Selon Libération, l’affaire Mayolas, du nom de l’ancien président de la Fédération congolaise de football (Fecofo) condamné pour détournement de fonds publics, met en lumière les risques liés à l’opacité des financements octroyés par la Fifa aux fédérations nationales africaines. Condamné en 2024 pour avoir détourné plus de 2,5 millions d’euros entre 2015 et 2020, Guy Roland Mayolas s’est depuis soustrait à l’exécution de sa peine. Son cas symbolise les dérives d’un système où le manque de contrôle interne et externe favorise les abus, alors que les fonds de la Fifa, souvent présentés comme un levier de développement du football local, peinent à atteindre leur destination initiale.
Ce qu'il faut retenir
- Guy Roland Mayolas, ancien président de la Fecofo, a été condamné en 2024 pour détournement de 2,5 millions d’euros entre 2015 et 2020.
- Les fonds détournés provenaient en partie des subventions de la Fifa destinées au développement du football au Congo-Brazzaville.
- Mayolas est actuellement en cavale après s’être soustrait à l’exécution de sa peine, selon les autorités judiciaires congolaises.
- Cette affaire révèle les lacunes en matière de transparence et de contrôle dans la gestion des financements footballistiques africains.
- La Fifa a mis en place des mécanismes de contrôle renforcés depuis 2021, mais leur application reste inégale sur le continent.
Un système footballistique africain sous tension
La Fédération congolaise de football (Fecofo) a longtemps été pointée du doigt pour son manque de transparence, un problème récurrent dans plusieurs pays africains. Entre 2015 et 2020, Guy Roland Mayolas, alors à la tête de l’institution, a bénéficié de subventions de la Fifa et de sponsors locaux pour moderniser les infrastructures et développer le football de base. Pourtant, selon les enquêtes judiciaires, une partie de ces fonds a été détournée vers des comptes personnels ou des projets fictifs. « Les transferts bancaires suspects et les factures gonflées sont devenus monnaie courante dans certaines fédérations africaines », a expliqué un haut responsable de la Fifa sous couvert d’anonymat à Libération.
Les sommes détournées par Mayolas, estimées à 2,5 millions d’euros, ont été réinvesties dans des circuits opaques, échappant ainsi aux audits traditionnels. Cette affaire rappelle celle d’autres fédérations africaines, comme celle du Nigeria ou du Kenya, où des détournements similaires ont été documentés ces dernières années. Pourtant, malgré les alertes lancées par des observateurs indépendants, les mécanismes de contrôle de la Fifa peinent à s’imposer pleinement, notamment en raison de la complexité des systèmes judiciaires locaux et des résistances internes.
La Fifa face à son devoir de transparence
Depuis le scandale des paiements secrets révélés en 2019 dans le cadre de l’attribution des Coupes du Monde, la Fifa a renforcé ses exigences en matière de transparence. En 2021, l’instance a adopté un nouveau cadre réglementaire imposant aux fédérations nationales de publier des rapports financiers détaillés et de soumettre leurs comptes à des audits indépendants. Pourtant, comme le rapporte Libération, ces mesures restent inégalement appliquées, notamment dans les pays où les structures administratives et judiciaires sont fragiles.
Dans le cas de Mayolas, la Fifa avait pourtant suspendu les subventions versées à la Fecofo en 2020, après avoir reçu des signalements sur des irrégularités. Mais le processus de suspension a été lent, laissant le temps aux détournements de se poursuivre. « La Fifa ne peut pas être tenue responsable de la corruption locale, mais elle a le devoir de s’assurer que ses fonds ne financent pas des pratiques illégales », a souligné un expert en gouvernance sportive contacté par Libération. Aujourd’hui, l’instance internationale insiste sur la nécessité d’une collaboration accrue avec les autorités judiciaires locales pour récupérer les fonds détournés et sanctionner les responsables.
Cette affaire illustre, une fois de plus, les défis auxquels est confronté le football africain, tiraillé entre les ambitions de développement et les réalités d’un système souvent miné par la corruption. Si les réformes engagées par la Fifa depuis 2021 vont dans le bon sens, leur succès dépendra largement de la volonté politique des États membres et de la capacité des fédérations à s’affranchir des logiques clientélistes qui les traversent.
La Fifa a mis en place des mécanismes de suspension depuis 2021, mais leur application dépend souvent de la coopération des fédérations nationales et des autorités locales. Dans le cas de la Fecofo, la suspension n’est intervenue qu’après plusieurs années de signalements, en raison des lenteurs administratives et des résistances internes. L’instance internationale insiste désormais sur la nécessité d’une collaboration renforcée avec les tribunaux locaux pour accélérer les procédures.