Introduits dans le vide réglementaire des bureaux de tabac et kiosques portugais, les sachets de nicotine – petits sachets placés entre la gencive et la lèvre – séduisent de plus en plus de consommateurs, notamment les jeunes. Selon Euronews FR, ces produits, commercialisés sans cadre juridique pendant des mois, ont récemment été intégrés à la liste des produits nicotinés soumis à une taxe spéciale à la consommation au Portugal. Cette mesure intervient alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) multiplie les alertes sur leur usage croissant et leurs risques pour la santé.

Ce qu'il faut retenir

  • Un marché en pleine expansion : Les sachets de nicotine, sans tabac et sans fumée, sont désormais vendus légalement au Portugal depuis le début de l’année 2026, après avoir circulé dans une zone grise juridique.
  • Une fiscalité spécifique : Ces produits sont désormais soumis à une taxe spéciale à la consommation, une première dans le pays.
  • Des arômes attractifs : Menthe, fruits rouges, mangue… Les saveurs sucrées et fruitées suscitent l’inquiétude des spécialistes quant à leur attractivité pour les jeunes.
  • Un potentiel addictif élevé : Chaque sachet peut contenir jusqu’à 12 mg de nicotine, soit davantage qu’une cigarette classique, et expose à un risque de dépendance rapide.
  • Des mesures réglementaires en préparation : Le gouvernement portugais a adopté en mai 2026 une proposition de loi pour encadrer ces produits, avec des restrictions sur les arômes et la publicité envisagées.

Les sachets de nicotine se présentent comme une alternative « sans fumée » à la cigarette traditionnelle. Selon Euronews FR, leur popularité a été portée par un marketing agressif, des emballages colorés et une présence marquée sur les réseaux sociaux. Un phénomène déjà observé au Danemark, où 14 % des 15-29 ans en consommaient en 2025, selon les données de la médecin danoise Charlotta Pisinger, spécialiste des questions de santé liées au tabac.

Un vide juridique exploité avant sa fermeture

Avant 2026, le Portugal ne disposait d’aucun cadre légal pour réguler ces produits. Selon Euronews FR, Tabaqueira, filiale portugaise de Philip Morris International, a attendu cette année pour lancer officiellement leur commercialisation. « Ces produits étaient présents sur le marché portugais, sans être réglementés. Depuis le début de cette année, il existe au Portugal une fiscalité spécifique pour ces produits : ils sont soumis à une taxe spéciale à la consommation. Avant le début de cette année, tout produit présent sur le marché se trouvait dans une zone grise juridique. C’est pourquoi nous n’étions pas entrés sur ce marché avant le début de l’année », explique Marcelo Nico, directeur général de Tabaqueira, interrogé par la rédaction.

L’entreprise présente ces sachets comme une solution pour les fumeurs adultes cherchant à réduire leur consommation de tabac. « Notre ambition est de créer un monde sans fumée, où des alternatives moins nocives et sans combustion remplacent la cigarette traditionnelle », affirme Marcelo Nico. Cependant, il reconnaît que la nicotine reste une substance addictive et plaide pour une réglementation stricte : « Tous les produits nicotinés doivent être réglementés, parce que la nicotine est addictive. L’essentiel est qu’il existe une réglementation qui permette de commercialiser ces produits pour le fumeur adulte, mais qui garantisse aussi que les mineurs n’y aient pas accès, et qu’ils ne soient pas attractifs pour ce public. »

Des arômes et un marketing ciblant les jeunes

Les spécialistes de santé publique s’alarment de l’attrait exercé par ces produits sur les adolescents et les jeunes adultes. Sofia Belo Ravara, pneumologue à l’Unidade Local de Saúde da Cova da Beira et professeure de médecine préventive à l’université de Beira Interior, dénonce un marketing « extrêmement agressif », avec des emballages attrayants et une forte visibilité sur les réseaux sociaux. « Ces produits ont été introduits avec un marketing extrêmement agressif, des emballages attrayants et une forte présence sur les réseaux sociaux. Tout cela a contribué à une augmentation de la consommation, surtout chez les jeunes », indique-t-elle à Euronews FR.

Les arômes jouent un rôle central dans cette attractivité. « Les saveurs rendent l’expérience plus agréable, augmentent l’absorption de la nicotine et renforcent la dépendance. C’est l’une des raisons pour lesquelles les jeunes sont attirés par ces produits », souligne la pneumologue. Elle ajoute que la nicotine est rapidement absorbée par la muqueuse buccale, ce qui maintient un taux constant dans l’organisme et accroît son potentiel addictif.

Des risques pour le cerveau et une dépendance accrue

Bien qu’ils ne contiennent pas de tabac, les sachets de nicotine présentent des risques avérés pour la santé, en particulier pour les jeunes. Chaque sachet peut contenir jusqu’à 12 mg de nicotine, contre 1 mg absorbé en moyenne par cigarette. « Les effets sur le cerveau sont peut-être les plus préoccupants, surtout parce que les principaux utilisateurs de ces produits sont les enfants, les adolescents et aussi les jeunes adultes », explique Sofia Belo Ravara. Elle précise que la nicotine « nuit au développement du cerveau, interfère avec les capacités cognitives et provoque des modifications du comportement. Elle perturbe la mémoire, l’attention et le contrôle des impulsions, et augmente aussi le risque d’anxiété et de dépression ».

L’OMS, dans un rapport publié à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac le 31 mai 2026, rappelle que la nicotine est « extrêmement addictive et nocive, en particulier pour les enfants et les adolescents ». L’organisme onusien souligne que ces produits sont « agressivement commercialisés auprès des adolescents et des jeunes », avec des tactiques visant à « banaliser l’usage de la nicotine et minimiser la perception des risques ». Parmi les exemples cités : des emballages imitant les paquets de bonbons, des saveurs type chewing-gum, ou encore des partenariats avec des influenceurs et des événements sportifs.

Le cas danois : une leçon pour le Portugal

L’expérience du Danemark illustre les dangers d’une régulation tardive. Les sachets de nicotine y ont été promus massivement à partir de 2018-2019, via les réseaux sociaux et des distributions gratuites lors de festivals. Résultat : en 2025, 14 % des jeunes Danois de 15 à 29 ans en consommaient régulièrement. « Lorsque nous avons réussi à mettre en place des règles plus strictes, les produits étaient déjà très répandus. Il est beaucoup plus difficile de reprendre le contrôle une fois que la dépendance est installée », observe Charlotta Pisinger, médecin danoise interrogée par Euronews FR.

Le Danemark a finalement adopté des mesures restrictives : limitation des arômes, emballages neutres, restrictions publicitaires, plafonds de teneur en nicotine (9 mg par sachet maximum), et interdiction de la vente en ligne sans vérification d’âge. Pourtant, des défis persistent, notamment sur le contrôle des ventes en ligne, où l’âge des consommateurs n’est pas systématiquement vérifié. Pisinger avertit : « Il est essentiel d’agir rapidement. Plus on attend, plus il sera difficile de contrôler le phénomène. L’industrie affirme que ces produits sont destinés aux fumeurs, mais en pratique elle recrute de nouveaux consommateurs parmi les jeunes. »

Et maintenant ?

Au Portugal, le gouvernement a adopté début mai 2026 une proposition de loi visant à encadrer les sachets de nicotine. Les mesures à l’étude incluent des restrictions de publicité, une limitation des points de vente et une possible interdiction des arômes ainsi que des emballages trop attractifs. Reste à savoir si ces règles suffiront à endiguer l’attrait de ces produits pour les jeunes, alors que leur marketing continue de se déployer en ligne et dans les espaces de loisirs. L’OMS recommande une approche globale : interdiction des arômes, contrôle strict de la publicité et vérification systématique de l’âge des consommateurs. L’enjeu est de taille : éviter que l’histoire se répète, comme au Danemark.

La balle est désormais dans le camp des autorités portugaises. Entre la volonté de l’industrie de promouvoir des alternatives « moins nocives » et les impératifs de santé publique, le gouvernement devra trouver un équilibre. Une chose est sûre : les prochains mois seront décisifs pour déterminer si le Portugal saura tirer les leçons du passé.

Les sachets de nicotine ne contiennent ni tabac ni liquide à vaporiser. Placés entre la gencive et la lèvre, ils libèrent de la nicotine directement via la muqueuse buccale, sans combustion ni inhalation. Contrairement aux cigarettes électroniques, ils ne produisent pas de vapeur et leur usage est discret. Cependant, comme la cigarette électronique, ils exposent à un risque de dépendance à la nicotine.

Les arômes – menthe, fruits rouges, mangue, etc. – sont accusés de rendre les sachets de nicotine plus attractifs, notamment pour les jeunes et les non-fumeurs. Selon les spécialistes, ces saveurs sucrées ou fruitées masquent l’amertume de la nicotine et facilitent ainsi l’entrée dans la consommation régulière. Plusieurs pays, comme le Danemark, ont choisi de les limiter ou de les interdire pour réduire leur attractivité auprès des mineurs.