Deux mois après son arrivée au pouvoir, le président chilien d’extrême droite Gabriel Boric — dont la politique migratoire est désormais alignée sur les positions de son prédécesseur José Antonio Kast — durcit les conditions d’accès à son territoire pour les ressortissants colombiens, équatoriens et vénézuéliens. Selon Libération, cette nouvelle orientation se matérialise concrètement à la frontière avec le Pérou, où des infrastructures dissuasives sont en cours de construction.
Ce qu'il faut retenir
- Le gouvernement chilien de Gabriel Boric durcit les règles d’entrée pour les migrants colombiens, équatoriens et vénézuéliens, deux mois après l’investiture de l’exécutif.
- Des murs et tranchées sont en construction à la frontière avec le Pérou pour empêcher les passages non autorisés.
- Des témoignages recueillis par Libération décrivent le désarroi des migrants refoulés, privés de toute perspective.
- Cette politique s’inscrit dans la continuité des mesures restrictives portées par José Antonio Kast pendant sa présidence.
Des barrières physiques pour une politique migratoire radicale
Dans les zones frontalières entre le Chili et le Pérou, les autorités locales et nationales mettent en place des dispositifs dissuasifs pour limiter l’afflux de migrants. Selon Libération, des murs et des tranchées sont actuellement érigés le long de certains points de passage, afin de rendre plus difficile — voire impossible — l’entrée irrégulière sur le territoire chilien. Ces infrastructures s’ajoutent à des contrôles policiers renforcés et à des restrictions administratives déjà en vigueur depuis l’arrivée de l’actuelle équipe gouvernementale.
Ces mesures s’inscrivent dans une logique de « tolérance zéro » envers les migrants en situation irrégulière, une approche défendue par le président Gabriel Boric depuis le début de son mandat. « On nous a dit qu’ils ne voulaient plus de Colombiens, ni d’Équatoriens ni de Vénézuéliens », a rapporté à Libération un migrant vénézuélien refoulé à la frontière, illustrant l’atmosphère répressive qui règne désormais sur ces territoires.
Des récits de désespoir et d’incompréhension
Les migrants interceptés ou refoulés à la frontière chilienne livrent des témoignages accablants. Plusieurs d’entre eux ont expliqué à Libération avoir été sommés de quitter le Chili sans autre forme de procès, parfois après des années de présence sur le territoire. « Ils nous ont annoncé que nous devions partir immédiatement, sans nous donner la moindre explication », a déclaré une femme équatorienne, mère de deux enfants, dont l’un est né au Chili. « On nous a juste dit que nous n’avions plus le droit de rester. »
Ces récits révèlent une situation humanitaire préoccupante. Beaucoup de ces migrants avaient fui la violence, la pauvreté ou l’instabilité politique dans leur pays d’origine, avant de tenter leur chance au Chili, longtemps perçu comme une terre d’accueil plus stable que d’autres pays sud-américains. Leur expulsion ou leur refoulement les plonge désormais dans une précarité totale, sans solution immédiate.
Un virage politique qui s’inscrit dans la continuité de Kast
Cette politique migratoire restrictive marque un virage important par rapport aux promesses initiales de Gabriel Boric, qui avait été élu en 2022 sur un programme progressiste. Pourtant, depuis son entrée en fonction, l’exécutif a opéré un recentrage sécuritaire, s’alignant en partie sur les positions de son prédécesseur, José Antonio Kast, figure de l’extrême droite chilienne. Kast, dont le mandat (2022-2026) avait été marqué par une approche radicale envers l’immigration, avait notamment durci les conditions d’accès au territoire et multiplié les expulsions.
Le gouvernement actuel semble poursuivre cette dynamique, même si des nuances subsistent. Les associations de défense des droits des migrants dénoncent une instrumentalisation de la question migratoire à des fins politiques, tandis que les autorités chiliennes justifient ces mesures par la nécessité de « préserver l’ordre public » et de « protéger les emplois locaux ».
Si la situation humanitaire à la frontière devait se dégrader, des organisations internationales pourraient intervenir pour alerter sur les conditions de vie des personnes expulsées. Pour l’heure, aucune mesure d’urgence n’a été annoncée par Santiago.
Les migrants colombiens, équatoriens et vénézuéliens sont spécifiquement ciblés par les nouvelles restrictions chiliennes, selon les témoignages recueillis par Libération.
Des murs et des tranchées sont en cours de construction pour empêcher les passages non autorisés, comme le rapporte Libération.