Selon Euronews FR, le système de consigne des bouteilles en plastique Volta, lancé au Portugal en avril 2026, ne se limite plus à une simple gestion des déchets. Il devient aussi un levier de financement pour des initiatives locales, associatives ou personnelles, tout en répondant aux objectifs européens de recyclage des plastiques à usage unique. Ce dispositif, qui impose une consigne de dix centimes par bouteille, permet aux habitants de récupérer cet argent en rapportant les contenants dans des machines dédiées, installées principalement dans les supermarchés. Pourtant, son déploiement a aussi révélé des dérives, comme la fouille de conteneurs par des particuliers, conduisant à des arrestations et à des débats sur l’impact social de ce système.
Ce qu'il faut retenir
- Depuis avril 2026, le Portugal applique une consigne de dix centimes sur les bouteilles en plastique jusqu’à trois litres, dans le cadre de la directive européenne sur les plastiques à usage unique (DSUP), qui impose un taux de collecte de 90 % d’ici 2029.
- Le système Volta permet de financer des projets locaux : deux sœurs de Vila do Conde espèrent récolter 120 000 bouteilles pour réunir 6 000 euros chacune, afin de financer des échanges scolaires en Corée du Sud et aux États-Unis.
- Des initiatives solidaires émergent : un refuge pour chats à Vendas Novas utilise les fonds générés pour acheter de la nourriture, tandis qu’une paroisse d’Ota collecte des bouteilles pour financer des événements locaux.
- Le déploiement du système a révélé des tensions : à Lisbonne, des plaintes ont été déposées pour des déchets éparpillés au sol, et un homme a été arrêté pour avoir fouillé des conteneurs à la recherche de bouteilles.
- Malgré ces critiques, le dispositif est salué pour son impact environnemental et social, avec des citoyens qui y voient une opportunité de financer des causes qui leur tiennent à cœur.
Un outil de financement citoyen pour des rêves ambitieux
Les sœurs Ariela, 13 ans, et Alice, 10 ans, ont transformé leur quotidien en une opération de collecte organisée. Depuis le 10 juin 2026, elles sollicitent leurs voisins à Vila do Conde pour récupérer des bouteilles vides, qu’elles échangent ensuite contre de l’argent via le système Volta. Leur objectif ? Réunir 120 000 bouteilles d’ici juin 2027, soit l’équivalent de 6 000 euros chacune, pour financer des échanges scolaires en Corée du Sud pour Alice et aux États-Unis pour Ariela. « C’était vraiment très peu, non ? Parce que ce n’étaient que les bouteilles de la maison », explique leur mère, Karina Lauro, arrivée au Portugal en 2024. « En gros, si on s’en tenait seulement à nous, on n’y arriverait pas. »
Leur méthode est simple : elles déposent des sacs devant les portes des habitants, avec un message imprimé expliquant leur projet et l’heure de passage pour récupérer les bouteilles. Chaque soir à 21 heures, elles reviennent récupérer les sacs remplis. « On ne ramasse rien dans les poubelles », précise Karina Lauro. « On ne va même pas dans la rue pour ramasser, on se rend directement chez les gens. » Les réseaux sociaux ont amplifié leur initiative : leur compte Instagram, « Sonho na garrafa », compte désormais plus de 12 000 abonnés, et leur projet dépasse les 250 000 mentions « j’aime » sur TikTok. Des internautes, y compris depuis l’étranger, envoient régulièrement des bouteilles ou des dons. « Il y a une personne en Irlande qui envoie de l’argent toutes les semaines », souligne Karina Lauro. « Là-bas, la consigne est de 25 centimes par bouteille, donc elle les échange là-bas et envoie la somme aux enfants. »
Des refuges pour animaux et des paroisses mobilisées
António Casa Branca, propriétaire du refuge Gatil Original à Vendas Novas, a trouvé une façon originale d’utiliser les fonds générés par Volta. Il a noué des partenariats avec des commerces locaux, notamment des restaurants de bifanas, pour récupérer leurs bouteilles vides. Ces dernières sont ensuite échangées contre des tickets, convertis en nourriture pour les 40 chats hébergés dans son sanctuaire. « À Vendas Novas, il y a beaucoup de restaurants de bifanas, et nous essayons de conclure un partenariat grâce auquel, chaque semaine, nous récupérons les sacs de déchets recyclables qu’ils veulent bien nous donner », explique-t-il. « Ensuite, nous allons à la machine, nous les échangeons contre des tickets et nous convertissons cet argent en pâtées. »
Lors d’un premier essai, un seul restaurant a rempli une camionnette de bouteilles, rapportant environ 50 euros. Aujourd’hui, cinq commerces participent au projet, dont une pâtisserie et un cabinet de comptabilité. « Pour moi, c’est de l’or. Cela ne me dérange pas d’aller demander, de quémander », confie António Casa Branca. « Donc, si nous obtenons 50 euros par semaine de chaque restaurant, avec trois ou quatre restaurants, cela suffit déjà pour assurer la nourriture des animaux. » Le système Volta permet aussi de contourner une pratique passée : avant l’arrivée des bouteilles consignées, des particuliers déposaient des bouchons en plastique au refuge pour aider des familles en difficulté. « Maintenant, avec les canettes, c’est direct », explique-t-il. « Nous acceptons volontiers les canettes, nous partons avec nos sacs remplis et nous pouvons les échanger contre de l’argent. C’est un travail supplémentaire, mais il est récompensé. »
À Ota, dans le district de Lisbonne, le mouvement citoyen Guarda à Casa a aussi trouvé dans Volta un moyen de financer la réhabilitation d’un bâtiment historique. Une caisse et un container de 1 000 litres ont été installés pour collecter les bouteilles des habitants. « Comme nous avons une forte affluence, nous envisageons de placer deux containers supplémentaires, un à chaque extrémité de la paroisse », explique Nelson Mota, membre du mouvement. Lui-même a rapporté 116 bouteilles en une seule fois, générant 11,60 euros. « J’ai remis 116 bouteilles, qui ne prenaient même pas de place dans la voiture, et cela a fait 10 euros sans difficulté. Je pense que ça vaut le coup, non ? » Le container s’est rempli en quelques jours, et d’autres paroisses envisagent de suivre l’exemple. « À Ota, lorsque ce type d’initiatives voit le jour, les habitants essaient toujours d’aider. Les gens sont vraiment comme ça là-bas », souligne Nelson Mota.
Un système qui divise : entre opportunité et dérives
L’introduction de la consigne au Portugal en avril 2026 a été saluée pour son impact écologique, mais elle a aussi révélé des tensions sociales. Selon la directive européenne sur les plastiques à usage unique (DSUP), les États membres doivent collecter 90 % des bouteilles consignées d’ici 2029. Le Portugal a choisi d’y répondre via un système de consigne géré par la SDR Portugal. Pourtant, dès les premiers mois, des dérives sont apparues : à Lisbonne, des habitants et des conseils de paroisse ont dénoncé des conteneurs retournés et des déchets éparpillés au sol, fouillés par des personnes à la recherche de bouteilles. Fin juillet 2026, la Police de sécurité publique (PSP) a arrêté un homme pour avoir fouillé des conteneurs, le qualifiant de « mineur des poubelles ».
Ces pratiques ne sont pas nouvelles : en Allemagne, où le système existe depuis 2003, il est courant que des personnes sans abri fouillent les poubelles à la recherche de bouteilles. Mais tous les collecteurs ne sont pas dans cette situation. Certains le font pour compléter leurs revenus, comme deux jeunes travaillant sur une plage à Loulé. « Nous ne fouillons pas les poubelles partout », expliquent-ils. « Nous nous contentons de déposer dans Volta les bouteilles que nous devons déjà ramasser dans le cadre de notre travail. » D’autres, comme les sœurs Ariela et Alice, évitent délibérément cette pratique. « Non, elles nous sont toujours données », assure Karina Lauro. « On ne ramasse rien dans les poubelles. »
Pour limiter ces dérives, le système Volta permet désormais de verser directement la valeur des bouteilles à une institution reconnue, comme la Liga dos Bombeiros Portugueses ou la Liga Portuguesa dos Direitos do Animal. Certaines associations vont plus loin en demandant aux donateurs de leur apporter directement les tickets de remboursement ou les bouteilles elles-mêmes. « Les petits bouchons aidaient des personnes qui en collectaient pour payer les traitements de leurs enfants », rappelle António Casa Branca. « Maintenant, avec les canettes, c’est direct. Nous en tirons un bénéfice, et c’est récompensé. »
L’exemple portugais pourrait inspirer d’autres pays européens cherchant à concilier gestion des déchets et financement citoyen. Pour l’instant, Volta prouve qu’une simple consigne peut devenir bien plus qu’un geste écologique : un outil de solidarité et d’innovation sociale.
Le système Volta est un dispositif de consigne mis en place au Portugal en avril 2026. Il impose une caution de dix centimes sur les bouteilles en plastique jusqu’à trois litres. Les consommateurs peuvent récupérer cette somme en rapportant les bouteilles vides dans des machines dédiées, installées principalement dans les supermarchés ou dans des kiosques spécialisés. L’argent ainsi récupéré peut être utilisé directement par les particuliers ou reversé à des associations et projets locaux.
Dès les premiers mois de son déploiement, des dérives ont été signalées au Portugal. À Lisbonne, des conteneurs ont été retournés et des déchets éparpillés au sol par des personnes cherchant à récupérer des bouteilles pour en tirer un revenu. Ces pratiques ont conduit à des arrestations, comme celle d’un homme qualifié de « mineur des poubelles » par la Police de sécurité publique (PSP). Ces comportements rappellent ceux observés en Allemagne, où le système de consigne existe depuis 2003.