Selon RFI, les journalistes péruviens subissent une pression croissante dans l’exercice de leur métier, dans un contexte où le recul démocratique se combine à l’hostilité des autorités et à la violence des groupes criminels. Quatre assassinats ont été recensés en 2025, faisant de cette année la plus meurtrière pour la presse dans le pays depuis les années 1980, période marquée par le conflit armé contre le Sentier lumineux.
Ce qu'il faut retenir
- 2025 a été l’année la plus meurtrière pour la presse péruvienne depuis les années 1980, avec 4 assassinats de journalistes.
- Le phénomène s’inscrit dans un contexte de recul démocratique et d’affaiblissement des institutions publiques.
- Les médias sont confrontés à une double menace : l’hostilité du gouvernement et la persécution par des groupes criminels, notamment en zones rurales.
- Le Pérou n’a plus connu un tel niveau de violence contre la presse depuis le conflit interne des années 1980.
Un contexte politique et sécuritaire dégradé
Le Pérou traverse une période de tensions politiques et institutionnelles, où la liberté de la presse se trouve particulièrement exposée. Selon Reporters sans frontières, l’affaiblissement des institutions démocratiques facilite l’émergence de violences ciblées contre les journalistes. « Les institutions ne protègent plus les professionnels des médias, ce qui les expose davantage aux risques », a expliqué un responsable de RSF cité par RFI. Les zones rurales, souvent en proie à l’influence des cartels de drogue, deviennent des terrains particulièrement dangereux pour les reporters locaux.
Cette situation s’ajoute à un climat général d’hostilité envers les médias, alimenté par des discours publics critiques. Les autorités sont régulièrement pointées du doigt pour leur manque de soutien à la liberté d’informer. « Le gouvernement ne crée pas un environnement propice à la protection des journalistes », a souligné un représentant de la Fédération internationale des journalistes, toujours selon RFI.
Des assassinats qui marquent l’histoire récente
Les quatre meurtres de journalistes enregistrés en 2025 constituent un tournant tragique. Aucun cas similaire n’avait été recensé depuis la guerre interne des années 1980, lorsque le pays était déchiré par le conflit opposant l’État aux rebelles du Sentier lumineux. « Ces assassinats ne sont pas isolés, ils s’inscrivent dans une stratégie d’intimidation plus large », a rappelé un expert en sécurité médiatique contacté par RFI. La majorité des victimes travaillaient dans des régions reculées, où les narcotrafiquants étendent leur emprise.
Parmi les cas les plus médiatisés figure celui de Jorge Luis Chávez, un reporter local tué en avril 2025 dans la région de San Martín, connue pour être un bastion des cartels. Son meurtre a suscité une vague d’indignation internationale, poussant plusieurs organisations de défense des droits de l’homme à demander une enquête approfondie. « Ces crimes doivent être élucidés rapidement pour éviter une impunité totale », a exigé Amnesty International dans un communiqué.
L’impunité, un cercle vicieux
Le phénomène de l’impunité joue un rôle central dans l’aggravation de la situation. Selon les données compilées par RFI, moins de 20 % des crimes commis contre des journalistes au Pérou font l’objet d’une condamnation. Cette absence de justice encourage les auteurs à récidiver, tout en décourageant les professionnels des médias de couvrir des sujets sensibles. « Quand on sait que les tueurs ne seront pas punis, on hésite à prendre des risques », confie un journaliste sous couvert d’anonymat.
Les organisations de défense de la liberté de la presse, comme Reporters sans frontières ou la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), multiplient les alertes. Elles appellent les autorités péruviennes à renforcer les mécanismes de protection et à garantir l’indépendance de la justice. « Sans une réponse ferme, le Pérou risque de sombrer dans un cycle de violence contre les médias », a averti la CIDH dans un rapport publié en mars 2026.
Pour l’instant, les associations de défense des médias continuent de surveiller de près l’évolution de la situation. Une chose est sûre : tant que l’impunité persistera et que les institutions resteront fragilisées, les journalistes, surtout en zones rurales, continueront de payer le prix fort pour informer.
Les régions de San Martín, Loreto et Ucayali sont particulièrement touchées par la violence des cartels et les menaces contre les médias. Ces zones, situées en Amazonie ou dans des zones frontalières, sont des territoires où l’État a peu de contrôle et où les narcotrafiquants exercent une influence majeure.