Une résidence du XVIIIe siècle transformée en centre culturel à Lisbonne accueille depuis cet été des ateliers d’écriture de chansons, à destination des adolescents des quartiers populaires du nord de la capitale portugaise. Selon Courrier International, qui reprend un reportage du Diário de Notícias, ces sessions s’inscrivent dans le programme « Un théâtre dans chaque quartier », porté par la résidence Quinta Alegre, située à Charneca do Lumiar dans l’arrondissement de Santa Clara. Cette initiative, qui vise à démocratiser l’accès à la culture, mise sur le rap comme outil d’expression pour les jeunes.

Ce qu'il faut retenir

  • La résidence Quinta Alegre, ancienne demeure du XVIIIe siècle des marquis d’Alagrete, est aujourd’hui un centre culturel à Lisbonne, dédié aux habitants de l’arrondissement de Santa Clara.
  • Le programme « Un théâtre dans chaque quartier » y propose des ateliers, dont un dédié à l’écriture de chansons, animé par des intervenants locaux.
  • Destiné aux jeunes du quartier, cet atelier d’une semaine les encourage à écrire des textes sur des thèmes qui les concernent directement.
  • Le rap y est utilisé comme vecteur d’expression, permettant aux participants de s’approprier un genre musical souvent marginalisé dans les institutions culturelles traditionnelles.
  • Parmi les participants, une jeune femme, connue localement sous le pseudonyme Muleca XIII, incarne l’appropriation de cet outil par les jeunes.

Créée à l’origine comme une résidence d’été pour les aristocrates portugais, la Quinta Alegre a été reconvertie en espace culturel il y a plusieurs décennies. Elle s’est imposée comme un lieu de mixité sociale et culturelle dans un quartier souvent considéré comme en marge de la ville. « Ce centre est devenu un pôle d’attraction pour l’arrondissement de Santa Clara, où les initiatives culturelles sont encore trop rares », explique un responsable du projet cité par Courrier International.

L’atelier « Écriture de chansons », d’une durée d’une semaine, s’adresse spécifiquement aux adolescents du quartier. L’objectif affiché est double : leur apprendre les bases de la composition musicale tout en les incitant à aborder des sujets qui leur tiennent à cœur. « On ne leur impose pas de sujets, on leur donne les outils pour qu’ils puissent s’exprimer librement », précise l’animateur de l’atelier. Les participants sont encouragés à travailler sur des thèmes comme l’identité, les inégalités sociales ou encore les rêves d’avenir, autant de sujets rarement abordés dans les médias traditionnels.

Parmi les jeunes inscrits à cette session, Samantha Almeida, 17 ans, est l’une des plus assidues. Surnommée Muleca XIII dans le quartier, ce pseudonyme lui a été attribué lors d’une classe verte, puis popularisé par sa grand-mère. « Ce surnom est devenu une sorte de deuxième identité, quelque chose qui me porte », confie-t-elle. Pour elle, le rap n’est pas seulement un loisir, mais un moyen de raconter son quotidien et ses combats. « Ici, on nous écoute. On nous donne la parole sans nous juger », ajoute-t-elle.

Le choix du rap comme support n’est pas anodin. Genre musical souvent associé aux marges urbaines, il permet aux jeunes de s’identifier et de s’approprier une culture qui leur ressemble. « Le rap est un langage universel pour les adolescents, surtout dans les quartiers populaires. Il parle de leurs réalités, de leurs frustrations, mais aussi de leurs espoirs », souligne un intervenant culturel portugais. L’atelier ne se contente pas d’enseigner les techniques d’écriture : il offre aussi un espace de dialogue et de création collective, où les participants peuvent échanger sur leurs textes et affiner leurs messages.

Ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large de valorisation des cultures urbaines au Portugal. Longtemps perçues comme secondaires, ces formes d’expression gagnent progressivement leur place dans les institutions culturelles. « Il y a encore cinq ans, un atelier de rap dans une ancienne résidence aristocratique aurait été impensable », rappelle un observateur du milieu culturel lisboète. Pourtant, des initiatives similaires émergent dans d’autres villes européennes, portées par des associations ou des collectivités locales soucieuses de réduire les fractures sociales par la culture.

Le Diário de Notícias, journal de référence au Portugal fondé en 1864, a joué un rôle clé dans la médiatisation de ce type d’initiatives. Après avoir connu des difficultés financières et une baisse de sa diffusion, le quotidien a recentré sa ligne éditoriale sur des sujets de société et des projets locaux. Aujourd’hui, il consacre régulièrement des articles à des initiatives culturelles innovantes, comme celle portée par la Quinta Alegre. « Notre rôle est aussi de montrer que la culture peut être un levier de cohésion sociale », explique un membre de la rédaction.

Et maintenant ?

Les organisateurs de l’atelier prévoient d’étendre le programme à d’autres quartiers de Lisbonne dès l’automne 2026. Une demande de subvention a été déposée auprès de la mairie pour pérenniser l’initiative, qui repose encore en grande partie sur des financements privés et associatifs. Si le projet obtient le soutien nécessaire, d’autres résidences historiques pourraient suivre l’exemple de la Quinta Alegre, transformant des lieux chargés d’histoire en espaces de création contemporaine. Reste à voir si cette dynamique s’inscrira dans la durée, ou si elle restera cantonnée à des actions ponctuelles.

Pour l’instant, les retours des participants sont encourageants. Beaucoup d’entre eux ont déjà enregistré leurs morceaux et les partagent sur les réseaux sociaux, attirant l’attention de médias locaux. « On ne sait pas si ça va changer nos vies, mais au moins, on a osé prendre la parole », confie un jeune du quartier. Une chose est sûre : à Lisbonne, le rap n’est plus seulement une musique, mais un outil de transformation sociale.