Un édifice de 400 tonnes déplacé centimètre par centimètre par des centaines de volontaires : c’est le défi relevé ce mercredi 2 septembre 2026 à Hirosaki, dans la préfecture d’Aomori, au nord du Japon. Selon nos confrères du Figaro, l’opération s’inscrit dans le cadre d’une restauration du château d’Hirosaki, chef-d’œuvre de l’époque Edo (1603-1868), et mobilise une technique ancestrale japonaise appelée « hikiya ».
Ce qu'il faut retenir
- Le château d’Hirosaki, 400 tonnes, est déplacé par la technique « hikiya », utilisant des cordes et des rouleaux.
- Près de 8 000 candidatures pour seulement 1 800 places disponibles ont été reçues depuis le 22 août.
- Le déplacement a permis d’avancer de 5 mètres en deux jours, avec l’aide de volontaires venus du monde entier.
- La structure devrait retrouver sa place définitive en novembre 2026, avant des travaux de restauration jusqu’en 2033.
- Cette opération s’inscrit dans une volonté de transmission du patrimoine historique aux générations futures.
Une technique ancestrale au service d’un monument historique
Le château d’Hirosaki, emblème de la ville, est déplacé selon une méthode traditionnelle japonaise, le « hikiya ». Cette technique, qui consiste à faire glisser un bâtiment sur des rouleaux plutôt que de le démonter, a déjà été utilisée en 2015 pour réparer ses fondations. Selon les archives locales, la tour originale avait été détruite par la foudre au XVIIe siècle avant d’être reconstruite au début du XIXe. Les fondations, fragilisées, avaient nécessité un premier déplacement en 1915, avant que l’édifice ne retrouve sa place initiale.
Ce mercredi, les volontaires se sont alignés autour de quatre cordes géantes, reliées à la structure. Au rythme d’un tambour, ils ont tiré à l’unisson en scandant « so-re, so-re », un cri traditionnel japonais encourageant la synchronisation. Autant dire que l’exercice, à la fois technique et symbolique, a captivé l’attention des participants comme des spectateurs.
Une mobilisation exceptionnelle, mais limitée par les places disponibles
Depuis le 22 août, des groupes de 80 personnes se relaient pour faire avancer le château de quelques centimètres à chaque session. Kensuke Hayasaka, responsable de la division des parcs et espaces verts de la ville d’Hirosaki, a indiqué au Guardian : « Nous avons reçu environ 8 000 candidatures pour les 1 800 places disponibles. Le nombre de volontaires dépasse donc largement nos capacités, mais tout le monde ne peut malheureusement pas participer. » Les candidats viennent de tout le Japon, mais aussi d’Europe, d’Asie du Sud-Est et d’Amérique du Nord, attirés par l’originalité de l’événement.
Parmi eux, Takahiro Kogawa, un habitant de 56 ans, a partagé son expérience avec l’AFP : « C’est comme si on essayait de déplacer une montagne. » Grâce à l’effort collectif, le château a déjà progressé de 5 mètres en deux jours. Une avancée modeste, mais significative pour les organisateurs, qui saluent la détermination des participants.
Un projet chargé d’histoire et d’émotion
Le déplacement du château d’Hirosaki ne se limite pas à une opération technique. Il s’agit aussi d’un acte de transmission, comme l’a souligné Kensuke Hayasaka : « Nous voulions que chacun puisse vivre l’histoire physiquement. C’est extrêmement significatif pour transmettre l’héritage de la ville aux générations futures. » L’initiative a également touché les organisateurs, qui ont exprimé leur émotion face à la concrétisation de projets imaginés des décennies plus tôt. « Voir ces méthodes anciennes prendre vie sous nos yeux est profondément émouvant. On ressent un profond sentiment d’accomplissement », a-t-il ajouté.
Katsumi Terada, 82 ans, fait partie des rares privilégiés à avoir participé aux deux déplacements, en 2015 et en 2026. « Je me demandais avec un peu d’inquiétude si je serais encore là pour voir le château retrouver sa place définitive. Mais regardez, je suis toujours en vie et en pleine forme ! » a-t-il confié à l’AFP, témoignant ainsi de l’attachement des habitants à ce patrimoine.
Cette opération, à la fois spectaculaire et pédagogique, illustre la volonté des autorités locales de faire vivre le patrimoine autrement. Entre tradition et innovation, le château d’Hirosaki continue de marquer l’histoire — cette fois, sous les yeux du monde entier.
Le déplacement du château d’Hirosaki répond à des impératifs techniques. Les fondations de l’édifice, fragilisées au fil des siècles, nécessitent des réparations lourdes. La technique du « hikiya » permet de déplacer la structure en douceur, sans la démanteler, tout en assurant un accès optimal aux zones à restaurer. Cette méthode, utilisée depuis l’époque Edo, évite également les risques liés à une reconstruction totale, qui pourrait altérer l’authenticité du monument.