-delà de leur communauté.
Vers une codification du cencengu pour préserver son authenticité
Face à l’essor de la demande, les autorités locales réfléchissent à une codification du cencengu. L’objectif ? Conserver une trace écrite de son histoire, de ses usages et de ses spécificités techniques pour éviter les dérives et les contrefaçons. « Il faut raconter l’histoire de ce marqueur culturel et maintenir son ancrage, surtout à une époque où le secteur est en pleine expansion », souligne Noel Yempabou Combary.
Cette initiative s’accompagne d’un travail de sensibilisation auprès des jeunes générations, souvent attirées par les modes vestimentaires modernes. Les centres de tissage comme celui de Pagdi Ouali jouent un rôle central dans cette transmission. « Les commandes continuent de croître, et cela nous motive à former toujours plus de tisseuses », confie-t-elle. Les opportunités économiques générées par cette activité profitent aussi aux familles, qui trouvent dans le tissage une source de revenus durable.
Le cencengu, autrefois symbole d’un héritage local, devient peu à peu un ambassadeur culturel du Burkina Faso. Son histoire illustre la capacité des communautés à préserver leurs traditions tout en s’adaptant aux évolutions du monde moderne. Une dynamique qui mérite d’être suivie de près.
Le cencengu est traditionnellement tissé avec des fils de couleur rouge, bleue et noire, ou parfois uniquement en rouge et noir. Ces couleurs symbolisent différents aspects de la culture gulmancé, selon les motifs choisis.
Lors d’un mariage, le mari offre un cencengu à sa belle-mère pour la remercier d’avoir élevé sa future épouse dans le respect des traditions. Ce geste symbolise la reconnaissance envers la famille de la mariée et la valeur accordée à la virginité.