Avec sept journalistes assassinés depuis le début de l'année, le Mexique confirme sa réputation de pays parmi les plus dangereux au monde pour les professionnels de l'information. Selon RFI, l'État de Veracruz, situé dans l'est du pays, concentre à lui seul le tiers de ces victimes, faisant de cette région la plus exposée aux violences contre la presse au Mexique.
Ce qu'il faut retenir
- Sept journalistes tués depuis janvier 2026 au Mexique, un bilan déjà lourd pour la profession.
- Trois d'entre eux étaient originaires de l'État de Veracruz, où la violence contre les médias atteint des niveaux critiques.
- Les journalistes enquêtant sur des affaires impliquant le pouvoir local ou régional sont particulièrement ciblés dans cette région.
Veracruz, épicentre de la violence contre la presse au Mexique
Situé sur la côte est du Mexique, l'État de Veracruz est considéré comme l'une des zones les plus dangereuses du pays pour les journalistes. Selon RFI, sur les sept professionnels des médias assassinés depuis janvier 2026, trois travaillaient dans cet État. Leur point commun ? Ils enquêtaient sur des sujets sensibles, souvent liés à des affaires de corruption ou d'abus de pouvoir impliquant des acteurs politiques ou criminels locaux. — Autant dire que dans cette région, le simple fait de faire son métier expose à des risques extrêmes.
Les autorités mexicaines reconnaissent la gravité de la situation, mais les mécanismes de protection des journalistes restent insuffisants. Les organisations non gouvernementales dénoncent régulièrement l'impunité quasi totale dont bénéficient les auteurs de ces crimes. À Veracruz, les journalistes dénoncent une stratégie de terreur visant à étouffer toute voix critique.
Un climat d'impunité qui favorise les violences
Le Mexique est régulièrement pointé du doigt par les organisations internationales de défense de la liberté de la presse, comme Reporters sans frontières ou le Comité pour la protection des journalistes. Selon RFI, 25 journalistes ont été tués en 2025 dans le pays, un bilan déjà catastrophique. En 2026, le rythme des assassinats ne faiblit pas, et Veracruz concentre une part disproportionnée de ces drames. « Les autorités locales ferment souvent les yeux sur ces violences, quand elles ne sont pas directement impliquées dans les affaires que les journalistes tentent de révéler », a précisé un responsable d'une ONG mexicaine, cité par RFI.
Les rares enquêtes ouvertes aboutissent rarement à des condamnations. Les familles des victimes dénoncent un système judiciaire paralysé par la corruption et les pressions exercées par les cartels de la drogue ou les réseaux politiques locaux. « Sans justice, sans protection, la liberté de la presse n'est qu'un mot vide de sens », a affirmé un journaliste survivant de Veracruz, sous couvert d'anonymat.
Le rôle des cartels et des réseaux de corruption
Les violences contre les journalistes à Veracruz s'inscrivent dans un contexte plus large de criminalité endémique. Les cartels de la drogue, comme le CJNG ou le Cartel du Golfe, y exercent une influence majeure. Ces groupes n'hésitent pas à éliminer ceux qui menacent leurs intérêts, qu'il s'agisse de reporters locaux ou de correspondants couvrant des faits divers. « Quand un journaliste s'approche trop près des affaires des cartels ou des complicités politiques, il devient une cible prioritaire », explique un expert en sécurité cité par RFI.
Les sujets sensibles incluent le trafic de drogue, les disparitions forcées, les exactions policières ou encore les détournements de fonds publics. À Veracruz, plusieurs affaires emblématiques ont révélé des liens troubles entre des élus, des policiers et des trafiquants. Ces révélations ont souvent précédé les assassinats des journalistes qui les avaient portées à la connaissance du public.
La communauté internationale, notamment l'Union européenne et l'ONU, suit de près l'évolution de la situation. Une résolution condamnant les violences contre les journalistes au Mexique pourrait être adoptée lors de la prochaine session de l'Assemblée générale des Nations unies en décembre 2026. Reste à savoir si ces pressions diplomatiques suffiront à faire bouger les lignes dans un pays où le crime organisé et la corruption gangrènent les institutions.
Plusieurs ONG internationales et locales suivent de près cette situation, dont Reporters sans frontières (RSF), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), Article 19, et des organisations mexicaines comme le Centre des droits humains Miguel Agustín Pro Juárez. Ces structures publient régulièrement des rapports détaillés sur les assassinats, les menaces et l'impunité au Mexique.