Un projet artistique au Ghana détourne l’attention des panneaux publicitaires traditionnels pour mettre en lumière un enjeu environnemental et social souvent ignoré : l’impact de la fast fashion en Afrique. Selon RFI, l’artiste ghanéen Emmanuel Aggrey Tieku a lancé l’initiative Baleboards, qui consiste à recouvrir ces immenses supports publicitaires de vêtements usagés, révélant ainsi la face cachée de l’industrie mondiale de la mode.
Ce qu'il faut retenir
- Le projet Baleboards, lancé par l’artiste ghanéen Emmanuel Aggrey Tieku, transforme des panneaux publicitaires en supports dénonçant les déchets de la fast fashion.
- Cette initiative vise à rendre visible l’impact environnemental et social de la consommation textile en Afrique.
- Baleboards utilise des vêtements usagés pour couvrir les panneaux, créant un contraste visuel saisissant avec les messages publicitaires habituels.
L’idée de Baleboards est née d’une réflexion sur la visibilité des déchets textiles dans les pays africains, souvent considérés comme des zones de déversement des surplus de l’industrie mondiale de la mode. En recouvrant les panneaux publicitaires de vêtements jetés, l’artiste souhaite attirer l’attention du public sur l’ampleur de ce phénomène. « Les panneaux publicitaires sont conçus pour vendre, mais aujourd’hui, ils deviennent un outil pour dénoncer ce que notre consommation engendre », a expliqué Emmanuel Aggrey Tieku à RFI.
Ce projet s’inscrit dans un contexte où l’Afrique est de plus en plus touchée par les conséquences de la fast fashion. Selon un rapport de l’ONU Environnement, le continent reçoit chaque année des centaines de milliers de tonnes de vêtements d’occasion en provenance d’Europe et d’Amérique du Nord. Une partie de ces vêtements, jugés invendables sur les marchés occidentaux, finit dans des décharges à ciel ouvert, contribuant à la pollution des sols et des eaux.
L’initiative de Baleboards ne se limite pas à une simple opération de sensibilisation visuelle. Elle s’accompagne d’un travail de documentation et de sensibilisation auprès des communautés locales. « Nous voulons montrer aux Ghanéens, mais aussi aux touristes et aux investisseurs, que ces montagnes de vêtements ne sont pas une fatalité », a précisé l’artiste. Les panneaux recouverts de textiles deviennent ainsi des supports pédagogiques, invitant à une prise de conscience collective.
« Les panneaux publicitaires sont conçus pour vendre, mais aujourd’hui, ils deviennent un outil pour dénoncer ce que notre consommation engendre. » — Emmanuel Aggrey Tieku, artiste et initiateur du projet Baleboards
Depuis son lancement, Baleboards a déjà essaimé dans plusieurs villes du Ghana, notamment à Accra et Kumasi. Les panneaux transformés attirent l’attention des passants et suscitent des discussions sur les réseaux sociaux, où des photos et vidéos du projet circulent rapidement. Certains commerçants locaux ont même commencé à collaborer avec l’artiste pour installer des panneaux similaires devant leurs boutiques, transformant ainsi la critique en mouvement participatif.
Ce projet rappelle également l’urgence d’une régulation plus stricte des importations de vêtements d’occasion en Afrique, un sujet qui pourrait figurer à l’ordre du jour des prochaines négociations commerciales internationales. Pour l’instant, Emmanuel Aggrey Tieku continue son travail de terrain, espérant que ses panneaux deviendront un symbole durable de la lutte contre la pollution textile.
La fast fashion désigne une production rapide et à bas coût de vêtements, souvent de mauvaise qualité, conçus pour être jetés après quelques utilisations. L’Afrique est particulièrement touchée car elle reçoit des montagnes de vêtements d’occasion en provenance des pays occidentaux, dont une partie est inutilisable et finit dans des décharges, aggravant la pollution.