Selon RFI, la violence des cartels au Mexique ne se limite plus aux affrontements armés ou aux règlements de comptes traditionnels. Depuis deux ans, les groupes criminels de l'État de Sinaloa, dans l'ouest du pays, s'en prennent désormais aux influenceurs locaux, transformant les réseaux sociaux en nouveaux champs de bataille. Cesar Gastelum, figure connue des réseaux, en a été la dernière victime : abattu en pleine rue mardi 4 août à Culiacán, il rejoint la liste macabre des influenceurs assassinés dans cette région.
Ce qu'il faut retenir
- Au moins neuf influenceurs ont été tués en deux ans dans l'État de Sinaloa, théâtre d'une guerre entre cartels
- Cesar Gastelum, tué le 4 août à Culiacán, est le dernier en date des victimes
- Les cartels utilisent la violence pour contrôler l'image et la communication dans leur territoire
- Cette stratégie s'ajoute aux méthodes traditionnelles de terreur (enlèvements, exécutions)
- La région de Sinaloa, bastion historique des cartels, reste un foyer de tensions persistantes
Un État sous emprise criminelle
L'État de Sinaloa, situé sur la côte ouest du Mexique, est depuis des décennies un bastion des cartels de la drogue. La région, connue pour être le fief du cartel de Sinaloa, l'un des plus puissants du pays, est le théâtre d'affrontements réguliers entre groupes rivaux pour le contrôle des routes de trafic. Selon les autorités, ces conflits ont fait plus de 2 000 morts depuis le début de l'année 2026 dans l'ensemble de l'État. La violence ne se limite plus aux seuls trafiquants ou aux forces de l'ordre, mais s'étend désormais à des cibles symboliques, comme les influenceurs.
Ces derniers, souvent perçus comme des relais d'opinion ou des figures de proue de la vie locale, deviennent des cibles privilégiées pour les cartels. Leur notoriété les expose à des pressions directes : menaces, intimidations, voire élimination physique. « Les cartels cherchent à contrôler l'image de leur territoire, explique un analyste mexicain sous couvert d'anonymat. Quand un influenceur diffuse des images de violence ou critique les groupes criminels, cela devient une menace à leur pouvoir ».
Les réseaux sociaux, nouveau terrain de la guerre des cartels
Avec plus de 70 millions d'utilisateurs de réseaux sociaux au Mexique, les plateformes numériques sont devenues un outil de communication incontournable pour les influenceurs. Dans l'État de Sinaloa, où l'accès à l'information est souvent limité par la censure locale, ces comptes jouent un rôle clé dans la diffusion d'informations alternatives. Pourtant, cette visibilité les rend vulnérables.
Selon RFI, plusieurs des influenceurs assassinés ces deux dernières années avaient dénoncé publiquement la présence des cartels ou relayé des témoignages de victimes. D'autres, au contraire, étaient perçus comme des relais de propagande pour un groupe criminel particulier. « La frontière entre influenceur et porte-parole des cartels est parfois floue, souligne un expert en sécurité. Certains acceptent des financements en échange de contenus favorables, tandis que d'autres sont éliminés pour avoir refusé de collaborer ».
Une réponse insuffisante des autorités
Face à cette escalade, les autorités locales et fédérales peinent à endiguer le phénomène. Le gouverneur de Sinaloa, Rubén Rocha Moya, a reconnu la semaine dernière que « la sécurité des influenceurs n'est pas une priorité actuelle ». Il a toutefois annoncé le déploiement de 500 policiers supplémentaires dans la région pour renforcer les patrouilles, sans préciser de calendrier.
Les associations de défense des droits humains, comme Article 19, dénoncent l'absence de protection spécifique pour ces professionnels des médias sociaux. « Les influenceurs sont des journalistes de fait, mais sans statut légal ni mécanismes de sécurité adaptés », rappelle une porte-parole de l'organisation. Les autorités mexicaines, déjà sous pression pour leur gestion de la crise sécuritaire, peinent à proposer des solutions concrètes.
Pour autant, le phénomène pourrait s'étendre à d'autres États du Mexique où les cartels étendent leur influence, comme Michoacán ou Guerrero. La question reste entière : les influenceurs mexicains parviendront-ils à exercer leur métier en toute sécurité, ou le pays sombrera-t-il dans une censure silencieuse imposée par les groupes criminels ?
Les cartels cherchent à contrôler l'image de leur territoire et à éliminer toute voix critique ou indépendante. Les influenceurs, souvent suivis par des milliers de personnes, deviennent des cibles stratégiques pour imposer leur propre narration ou faire taire les dénonciations. Selon RFI, certains sont aussi tués pour avoir refusé de relayer la propagande d'un groupe criminel en particulier.