Une innovation linguistique voit le jour au Burkina Faso : l’écriture Romba, conçue pour transcrire les langues à tons, dont le mooré, parlée par près de huit millions de personnes. Selon Courrier International, ce système, imaginé par Lassané Romba après dix-sept années de travail, propose une alternative à l’alphabet latin, mieux adaptée aux spécificités tonales de certaines langues africaines.
Le mooré, langue majoritaire du Burkina Faso, partage cette caractéristique avec d’autres langues régionales comme le dioula ou le fulfuldé. Ces idiomes reposent sur des variations de ton pour distinguer le sens des mots. Jusqu’ici, leur transcription en alphabet latin ne permettait pas de restituer cette nuance, limitant ainsi la précision des textes écrits. C’est précisément ce vide que Lassané Romba a cherché à combler avec son invention, présentée ces dernières semaines lors de sessions de formation à Ouagadougou.
Ce qu'il faut retenir
- L’écriture Romba a été créée par Lassané Romba après dix-sept ans de recherche, débutée en 2009.
- Elle est spécialement conçue pour les langues à tons, dont le mooré parlé par 8 millions de personnes au Burkina Faso, au Togo et au Mali.
- Contrairement à l’alphabet latin, elle repose sur des consonnes associées à des signes diacritiques pour indiquer les tons et sons complets.
- Son objectif est de permettre une écriture plus rapide, plus économique et culturellement ancrée, reflétant les références locales.
- Une formation de 300 cadres pionniers est prévue pour diffuser cette méthode.
Une écriture née d’un besoin culturel et pratique
Dans une salle de la Cité An 2 à Ouagadougou, Lassané Romba enseigne les bases de son syllabaire à des apprenants attentifs. Vêtu d’une tenue traditionnelle en Faso Dan Fani, il trace au tableau des signes qui, selon lui, s’inspirent de la nature et des objets du quotidien. « Nous n’avons que des consonnes, accompagnées de signes diacritiques », explique-t-il en illustrant son propos. Pour lui, cette méthode permet non seulement d’écrire plus rapidement, mais aussi de préserver l’intégrité phonétique des langues locales.
Prenant l’exemple du mot « Burkina », il montre comment chaque consonne est complétée par un signe indiquant le son et le ton. « En alphabet latin, on écrit B-U-R-K-I-N-A. Avec Romba, chaque consonne reçoit un signe qui complète le son », précise-t-il. Cette approche séduit certains apprenants, comme Soré Nebnoma, pour qui cette logique reflète une cohérence mathématique et culturelle : « Je sens la logique mathématique dans cette écriture. Notre culture est dans la logique. Cette écriture, moi, me ressemble. »
Un outil pour retranscrire les traditions et affirmer une identité
Pour Songkolg Naaba Kaoongo, chef coutumier burkinabè, l’écriture Romba arrive à point nommé. Selon lui, elle offre la possibilité de retranscrire des réalités culturelles, comme les cérémonies traditionnelles, dans un système d’écriture enraciné dans les références locales. « Chaque peuple doit pouvoir développer ses propres outils culturels », souligne-t-il. « Voici une écriture qui nous ressemble, bien représentée, avec des signes distinctifs propres à l’Afrique. » Il insiste sur son accessibilité, à condition d’être ancrée dans la culture.
Cette dimension identitaire est au cœur du projet de Lassané Romba. « Et si on a cette écriture, partout dans le monde, si vous la voyez, vous pouvez savoir facilement que ça vient du Burkina Faso. C’est un peu comme les drapeaux », illustre-t-il. Une manière de revendiquer une souveraineté linguistique, où chaque signe devient un symbole de reconnaissance nationale et continentale.
L’écriture Romba, vecteur de reconnexion et de transmission
Pour les apprenants, l’écriture Romba représente bien plus qu’un simple outil d’écriture : elle est un moyen de renouer avec leurs origines. Kouka Kologo, jeune Burkinabè, témoigne de son enthousiasme : « J’aime ma culture. Franchement, tout de suite, ça m’a donné vraiment envie de venir apprendre, parce que ça nous ressemble. » De son côté, Soré Nebnoma, revenue au pays après dix-huit ans d’exil, voit dans cette méthode une opportunité de se reconnecter à ses racines. « Je réapprends à fond le mooré pour qu’un jour, ça redevienne ma langue maternelle… Ça sera la première écriture que mon enfant va apprendre », confie-t-elle.
Ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large de valorisation des langues nationales. Lassané Romba et ses partisans espèrent que Romba deviendra un standard pour les langues à tons, non seulement au Burkina Faso, mais aussi dans d’autres pays africains confrontés aux mêmes enjeux. « Une formation de 300 cadres pionniers est en préparation pour accompagner cette dynamique », révèle le concepteur. Une initiative qui pourrait marquer le début d’une nouvelle ère pour l’écriture en Afrique de l’Ouest.
Au-delà du Burkina Faso, cette innovation interroge le rôle des écritures locales dans la préservation de la diversité linguistique. Dans un monde où l’anglais et le français dominent souvent l’espace public, des initiatives comme Romba rappellent qu’une langue n’est pas seulement un outil de communication, mais aussi un marqueur d’identité et de souveraineté culturelle.
Selon Courrier International, l’écriture Romba a été conçue pour s’adapter à l’ensemble des langues à tons, notamment le dioula, le fulfuldé ou le gulmancema, parlées au Burkina Faso et dans les pays voisins. Son concepteur souligne que le système est suffisamment flexible pour être adapté à d’autres idiomes africains partageant les mêmes caractéristiques tonales.